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Jailbreak 2017 Neoma BS Reims

Le Jailbreak 2017 c’est 12 binômes participants et plus de 1000km parcouru pour la plupart.

Jailbreak 2017

Il y avait 11 binômes d’inscrit et un trinôme, cependant 3 binômes n’ont pas réussi à partir de Reims et ont donc abandonnés. Tous les autres binômes ont réussi à atteindre la destination de Prague, sauf un qui a demandé à retourner à Paris car il n’arriverait pas à Prague dans les temps. Le trajet a été mouvementé pour tous les participants, certains ont fait des détours, retour en arrière, d’autres n’ont atteints la destination de Prague que le lendemain matin mais au final c’est 17 étudiants pleins de bonne humeur qui ont pu retrouver l’équipe d’AIME.

Pour les binômes arrivés en premier, des membres de AIME les ont accueillis sur la place de la Vieille-ville avec un gouter.

Après une nuit dans une auberge de jeunesse, tout le monde est parti visiter la ville de Prague avant de revenir à Reims.

En résumé le Jailbreak c’était 12 binômes, 25 participants, 17 étudiants qui ont parcourus presque 2 000km pour aller à Prague en Stop, beaucoup de fous rires, bonne humeur, de stress et de fatigue. Mais c’est aussi 2000€ que les Sponsors doivent verser à l’association AIME.

 

Cette grande aventure est bien sûr remplie d’anecdote comme l’une des voitures balais qui a failli se tromper de Land en Allemagne pour chercher un binôme perdu, mais aussi des participants qui a cause de la barrière de la langue sont repartis dans la mauvaise direction.

Jailbreak 2 2017

Ce qui frappe en premier quand on arrive à Ometepe c’est la paix qui semble y régner.
C’est coloré, vivant, mais comme préservé de tout. On s’est retrouvés hors du temps.

Carol et Manu

Après avoir été accueillis par nos hôtes (en danse et en musique, on n’oubliera jamais), on a cédé à la nostalgie de ne pas pouvoir communiquer avec eux, ne parlant pas espagnol mais ayant trop envie d’exprimer notre excitation d’être là !

Il a fallu quelques semaines d’adaptation avant de créer des liens qui sont par la suite rapidement devenus étroits. Ils ont partagé leur culture avec nous, du festif du sportif, du culinaire ; ce qui a pris pas mal de place quand Manu et Mina ont entrepris de faire des gâteaux, sans frigo, sans moules, sans balance et avec un four grill…
On a assisté à une corrida/rodéo (mélange des 2 sans souffrance de nos amies les bêtes), fait du cheval, pêché,  appris le « Poker » local, bu du rhum en écoutant Ronald jouer de la musique sur la plage,…notre vie était calme mais ponctuée de petits moments cools et malgré l’apparente torpeur il se passe toujours quelque chose.
En échange d’une vie de plage et de soleil, on a fait de notre mieux pour leur apprendre ce qu’on savait, on a fait de notre mieux pour leur enseigner l’anglais !
Les « niῆos » c’est du sport. Ils sont 25, certains tous petits, on ne s’entend plus parler dans l’agitation, on a du mal à obtenir de l’attention, parfois y a personne, ils gardent leur cahiers 10 jours max…mais ça fait partie du fun et on rigole ! Tout le temps ! Ils sont plein d’énergie, gentils, souriant sans arrêt…c’est un peu la fête tous les jours…surtout quand on faisait des photos…y a pas sujets plus coopératifs !!
J’ai adoré coudre avec les plus grands ! Autre comportement que pendant les leçons d’anglais. Ils étaient « calmes », concentrés, appliqués. C’était super de voir leur coté créatifs…ils venaient même 5 minutes en avance ! Quand on sait que la tradition c’est d’arriver une heure en retard, c’est une petite victoire personnelle ! On a fait des supers peluches brodées des portraits de leur maman ; qui ont toutes la même robe, et on même réussi à nettoyer en partie la rue, la débarrassant de tous les sachets, qui ont servis au rembourrage !
Manu lui, a frappé tout le monde, moi la première, par sa facilité à créer des liens avec eux ! Il s’est découvert grand fan des enfants, et ils le lui ont bien rendu !

Les « jovenes », eux, respectent bien la tradition et arrivent donc toujours une heure en retard ! Mais, comme tout le monde sur cette île, ils sont gentils, souriants, et pareil, on rigole !
Personnellement, j’ai plus de facilités avec les adultes, et n’étant pas professeur, c’est plus intuitif.

 

Je m’appelle Victor Viel, j’ai 23 ans, et depuis juillet 2016, je travaille auprès de Thoo Mweh Khee Learning Center (TMK), une école pour migrants installée en Thaïlande, à 5km de la frontière birmane. La structure assiste des jeunes issus de l’ethnie Karen, persécutée par la junte militaire en Birmanie, et dont de nombreux membres sont venu se réfugier en Thaïlande depuis les années 80.

 

Les Karen sont un peuple indigène de la région frontalière entre la Thaïlande et la Birmanie, et représentent un des nombreux groupes ethniques de la Birmanie. Sur une population globale d’environ 9 millions d’individus,  dont 7 millions vivent en Birmanie et un million en Thaïlande, l’essentiel des membres de cette ethnie vivent au sein de l’Etat Karen, une des subdivisions administratives et ethniques du pays héritées de l’empire colonial britannique. Il y a plus d’une centaine de groupes ethniques en Birmanie dont la plupart, à l’image des Karen, possèdent leur propre langue, leur propre culture, sont profondément attachés à leur territoire, et ont été persécutés par la junte militaire birmane. Les Karen constituent le troisième groupe ethnique du pays en termes de population, après les Birmans et les Shans. L’Etat Karen est un territoire montagneux recouvert de forêts, dont le relief sert aussi de frontière naturelle avec la Thaïlande.

Avant la colonisation britannique, chaque groupe ethnique vivait indépendamment des autres, le peuple Karen conservant même son indépendance et sa culture face à la vaste ethnie Birmane voisine malgré des affrontements fréquents. Ce fut à partir du moment où les britanniques ont colonisé la région actuellement connue comme Myanmar en 1886, que les diverses ethnies furent regroupées au sein d’un même pays que les colonisateurs ont baptisé à partir de l’ethnie dominante : la Birmanie. Tout au long de l’occupation britannique, les tensions entre Karen et Birmans se sont intensifiées, et d’autant plus au cours de la Seconde Guerre Mondiale, où les Birmans se sont alliés aux Japonais dès que ceux-ci ont envahi le pays, tandis que les Karen ont combattu aux côtés des Britanniques. Pendant la guerre, les Japonais ont perpétré de nombreuses atrocités contre les Karen et les autres ethnies qui soutenaient les Alliés. Quand les Britanniques ont négocié l’indépendance du pays à l’issue de la guerre, le peuple Karen a plaidé pour la création d’un Etat Karen indépendant, comme promis par la couronne britannique au moment des affrontements avec l’armée japonaise. Toutefois, leurs requêtes n’ont pas été accordées quand le pays est devenu indépendant en 1948, et le territoire Karen est resté constitutif de la Birmanie.

Pendant une brève période après l’indépendance, les Karen et Birmans ont tenté de vivre en paix. Mais dès l’automne 1948, les jeux de pouvoirs entre leaders Birmans et les autres ethnies ont vu éclater des tensions interethniques. Un grand nombre d’ethnies se sont vues accorder des droits inégaux à ceux des Birmans. Des protestations se sont élevées au sein de l’Etat Karen, et ont alors été réprimées dans le sang, des milices armées effectuant des raids dans les villages. En janvier 1949, les leaders Karen ont appelé leur peuple à prendre les armes et à se défendre eux-mêmes. Ce fut le début de la guerre civile en Birmanie, entre forces Karen et Birmanes. Avec 68 ans d’affrontements et de violences, il s’agit aujourd’hui du conflit armé toujours en cours le plus ancien au monde.

 

La situation des populations Karen, de même que de nombreuses ethnies rurales en Birmanie, s’est considérablement empirée à partir de 1962, quand une junte militaire s’est installée au pouvoir suite à un coup d’état. La taille de l’armée birmane a été étendue à 400 000 soldats. Dans l’Etat Karen, la junte a implémenté la “Four Cuts Campaign”, établissant alors des ‘free-fire zones’ où l’armée birmane était autorisée à s’approprier les ressources vitales des populations civiles Karen. Quand les militaires s’emparaient d’un territoire, les populations locales étaient obligées de fuir, ou alors elles étaient utilisées pour du travail forcé ou comme bouclier pour détecter les mines. Ces campagnes étaient régulières, et ont été étendues et intensifiées en 1984, ce qui a alors provoqué un exode massif de populations civiles vers la Thaïlande. Depuis cet épisode et jusque dans les années 2000, toujours plus de civils, dont un grand nombre d’enfants, ont traversé la frontière thaïlandaise en quête de sécurité.

 

Thoo Mweh Khee (prononcer ‘Thou Mwé Kii’) est installée au sein d’un petit village communautaire dont les habitants vivent du métier de tisserand, fabriquant notamment des habits traditionnels Karen, ou alors ont ouvert des épiceries. La communauté s’est construite à partir de 1989 autour d’une église baptiste par des Karen ayant fui la Birmanie, et avec l’aide d’un consortium de propriétaires terriens thaïlandais. Le leader de cette communauté est le Pasteur Peacefully, qui est arrivé en Thaïlande à l’âge de 11 ans avec sa famille quand son village a été détruit par l’armée birmane le jour de Noël 1989. Il a été nommé Pasteur de la Bethel Karen Baptist Church en 2006 et a œuvré depuis pour le développement d’une école au sein de la communauté, qui est passée en 10 ans d’une classe de 30 élèves à une structure accueillant plus de 600 étudiants.

Thoo Mweh Khee School (TMKS) et Senior College (TMKSC) sont situés à 50 kilomètres de la ville frontalière de Mae Sot et à 5 kilomètres des montagnes de l’Etat Karen, de l’autre côté de la frontière, et constituent ensembles Thoo Mweh Khee Learning Center (TMK). Ce centre d’apprentissage pour migrants a démarré modestement en 2001 à partir d’une classe K-1 (école primaire), dans la maison du Pasteur. TMKS a été officiellement établie en 2002 afin de pourvoir aux besoins d’enfants et réfugiés de Birmanie, avec la création d’un nouveau niveau d’étude chaque année. A la rentrée 2016, un nouveau niveau d’étude a été ajouté, avec la création d’une école maternelle. Thoo Mweh Khee signifie « à la source de la rivière Thoo Mweh », l’emplacement où est bâtie l’école et où s’est construite la communauté. A la rentrée académique 2016-2017, plus de 600 étudiants sont inscrits à TMK, dont 350 vivent sur le campus dans des dortoirs scolaires. Il y a un corps de 40 enseignants de nationalité Karen et Thaï, ainsi que quelques volontaires étrangers. Le but de l’école est d’éduquer une nouvelle génération de leaders communautaires, qui pourront un jour retourner en Birmanie et aider à reconstruire leur Etat.

 

Thoo Mweh Khee Senior College (TMKSC) a démarré en 2009 afin d’offrir un enseignement supérieur aux étudiants ayant été diplômé du lycée (Grade 10). Etant donné que les migrants Karen n’ont pas de papiers thaïlandais, et ne parlent pour la plupart que S’ghaw Karen et/ou Birman, l’objectif de TMKSC est de délivrer une éducation de haut niveau, en langue anglaise, leur garantissant pour la suite l’obtention d’un emploi et/ou l’accès à des universités ou écoles spécialisées ailleurs en Thaïlande ou en Asie. C’est au sein de TMKSC que je travaille depuis cinq mois.

Le principal certificat délivré par TMKSC est le diplôme en Language and Community Development (LCD), obtenu après un cursus de 2 ans. Les cours se concentrent autour de quatre langues : Anglais, Karen, Birman et Thaïlandais. Les jeunes étudient de nombreux sujets, qui incluent Community Development, Leadership, Teaching, Economics, Health, et Critical Thinking. Ce diplôme offre aux étudiants des connaissances et des compétences pratiques pour aider leur communauté sur des projets de développement, d’éducation, de santé, d’entreprise et de traduction, qui manquent considérablement au sein de l’Etat Karen et des communautés Karen de Thaïlande. Tous ces sujets ont pour objectif de donner aux étudiants les outils nécessaires pour qu’ils retournent dans leurs villages ruraux et aident à améliorer la vie de leur peuple.

Photo Victor Thaïlande 2

Travailler à Thoo Mweh Khee implique de vivre en permanence avec les étudiants Karen et les autres professeurs volontaires. Ainsi, les conditions de travail pour les enseignants étrangers à TMK sont les mêmes que celles des étudiants et professeurs Karen. Le campus de Thoo Mweh Khee ressemble à un petit village aux maisons faites de bois, de bambou et de tôles, disposées aléatoirement au milieu d’un terrain boisé. Seules quelques constructions avec un rez-de-chaussée en béton et un étage en bois solide se dégagent : il s’agit des bâtiments dans lesquels sont dispensés les cours.

Vivre parmi les Karen implique aussi de devoir s’adapter à leur culture. Une des particularités étonnantes de ce peuple est leur habitude de se moquer en permanence de tout le monde, de faire des plaisanteries sur des choses pour lesquelles des occidentaux sont habituellement réservés, tels que le physique ou la famille. Tous les Karen charrient les personnes avec qui ils discutent, peu importe leur statut, et le meilleur moyen de s’intégrer à leur communauté et de se moquer d’eux en retour. Les Karen ont d’ailleurs une culture de l’hospitalité particulièrement ouverte et généreuse ; beaucoup de personnes vivants à TMK sont relativement pauvres, mais invitent néanmoins quiconque passant près de leur maison ou dortoir à partager leur repas. De même, n’importe qui peut s’inviter à un anniversaire où un mariage Karen, même sans connaître les personnes concernées.

Le rapport élève/enseignant est aussi très différent de celui que je connaissais jusqu’à maintenant en Occident. Si les élèves Karen sont extrêmement respectueux des personnes leur offrant une éducation, il n’est néanmoins pas rare que les étudiants se moquent gentiment des enseignants et blaguent avec eux, ce qui est un moyen pour eux de créer une connexion bien différente de celle qui peut exister entre un élève français et son professeur. Par ailleurs, l’éducation est extrêmement valorisée par la culture Karen. Après des décennies d’oppression et l’expérience de la guerre civile où la junte militaire birmane cherchait à tout prix à empêcher les Karen d’accéder à l’éducation en brulant les écoles, les jeunes ont conscience de l’importance de la connaissance et de l’enseignement. Ainsi, la grande majorité des étudiants travaillent très dur, particulièrement pour apprendre l’anglais, une langue très différente du langage S’ghaw Karen qui ne possède quasiment pas de règles de grammaire.

 

Travailler auprès des Karen a été pour moi un bonheur permanent au cours de ces derniers mois. Les jeunes étudiant à TMK ont quasiment tous connu l’expérience de la guerre civile et des exactions de l’armée birmane ; beaucoup d’entre eux ont perdu un ou plusieurs membres de leur famille à cause des violences ou à cause des maladies qui ont accompagné leur exil. Ainsi, Thoo Mweh Khee représente réellement pour eux un refuge où, malgré l’éloignement de leur famille, ils parviennent à trouver un certain réconfort à être constamment entourés de leurs amis et de personnes qui prennent soin d’eux, de même qu’un sentiment de sécurité qu’ils n’ont que très peu connu au cours de leur vie. Ici, à TMK, loin de toute violence, ils cherchent à oublier leurs craintes et à retrouver la vie sociale et les préoccupations d’adolescents et de jeunes de leur âge, qu’ils n’ont pas pu expérimenter à cause de la guerre. Evoluant au sein de cette communauté motivée par l’optimisme et l’espoir, poussée par une culture rejetant le conflit et promouvant la solidarité et l’hospitalité, j’ai ressenti durant ces trois derniers mois une sensation de bien-être continu qui m’était jusqu’alors inconcevable.

 

Cela fait tout juste deux semaines que je suis là à parfaire mon espagnol, à apprendre un peu de Ngäbere (langue indigène locale), à faire connaissance avec Lucie et Caroline (les deux autres volontaires arrivées plus ou moins en même temps) et avec quelques personnes de la communauté de Silico Creek tel Arnoldo Aguilar (le gérant de la coopérative indigène “Solary” pour laquelle nous travaillons), Luis Ellington (surnommé Chiqui).

A peine le temps de m’adapter, de me sentir bien, d’en apprendre sur le fonctionnement de la coopérative et du programme de micro‐finance « Nirien Waire » qui signifie « Grandir ensemble » en Ngäbere), de ses particularités, de son utilité et de ses spécificités, qu’Arnoldo nous confie à Lucie, Chiqui et moi la mission d’ouvrir la 9ème promotion dans la communauté Nance de Risco (6ème et nouvelle communauté du programme).

L’ouverture de cette promotion n’a pas fait l’unanimité au sein des membres de la coopérative pour deux raisons:

‐La première (et la moins pertinente) est qu’elle est à la limite de la Comarca Ngäbe‐Buglé (région indigène pour laquelle le programme « Nirien Waire » a été créé)

‐La seconde est qu’il y a de ça des années, certaines familles reçurent une quantité d’argent considérable en dédommagement suite à la construction d’un grand barrage et à l’inondation d’une grande vallée. Mais cet argent a rapidement été dépensé et mal investi ce qui a créé    de nombreuses jalousies de la part des autres familles et de nombreux Ngäbes de la région.

Bien, maintenant que vous savez tout du contexte historique, rappelons le pourquoi et le comment de notre venue dans cette communauté.

Marianne (co‐fondatrice du programme Nirien Waire et bien connu de vos rangs) était déjà venue là‐bas il y a de ça quelques mois faire une présentation du programme, échanger plus amplement sur le sujet avec Juan Villagra (personne à forte influence dans  la communauté) ce qui avait débouché à la pré­inscription d’une douzaine de micro‐entrepreneurs.

Mais loin de pouvoir justifier l’ouverture d’une nouvelle promotion car peu nombreux (seulement 12 micro‐entrepreneurs préinscrits), ayant des liens de parenté trop proches et les projets étant peu clairs, nous devions retourner sur les lieux afin d’en savoir plus.

Photo Bruno Panama 2

D’où notre mission de présenter à nouveau le projet à un maximum de personnes afin qu’il profite à une proportion plus variée et équitable dans la communauté et ne surtout pas suivre la logique de l’argent donné facilement suite aux dédommagements dus au barrage. Au contraire, on voulait faire en sorte de donner une « deuxième chance » à cette communauté avec un programme de microfinance encadré, suivi, adapté aux Ngäbes et à leur petites activités économiques respectives afin d’investir de façon responsable, équitable et solidaire ;pour permettre peu à peu le développement de la communauté tout entière.

Et croyez le ou non, cela ne fut pas facile. Nous ne disposions que de peu de jours (une semaine tout au plus) pour faire la découverte du village, de ses mœurs et de son contexte. Chaque village est complètement différent des autres que ce soit pour sa position géographique, son histoire, les différentes religions et églises qui le composent, les règles de vie établies et officieuses et en fonction de la hiérarchie officielle et officieuse qui le composent. Nous devions faire la connaissance de chaque entrepreneur, de son activité, de ses antécédents, de sa situation et de son objectif aux quatre coins du village (qui est composé de 5 quartiers bien distincts) afin de faire la création des groupes solidaires, l’inscription de chacun des entrepreneurs intéressés, de faire l’étude de faisabilité de chaque prêt et de la promotion en générale.

Mais bon, je vous rassure cela ne fût pas un enfer ni mission impossible. Loin de là car nous avons été chouchoutés, nourris, logés, conseillés et appuyés comme jamais par deux locaux acolytes en permanence:

Juan Villagra qui nous motivait jusqu’à pas d’heure à coup de « excellente !!! » et nous tenait éveillés avec ses innombrables « café italiano » bien efficaces. C’est un peu le gourou du village, le mentor à la casbah à la croisé des chemins où tout un chacun vient se ravitailler, échanger quelques banalités, demander des nouvelles, vendre un yanikéké (un petit pain à la noix de coco) ou une empanada (pâte en forme de chausson aux pommes fourrée au fromage, à la viande ou autre) ou tout simplement dire bonjour et prendre le café.

Et notre deuxième compagnon n’est autre qu’Emiterio Villagra ; responsable du MIDES « Ministerio de Desarrollo Social » (ou Ministère du Développement Social)      à Nance de Risco et dans une dizaine d’autres communautés aux alentours. Un homme bien plus calme, fort aimable, très sérieux, de bon conseil et très attentionné car ils nous accompagnait et nous raccompagnait avec Cannelle (la chienne de Juan), sa machette et sa lampe torche pour tout déplacement de nuit (car on ne sait jamais quel serpent on peut croiser de nuit à travers les petits chemins glissants du village). Toujours là au besoin, le sourire aux lèvres et la blague facile.

Vous l’aurez bien compris, l’ouverture de cette promotion fut aussi intense et difficile qu’intéressante et riche en échanges humains.

Le résultat : 4 groupes solidaires pour un total de 24 micro‐entrepreneurs inscrits, une quarantaine de personnalités aussi originales qu’intéressantes rencontrées mais surtout des cris, des rires, des blagues et des bons repas en pagaille !

Tout ça pour déboucher (suite au comité de sélection fait à Silico Creek avec les membres de la coopérative) sur 16 projets de micro‐entrepreneurs financés (4 par groupe solidaire) aux profils divers et variés que je vous invite à consulter sur le site internet d’AIME.

Quant à mon bilan personnel, cette promotion a été pour moi non seulement très enrichissante au point de vue professionnel car rien ne vaut du travail terrain et l’ouverture d’une promotion pour comprendre les causes et effets de la microfinance et du programme Nirien Waire, son fonctionnement, ses atouts et défauts et ses points d’amélioration. Mais ça a surtout été une expérience humaine sans précédent !!

Merci à AIME, à la coopérative Solary, au gouvernement français pour ce service civique, à Lucie et Chiqui (RPZ l’équipe de shock) et surtout à toutes les personnes que j’ai pu rencontrer là‐bas. J’ai déjà hâte d’y retourner pour acheter mes 2 porcelets à la femme d’Emiterio (Delfina : micro-entrepreneuse) comme prévu lors de la remise de chèques le 22 octobre !

A bientôt pour de nouvelles aventures,

Bruno

 

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A mon arrivée dans ce vaste campus, bordé de maisons en bambou, la première chose qui m’a interpellée, c’est la solidarité des gens qui y vivent. Après avoir traversé l’Afrique, puis l’Europe, j’ai atterrir en Asie. Ce continent qui m’était totalement étranger est devenu ma terre de cœur, et le peuple Karen ma famille de substitution. La notion d’intimité y est très limitée, tout le monde mange ensemble, chante ensemble, rit ensemble, joue ensemble et dorme ensemble. Quand je demande à mes étudiants ce qu’ils souhaiteraient faire de leur vie plus tard, sans exception, j’obtiens la même réponse de tout le monde : « aider mon peuple ! » Malgré un avenir incertain dont ils ont pleinement conscience, l’espoir de devenir médecin, infirmier, professeur pour venir en aide à leur communauté, les anime.

 

Si je devais décrire en un mot ce peuple, je dirais attachant ! Attachant comme je n’en ai jamais vu durant mes précédents voyages. Je suis venue pour leur apprendre l’anglais, mais ils m’apprennent tous les jours la vie, la bonté et le sens de la communauté. Je suis venue égoïste, j’en repars généreuse. J’y suis venue perdue, j’en repars épanouie. Comment vous décrire une communauté qui n’a pas été pervertie par la mondialisation ? Ils sont purs, généreux, drôles, simples et se contentent d’un bon repas tous ensemble pour être heureux. A leur côté, je me sens à l’abri de la perversion humaine, de la malhonnêteté, de l’avarice, de l’égoïsme, et de l’individualisme. Ils sont pauvres mais leur cœur est plus riche que quiconque. Ils ont été persécutés chez eux, tués, emprisonnés, torturés, et pourtant ils n’ont pas une once de colère qui les habite.

 

Chacun contribue à sa manière au fonctionnement du campus. Certains s’occupent des champs après les cours, d’autres du nettoyage du campus, ou de la couture. Certains anciens étudiants sont même devenus professeur sur le campus. Les tâches sont ainsi réparties de manière équilibrée pour que tous soient impliqués dans le fonctionnement de Thoo Mweh Khee.

 

Nous sommes plusieurs professeurs, pas autant qu’il en faudrait mais assez pour que tous les enfants, ado et jeunes adultes puissent être suivis. Dermot est irlandais, il est venu pour un stage de quelques mois et a fini par tout quitter en Irlande et est installé ici depuis 3 ans. Il a même appris le Karen. David, un sexagénaire néo-zélandais est ici depuis 3 ans également. La première fois que je l’ai vu sur son petit scoot, j’ai tout de suite adoré ce papi. 3 indiennes de Nagaland sont là pour 2 ans, Victor mon ancien camarade de fac est français, et moi, une tunisienne. Les autres professeurs sont Karens, pour la plupart, ils sont d’anciens élèves du campus.

 

La relation entre professeur et étudiants est incomparable à celle que j’ai vu en Afrique ou en Europe. La notion d’autorité n’existe pas. C’est une relation entre un donneur et un receveur, un apprenti et un professeur, mais surtout c’est une relation d’amitié très forte entre gens qui sont assoiffés de connaissance et d’autres qui aiment apporter. Je dis amitié car lors de mon premier cours, la première question à laquelle j’ai eu droit était si j’avais un boyfriend ! Puis d’autres ont suivi : as-tu des frères et sœurs? As-tu déjà été amoureuse ? Combien de boyfriend as-tu ? L’innocence et la spontanéité qui les habitent m’avaient surprise, moi qui suis habituée à la relation uniquement professionnelle entre prof et étudiants. Nous ne parlons pas de vie privée en France avec nos profs, encore moins dès le premier cours. Ces questions qui auraient pu paraitre intrusives, venant d’eux, elles paraissent si anodines et drôles.

 

Je suis chargée de donner des cours de Drama et de Reading class, c’est l’équivalent de théâtre et études de texte. En drama, les étudiants se lâchent totalement. Ils apprennent des scripts et les jouent devant le reste de la classe. N’ayant jamais assisté ou vu une pièce de théâtre, ils ne prennent pas au sérieux le jeu de rôle. La plupart d’entre eux explosent de rire en pleine prestation. Et on finit tous par rigoler.

 

Le Reading class est l’équivalent de l’étude de texte. Un texte à lire et à comprendre, puis des questions à répondre. Ces cours sont dispensés dans l’église, faute de salles libres. Il y a un piano dans l’église. Avant et après chaque cours, l’un des étudiants nous joue un morceau. Les musiciens de Thoo Mweh Khee sont autodidactes. Ils ont une capacité d’apprentissage assez impressionnante. James Dean avait dit un jour : « Puisqu’on peut changer la direction du vent, il faut apprendre à orienter la voile ». C’est exactement ce que font les Karens. Ils ne peuvent changer la situation politique de leur pays, mais ils ont appris à vivre avec.

 

Témoignage de Paul

August 20, 2016 by Mariane Behar

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Je m’appelle Paul ADAM et je suis depuis deux mois volontaire du programme de microfinance NIRIEN WAIRE, développé par AIME. Alors que mon expérience touche à sa fin et qu’il ne me reste que deux jours à Silico Creek, j’entame ce petit article, qui me permettra de faire le point sur ce que j’ai eu la chance de vivre ici au Panama, dans le bien comme dans le mal en cet été 2016. Je tenterai de décrire brièvement le programme, de manière non exhaustive la population Ngobe et sa culture, et enfin de mettre l’accent sur mon expérience personnelle qui fut pour moi passionnante et qui, je l’espère, pourrait aider de futurs volontaires ou amateurs du programme à mieux comprendre ce que nous vivons ici.

Tout commença à HEC Montréal, sur l’étroite mezzanine qui surplombe la cafétéria, d’où l’on peut paresseusement contempler les arbres en tentant d’oublier les travaux à rendre et les examens à venir. Un ami m’avait parlé d’une réunion d’information de l’association NOVA, qui présentait deux missions humanitaires en Tanzanie et au Panama. Par curiosité je m’y rendis, sans attentes particulières. Renaud Miniaou, co-président de AIME, était présent. Je fus très vite conquis, tant par l’aspect de la microfinance, domaine passionnant, que la beauté du village mais aussi par cette opportunité de travailler mon espagnol, de sortir de ma zone de confort tout en restant dans mon budget. J’en ai vite parlé à Antoine Desbonnets, un ami qui partage les mêmes intérêts et nous postulâmes. Très rapidement, après quelques entretiens, nous étions sélectionnés !

A partir de là ; le Temps, pour une obscure raison passa très vite. Nous récoltions des fonds, préparions notre voyage et révisions tant bien que mal car les examens aussi s’approchaient au galop. Avant d’avoir le temps de dire « comptabilité de gestion », je descendais avec Antoine du minibus bondé et je posai le pied dans l’herbe gorgée de vie et d’eau du sol Panaméen.

Silico Creek est un petit village indigène de la comarca Ngobe Bugle dont les 300 habitants, issus à l’origine d’une fratrie qui s’installa dans les années 60, vivent paisiblement. C’est un endroit magnifique où les fortes pluies finissent toujours par noyer les chaleurs les plus étouffantes. La vie s’y écoule comme le petit ruisseau qui y passe, tranquille et immuable. Ici, on dit que le plus important n’est pas l’heure à laquelle on arrive, mais le fait d’être là.

Heureusement, Silico Creek ne va nulle part. C’est plutôt le monde qui vient à elle. En 1997 fut construite une route nationale traversant la comarca et coupant Silico Creek en deux. C’est la nouvelle accessibilité du village et ses promesses qui guidèrent Renaud ici la première fois. Il avait eu l’intuition que des microcrédits y seraient pertinents. Quelle riche idée ce fut ! Les différentes familles s’étaient déjà organisées en une coopérative du nom de SOLARY : parfaite structure pour démarrer le projet. D’autant qu’ici, dans la comarca, les règles sont différentes du reste du Panama : la Terre, l’Eau et la Nature n’appartiennent à personne, ou plutôt à tous. Tous les indigènes y ont droit et pour une banque classique, il est impossible d’avoir une garantie foncière. Pour cette raison et bien sûr la précarité financière de la population indigène, il est très difficile ou très cher d’obtenir un prêt, alors que tout reste à faire.

Grace aux efforts unis d’une population avide d’apprendre et de volontaires motivés (une trentaine jusqu’à ce jour), le projet s’est développé, tant dans sa structure que dans son rayon d’action. Aujourd’hui, après quatre ans de travail et de défis, nous avons œuvré dans six régions différentes de la comarca, des villes et des villages dont la population, avant cela, n’avait accès à aucun service financier. La méthode est simple et pertinente : nous ouvrons une nouvelle promotion et nous rendons dans la ville ; nous allons ensuite à la rencontre de la population et expliquons le but du programme et ses conditions. Les entrepreneurs intéressés s’inscrivent en s’organisant en groupes dits « solidaires ». Il nous reste à étudier chaque cas en détails, à l’évaluer et à le présenter à un comité de sélection qui octroie ou non les prêts demandés, jusqu’à la délivrance des chèques. J’ai eu la chance, en travaillant deux mois pour SOLARY, de participer à toutes les étapes de ce processus et je dois dire que je suis encore fasciné par la portée de ce que l’on fait. Le principe même de la microfinance est génial : donner à des populations dans la précarité les outils pour se développer ; pour augmenter leur niveau de vie, pour atteindre leurs objectifs de manière durable, concrète et en considérant toutes les dimensions (économiques, sociales et environnementales). Pour moi, la promesse est simple et pourtant d’un telle portée ! Un levier, une contrepartie à la machine forcenée du capitalisme et aux inégalités grandissantes qu’elle creuse inlassablement, s’enfonçant peu à peu dans l’absurdité et le superflu. Il est plus que temps d’aplanir le terrain, de respecter la Terre et les gens qui y ont grandi. C’est ce message brillant d’espoir que je ramène avec moi, toutefois terni par la tristesse de partir et par la frustration de ne pas en avoir fait plus.

J’aurais, malgré la brièveté de ma mission, énormément appris, tant sur le niveau humain que dans le domaine de la microfinance. J’espère pouvoir dire à juste titre que cette expérience m’a changé pour le meilleur, que j’ai gagné en ouverture d’esprit et que je connais mieux les facettes de ma personnalité à améliorer. Tout cela grâce aux nombreuses erreurs que j’ai pu faire, qui maintenant me paraissent autant d’opportunités d’apprendre.

Avant de tout vous raconter, il convient de parler plus en détails de la culture ngobe et des subtilités sur laquelle elle se base. En premier lieu, certaines notions comme l’intimité, la propriété et pourtant le partage sont admises et parfois opposées aux valeurs européennes et américaines dans lesquelles la plupart des volontaires ont grandi, moi y compris. Je ne donnerai qu’un exemple concret, celui de la nourriture. Payer un loyer n’existe pas dans la comarca, la Terre étant pour tous. Par conséquent, se nourrir est le coût principal de la vie chez les Ngobes. Un invité se doit donc de participer à l’achat des vivres, par exemple payer un repas sur trois à la famille, malgré un montant de séjour fixé au préalable. Cela ne pose pas problème si l’invité en est avisé. C’est cela même qui est beaucoup plus subtil: dans cette culture, beaucoup de choses sont tacites. Les règles de bienséances en particulier. On ne dit pas quand un comportement dérange, ou quand cela ne se fait pas. On utilise plutôt quelque chose que Mariane, ma chef et guide dans cette aventure, a appelé des signaux faibles. En pratique, un nouvel arrivant non avisé doit savoir se taire et observer activement le mode de fonctionnement culturel, afin de ne pas sauter dans la mare les deux pieds dans le plat, tout simplement car personne ne lui dira, et qu’il peut continuer tous les jours à agir irrespectueusement et ce malgré toute la bonne volonté du monde.

C’est ici que j’entre en scène, moi et mon tempérament extraverti et tonitruant. Pour moi, le but étant de partager le plus possible, j’ai beaucoup parlé quand j’aurais dû me taire et beaucoup agis avant de savoir. Armé de cette confiance en soi que les bavards étalent à outrance, j’arrivai en terrain miné, parlant trop ou trop fort. Sans pour autant être une excuse, tout cela était pour moi une première expérience interculturelle, et je ne savais pas -à cause de ce silence chargé de sens de cette culture- à quel point je pouvais être dans le faux.

Une autre difficulté à laquelle je me heurtai fut le jeune Milciades, alias Mili, autre membre de la coopérative qui fut chargé de nous accompagner. Antoine et moi partions pour une nouvelle mission : la promotion du programme dans la ville de Bisira, loin de Silico Creek. Ce timide et introverti Ngobe avait pour rôle de faciliter le contact avec la population et de nous aider à mener à bien le projet, tout en apprenant lui-même les tenants et les aboutissants du programme. Malheureusement (j’écris cela avec triste regret aujourd’hui) Mili désapprouva rapidement certaines de nos actions et habitudes et, fidèle à sa culture et à son tempérament, ne dit rien, ne nous permettant pas de nous en rendre compte. Progressivement, une relation malsaine, passive-agressive s’installa entre lui et moi, ayant des caractères très opposés. Cette sorte de cercle vicieux finalement éclata en une dispute brève mais catégorique : travailler ensemble n’était plus envisageable.

Je n’épiloguerai pas sur cet incident, tout simplement car je ne suis pas objectif. Je donnerai toutefois une bonne excuse à chacun. Mili est encore jeune et inexpérimenté au sein de la coop et il devait gérer deux amis français tout en faisant avancer le programme. De notre côté, Antoine et moi étions un peu perdus sans le savoir. Nous n’avions eu qu’une semaine (de formation qui plus est) pour apprendre à connaitre la culture à Silico Creek avant de partir pour Bisira avec Mili qui ne disait pas tout.

Il parait évident aujourd’hui que le programme a besoin de plus former les nouveaux arrivants à la culture locale. Au-delà de conversations et d’anecdotes, un réel cours qui permettrait aux volontaires d’avoir une idée de la grande subtilité des mœurs ici. Evidemment, beaucoup avant moi ont parfaitement relevé ce défi en apprenant par eux-mêmes, ce qui très franchement m’exaspère, je ne suis pas très fier de moi.

Il va sans dire que j’ai quand même eu un certain succès, parfois. En deux mois, on apprend à connaitre les gens qui eux aussi, petit à petit, vous perçoivent différemment. Bien entendu, c’est un processus long, très long à Silico Creek où les choses prennent leur temps. Ce sont les enfants qui donnent la plus grande confiance le plus tôt. Ils sont habitués aux volontaires et la nouveauté à leurs yeux n’est que source d’intérêt, jamais de crainte. D’autres personnes, d’un naturel bienveillant, nous accompagnent doucement, nous donnent des chances de faire nos preuves et se montrent indulgents quand ils le peuvent. Mais pour certains, c’est une autre paire de manches ! Leur respect, leur considération ou même leur conversation se méritent. Un volontaire n’est pas à sa place tant qu’il n’a pas prouvé sa bonne foi. Ce sont ces combats qui, à la fin sont les plus gratifiants. Quand un regard satisfait, quelques mots échangés ou un maigre gage de confiance suffit à transformer une journée normale en triomphe, le travail de longue haleine récompensé. C’est la magie du peuple Ngobe mais aussi ma plus grande frustration aujourd’hui : alors que le Temps me rattrape, j’ai enfin réussit à construire des relations solides avec certains. J’ai eu des conversations tellement agréables, tellement riches que j’ai l’impression d’avoir seulement gratté la surface ! J’étais un intrus à l’espagnol bégayant en arrivant et aujourd’hui on me raconte sa journée, m’explique les ragots, m’invite chez soi et me confie ses enfants. Je suis, dans une certaine mesure évidemment, accepté par ces gens que j’aime de plus en plus. Le Temps est décidemment sans scrupule.

Malgré tout j’ai vécu quelque chose de grand cet été. Cette expérience m’a sortir de mes gonds. J’ai rencontré des personnes formidables qui vivent de très peu mais nourrissent le désir de grandir et d’améliorer le niveau de vie de leur familles. J’ai eu la chance d’avoir les outils pour les aider, et d’être sur place pour les voir récolter les fruits de leur labeur. La microfinance est la manière la plus pertinente que nous ayons pour changer les choses. Développons-la, pour un monde meilleur, sans contrepartie. Rien ne se perd, tout se crée et tout prend forme…

C’est ici que j’aimerais clore ce petit témoignage. J’aurais peut-être un peu débordé par moments, mais vous comprendrez l’importance de certains détails dans un tel travail. En guise de conclusion, je tiens à remercier Mariane, Manon et Arnoldo, l’élite de SOLARY et de AIME, des personnes riches d’expériences et de bienveillance qui continueront de m’inspirer. Mon grand ami Antoine bien sûr, qui m’aura contre toute attente supporté sans ciller pendant deux mois (un exploit selon ma famille). Evidemment, les habitants de Silico Creek et de Bisira, que j’ai côtoyé, observé et apprécié sans me lasser grâce au programme NIRIEN WAIRE et enfin toi, lecteur intéressé, pour avoir lu tout cela jusqu’au bout. Merci bien.

Le droit à l’éducation est la raison d’être cette association.

Elle a été créée en 2016 pour développer la troisième et dernière année du KnNC Community College, la seule école universitaire disponible au sein du camp de réfugiés de Nai Soi, pour les jeunes étudiants Karenni. Seules la première et deuxième année sont financées par Child’s Dream, le principal donateur de KnNC.

L’objectif de DFA est donc de pouvoir devenir le donateur principal pour la troisième année en proposant plusieurs domaines d’études, afin d’offrir aux étudiants plus de choix et d’opportunités.

DFA est aussi présent pour effectuer le lien entre les Karenni et le gouvernement Birman afin de faire reconnaître officiellement le diplôme du KnNC.

Enfin, DFA travaille avec des ONG pour établir des parrainages dans le but d’offrir une aide financière aux élèves.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur la page Facebook de l’association.

Silico Creek, base et cœur du programme Nirien Waire, et la communauté voisine de Santa Marta ont de nouveau  augmenté le nombre de leurs entrepreneurs. Voilà un mois que nous travaillions sur le recrutement d’une nouvelle promotion et le 8 juin nous célébrions enfin la remise des chèques pour un total de 7 800 $. Le programme s’enrichit de douze entrepreneurs avec de belles personnalités et de l’énergie à revendre.

Depuis le processus de communication jusqu’au comité de crédit, nous avons multiplié les rencontres, les belles histoires et les aventures. Parmi les quatorze inscrits, certains avaient participé dans des promotions antérieures, d’autres étaient des nouveaux venus, et tous étaient bien motivés. Les choix furent parfois difficiles, mais toujours mûrement réfléchis et utiles pour l’évolution de notre petite institution.

Laissez-moi donc vous présenter nos douze stars du mois, par groupe solidaire, équipe de 3 à 8 entrepreneurs qui se soutiendront tout au long de l’année à venir et mettent en commun une épargne solidaire pour garantir le remboursement de leur prêt.

Koïn Gäte – 1 700 $

Trois entrepreneurs aux profils assez distincts composent ce groupe mais ils sont unis par leur attachement à leur projet entrepreneurial. Notre première entrepreneuse, Cristina Aguilar, est également co-fondatrice de la coopérative SOLARY et habite du côté de la route où se trouve le bâtiment de l’institution. Silico Creek est en effet majoritairement situé d’un côté de la « grande route » qui relie Almirante à Chiriqui Grande mais quelques maisons, le poste de santé et la coopérative se trouvent de l’autre côté. Ce qui explique pourquoi Cristina a fondé sa petite épicerie de ce même côté et souhaitait diversifier son inventaire : pour éviter que les enfants de ses voisins aient à traverser la route trop souvent et potentiellement de nuit pour aller acheter un sac de riz ou un peu de café, et ainsi éviter les accidents. Ambrosio Serrano habite pour sa part sur la colline qui délimite le village et fait vivre sa femme et ses parents avec son activité d’artisan. Chapeaux, sacs, portefeuilles en laine et en kamba… tous ses articles sont colorés et soignés dans les finitions et il lui manquait un petit coup de pouce pour reprendre sa production avec un nouveau souffle.  Herminio Aguilar complète le trio et a sollicité un prêt pour reprendre son activité de vendeur ambulant de vêtements de seconde main avec son épouse et sa sœur. Il a une telle confiance dans la rentabilité de son projet que son épouse va quitter un emploi formel pour s’y consacrer et il a su nous donner envie de l’accompagner pour une seconde fois dans le programme.

Inspiradores – 2 800 $

Un autre trio d’entrepreneurs, trois commerces forts et trois profils humains bien sympathiques. Elvira Gonzales et son mari Cipriano ont récemment ouvert une épicerie dans la rue principale de Santa Marta. Le local est grand, le sourire de la responsable accueillant, l’expérience est au rendez-vous puisque le couple a déjà géré un commerce de ce type, et l’inventaire a pu faire un bon en avant grâce à l’appui du programme. Leonida Aguilar gère en famille une des deux plus grandes épiceries de Silico Creek et souhaitait investir dans un frigidaire pour pouvoir proposer à ses clients des sodas et autres boissons fraîches si appréciables sous le soleil des tropiques, avec son deuxième prêt au sein du programme. C’est chose faite et on ne regrette rien devant le beau sourire de sa femme Angelica et de ses trois enfants qui accueillent les clients avec autant d’enthousiasme que de professionnalisme.  Enfin, Simon Aguilar tient le seul « bazar » de Silico Creek, une petite boutique très bien située, où les articles proposés se sont multipliés depuis le prêt : ballon de volley et de football, nouveaux types de chaussures ou de vaisselles… tous les essentiels sont au rendez-vous. C’est également la deuxième fois que Nirien Waire soutient ce commerce, on ne doute pas des beaux résultats que Simon et sa femme Suzana nous réservent.

Yo si puedo – 3 300 B/

Le dernier groupe est aussi le plus grand avec ses six entrepreneurs, trois hommes et trois femmes qui font montre d’un profond esprit entrepreneurial. Honneurs aux dames avec Virginia Rodriguez qui vient de finir de rembourser son dernier prêt et qui, avec les bénéfices de son élevage de poulet et notre appui renouvelé, se lance dans la vente ambulante de vêtement de seconde main, spécialisation dans le rayon « enfants ».  La doyenne de la promotion, Viviana Montero, est une associée de la coopérative et se bat pour sa petite épicerie avec une volonté impressionnante et le soutien de sa nombreuse et sympathique famille, présente à toutes les étapes du processus de sélection à Santa Marta. Un dernier nom en « V » ? Je vous présente Victoriana Cubilla qui élève des porcs au milieu de sa plantation de cacao à la limite de Silico Creek. Puisqu’elle vient de s’enrichir de 10 nouveaux petits porcelets, elle souhaitait pouvoir agrandir l’espace dédié à l’élevage : clôture, porcherie, etc. Place aux hommes, en commençant par le benjamin de la sélection cette fois, Edilio Abrego qui tient avec son frère une épicerie dans les hauteurs de Santa Marta. Le dynamisme de leur commerce témoigne de leur réussite et du succès de leurs initiatives pour se différencier, de bons indicateurs qui nous ont poussés à les soutenir dans l’achat d’un nouveau réfrigérateur pour boissons. Anibal Aguilar est un jeune artisan à succès au sein de l’association des artisans de Silico Creek et un entrepreneur toujours prêt à profiter de nouvelles opportunités, des qualités qui lui ont permis d’obtenir l’appui de Nirien Waire pour acheter le matériel nécessaire à son activité. Enfin, Mateo Aguilar complète cette belle équipe et tient au centre de Silico Creek une boutique qui regroupe des produits d’épicerie, des réserves de gaz (source d’énergie de toutes les cuisines du village), et même des produits pharmaceutiques de base. C’est pour renouveler le stock de ces derniers que Mateo a obtenu un prêt, avec un bel impact social et économique en perspective.

Quelques chiffres clés concernant cette promotion :
7 800 $ de prêts, avec un prêt moyen à 355 $.
5 femmes, 7 hommes, une promotion équilibrée.
6 épiceries, 1 « bazar », 2 vendeurs ambulants de vêtements recyclés, 2 artisans et 1 élevage de porcs financés dans 2 communautés.
1 mois et 4 jours entre la réunion d’information et la remise des chèques.

Lors de la première réunion d’information, ces entrepreneurs nous avaient impressionnés par leur rapidité à saisir le fonctionnement et à constituer leurs groupes solidaires, encore une preuve de l’esprit communautaire qui règne ici. La réunion de remise des chèques a été l’occasion de beaux témoignages d’anciens entrepreneurs qui nous ont mis du baume au cœur et nous ont donné encore un peu plus envie de faire les choses à 100%. Des représentants du MIDES (Minesterio de Desarrollo Social) et de de la DAS (Dirección de Asuntos Sociales) étaient également présents, renforçant nos liens avec les institutions panaméennes à même de nous appuyer dans notre développement. Un bilan largement positif dès le début de cette nouvelle étape !
Au niveau interne, ce processus de sélection a aussi été riche en apprentissages et a servi de base pour la formation des trois volontaires (Paul, Antoine et Melciades) qui rédigeront le prochain article puisqu’ils sont en ce moment même à Bisira, pour une nouvelle sélection. Affaire à suivre…

Rapport de Martin – Partie 3

Ce lundi 11/04 Eveline organise le désherbage avec la Matrone et quelques enfants volontaires. Plus tard dans la matinée les étagères et l’armoire sont réceptionnées. Nous allons pouvoir réaliser le transfert de stock, déterminer les stocks initiaux et effectuer la première sortie interne de produits via le Bon de Sortie. Je reçois un appel de l’Infirmier de Yometchin concernant l’arrivée de la facture pro forma de la commande du 29/03. Il m’indique que le coût total est de 84 000 FCFA et l’indisponibilité de certains produits. Cette somme doit lui être remise pour validation et déclencher l’acheminement des dits produits.

Le lendemain la Matrone est absente. J’en profite pour organiser une séance de travail avec Eveline afin que l’on puisse bien s’organiser pour le transfert et la gestion de stock à réaliser le lendemain. Voici ce qui est prévu :

  • Sensibilisation de la Matrone et rappel de la nouvelle organisation.
  • Réalisation d’un inventaire pour déterminer les stocks initiaux de chaque produit.
  • Transfert de stock dans le bureau de la Gestionnaire pour classement, contrôle et inscription des stocks initiaux sur les fiches de stocks correspondantes.
  • Expérimentation du Bon de Sortie avec la Matrone pour mise à disposition d’une quantité adaptée de produits dans le bureau de celle-ci.

Mercredi 13/04 nous attendons l’arrivée de la Matrone pour réaliser le transfert et expérimenter la nouvelle méthode. Nous sommes rejoint par le Président du Comité de Gestion qui nous annonce qu’il n’a pas réussi à rencontrer le Trésorier, lequel rencontre des problèmes personnels, et qu’à cet effet les achats de produits d’entretien vont accuser un certain retard. Je lui demande ce qu’il en est de la commande s’élevant à 84 000 FCFA et devant être réglée. Il m’informe que le problème est le même, c’est le Trésorier qui dispose des fonds et sans son accord aucune transaction n’est possible. Je fais part de mon inquiétude et signifie au Président qu’il est très compliqué qu’un projet important comme la bonne conduite d’un Centre de Santé dépende d’un seul homme ne pouvant, du moins pour le moment, assumer pleinement son rôle. Le trésorier aurait dû communiquer sur le fait qu’il n’est pas en mesure de remplir sa fonction et transmettre les fonds au Président pour éviter notamment le blocage de la facture pro forma retardant la livraison des médicaments.

Le président m’informe qu’il va se rendre chez le Trésorier. La Matrone finit par arriver. Avec Eveline nous allons pour s’entretenir avec elle. La Matrone me fait part que désormais elle veut que tous les produits restent chez Eveline, la Gestionnaire. Je comprends très vite que la Matrone ne veut plus assumer la fonction vente des soins et des médicaments qui lui revenait jusqu’alors. Je lui rappelle qu’ensemble nous avions déterminé la séparation des métiers, il était clairement stipulé que la Matrone conservait la fonction Vente quand la Gestionnaire endossait notamment les fonctions Approvisionnent et Gestion de Stock. Elle a également été sensibilisée à l’outil partagé du Bon de Sortie pour que la Gestionnaire puisse mettre à disposition une quantité suffisante de produits dans son bureau, lui permettant ainsi de continuer à faire les prescriptions et les ventes des soins et des médicaments.

La Matrone était clairement d’accord mais il semble qu’elle profite de l’arrivée d’Eveline pour se décharger des ventes. Ce constat est partagé par le Président du Comité de Gestion. Eveline n’est pas en mesure d’assumer la responsabilité de ventes et compte tenu des ressources humaines actuelles et des moyens financiers limités du Comité de Gestion il n’a jamais été prévu pour le moment de recruter une troisième personne à la comptabilité interne et à la gestion des ventes. La Matrone me montre ses limites et je m’en remets au Président du Comité de Gestion. Celui-ci est allé aussitôt s’entretenir avec le Chef du Village d’Avedome. Avec Eveline, nous réalisons tout de même l’inventaire, le transfert de stock et le Bon de Sortie pour mise à disposition d’une partie des produits dans le bureau de la Matrone (sans la collaboration de cette dernière). Le Président du Comité de Gestion revient et m’informe que le Chef ne comprend pas l’attitude et le désaccord soudain de la Matrone quand tout avait été clairement décidé, dès Février, entre toutes les parties prenantes du projet. Il est convenu que le Président et le Chef s’entretiennent avec la Matrone pour tenter de résoudre cet imprévu afin d’éviter que cela se transforme en véritable crise.

Vendredi, je rencontre le Trésorier qui m’informe qu’il s’est rendu la veille directement à Asahoun auprès de la Direction du Distrct Sanitaire pour remettre la somme de la facture pro forma et ainsi déclencher la livraison. Les produits médicaux arriveront prochainement. Ensuite, je me rends au Centre de Santé pour m’entretenir avec Eveline sur le problème survenu avec la Matrone. Elle me fait part de ses inquiétudes et de la difficulté qu’elle aura à travailler dans ces conditions. Je la rassure en lui confirmant qu’elle fait du très bon travail et que le Comité de Gestion reconnaît son implication.

Lundi 18/04 je fais avec Eveline un point sur la commande et la livraison. Pour rappel le 29/03 nous avons passé commande auprès de l’Infirmier de Yometchin. Le 11/04 au matin ce dernier nous a informé que la commande était prête à Lomé et qu’il fallait régler la somme de la facture pro forma après validation. Le trésorier était absent et injoignable ce qui a provoqué un retard de 3 jours. Le 14/04 le Trésorier a réglé la somme de la facture à Asahoun et depuis nous sommes dans l’attente de la livraison. De plus, suite à l’incident survenu avec la Matrone il est décidé de changer quelque peu le process concernant le Bon de Sortie. Désormais, dès réception de commande ou besoin, la Gestionnaire remplie le Bon de sortie et met à disposition une quantité suffisante chez la Matrone en s’appuyant sur un inventaire et les niveaux de stocks. Il sera seulement demandé à la Matrone de signer pour accuser bonne réception ou mise à disposition.

Le lendemain j’appelle l’Infirmier de Yometchin qui m’informe que la commande est livrée et que nous pouvons venir la chercher dès maintenant. Avec Eveline nous partons en taxi moto à L’USP de Yometchin. Dès notre arrivée nous somme accueilli par l’Infirmier et nous entamons la réception et le contrôle de notre commande.

  1. Contrôle documentaire et financier : L’infirmier nous remet la commande initiale avec des notations ainsi que les deux factures. Les factures regroupent également la commande de Yometchin, nous faisons la distinction et recalculons les montants en rapport avec les quantités demandées. Certains produits sont indisponibles ou en quantité inférieure et ont été ajoutés au coût total lors de la facture pro forma. Deux produits ont également été facturés et ne sont pas présents dans la commande, l’infirmier nous informe qu’ils seront normalement livrés plus tard, dans le cas contraire la somme sera remboursée.
  2. Contrôle physique : Nous vérifions la quantité ainsi que la date d’expiration et l’état général des produits.
  3. Retour au Centre de Santé d’Avedome pour classement par ordre alphabétique et selon la forme galénique puis contrôle de la qualité.
  4. Elaboration du Bon de sortie, mise à disposition et classement dans le bureau de la Matrone.

Nous faisons un point, en compagnie du Président du Comité de Gestion, sur le prochain compte de résultat, les prix des produits et sur les achats relatifs à l’hygiène. Enfin, le Président m’informe qu’il a élaboré une liste de produits d’hygiène, il m’annonce qu’il a pu se procurer quelques produits d’entretien et que le reste sera acheté dès samedi prochain.

Mercredi 20/04 Eveline renseigne sous ma supervision les fiches de stock pour chaque produit reçu. Ensuite elle inscrit sur le document de Gestion des Achats le prix unitaire et le montant de chaque produit ainsi que la date de réception de la commande. Cet outil permet un suivi et une lecture claire lors de la réalisation du compte de résultat. Après avoir terminé le suivi, une séance de travail est organisée avec la Matrone.

Je lui précise que suite à l’incident du 13/04 j’ai préféré prendre mes distances et voir comment les choses allaient évoluer. Constatant l’apaisement je lui signifie que nous pouvons repartir sur de bonnes bases. Je lui montre la commande et l’informe des produits non disponibles. Je lui expose ensuite le Bon de Sortie tout en listant les produits et les quantités que l’on a classés sur ses étagères. Je lui demande d’approuver le Bon de Sortie, elle y inscrit son nom et la date de mise à disposition (le 19/04).

Le lendemain je demande à Eveline de réaliser un Etat des lieux/évaluation au sujet de nos dernières observations hygiène et sécurité du Centre de Santé (et des zones de stockage en particuliers). En effet mardi 19/04 nous avons trouvé un nid d’adzadza (un insecte) sous le bureau de la gestionnaire, que nous avons détruit. Ensuite lors de la mise à disposition des produits dans le bureau de la Matrone nous avons remarqué la présence d’excréments de chauves-souris sur les étagères du haut à proximité des médicaments, cela est récurrent et constitue un risque de contamination. En plus de ces deux constats, il y’a les cartons (servant de poubelles) peu vidés, attirant diverses insectes et lézards. Il en résulte qu’il faut réaliser de toute urgence un grand ménage et installer les fameux filets/grillages anti nuisibles aux fenêtres et aux portes extérieures. De plus nous mentionnons l’état de la poignée et des vis de la porte principales lesquelles sont rouillées. J’appelle le Président du Comité de Gestion, je lui demande de venir avec le Trésorier le lendemain matin pour un entretien afin qu’ils puissent se rendre compte de l’insalubrité et ainsi accélérer le mouvement. J’insiste sur la présence du Trésorier qui a peu été impliqué ces derniers temps.

Ensuite je fais avec Eveline une vérification des prix à l’achat. Je constate 2 erreurs et 4 fluctuations de prix.

Ce vendredi 22/04 nous recevons le Président qui nous informe que le Trésorier n’est pas sûr de venir. Les absences de ce dernier sont récurrentes démontrant un manque d’implication flagrant. Il est nécessaire de gérer ce problème. Commun accord avec le Président nous décidons de penser sérieusement à l’éventualité de révoquer le Trésorier en référence à l’article 2 de la Charte du Comité de Gestion (« Les membre … peuvent être révoqués à tout moment en cas de faute grave prouvée dans l’accomplissement de leurs missions respective »). Un document a été rédigé à cet effet. Le Président se verrait transférer la totalité des fonds de gestion et endosserait la fonction de Trésorier quand la Vice-présidente, Madame Wono ADOKANOU, celle de Présidente. Ceci de manière temporaire et exceptionnelle adaptée à la situation présente, en attendant la tenue d’élections des membres de bureau.

D’ailleurs ces élections deviennent assez urgentes, en effet le Président me signifie que depuis le 13/04 le Secrétaire Kokou TRETOU n’est plus disponible. Quant au Conseiller Monsieur Kokou KALE, il a donné sa démission le 15/04. Le Trésorier finit par arriver avec 2 heures de retard. Tout en lui montrant la charte, je lui explique la situation. Après une discussion, il explique qu’il veut rester le Trésorier et que grâce à mon recadrement il prend pleinement conscience de l’importance de son rôle, il promet d’être davantage impliqué. Une fois la situation réglée, avec Eveline nous leur rendons compte de la présence de nuisibles et de l’état de l’hygiène dans le Centre de Santé. Ils nous assurent que les choses vont se mettre rapidement en place. Enfin nous abordons le compte de résultat pour le 26/04 et convenons de se réunir ce jour à 8h00.

Ce lundi 25/04 je demande à Eveline de préparer le compte de résultat et les questions à poser au Comité de Gestion et à la Matrone. Elle prépare ensuite l’inventaire qui sera également effectué le lendemain.

Le lendemain, le Président et le Trésorier arrivent à l’heure. Ils viennent avec deux grandes poubelles à couvercle de couleur différente, du détergent et un grand chiffon pour les étagères. Ils m’informent qu’ils vont ramener le reste bientôt. En ce qui concerne les filets/grillages anti-nuisibles ils ont du mal à contacter le menuisier. A ma surprise le Président a convoqué les autres membres du Comité de Gestion, une petite réunion s’improvise ainsi. Nous nous mettons d’accord pour une réunion formelle le jeudi 28/04 à 14h00 afin d’aborder la tenue prochaine des élections et de sensibiliser toutes les personnes concernées à la Charte. Il est également prévu d’aborder les décisions et les avancées en termes d’achat et réalisation pour l’hygiène et la sécurité. Ensuite nous nous réunissons avec le Président, le Trésorier et le Secrétaire dans le bureau de la Matrone pour le compte de résultat.

Je vois bien que cette dernière n’est pas encline à une collaboration optimale. J’essaye d’aller à l’essentiel pour éviter un autre conflit. Dans la partie salaire il est rajouté 10 000 FCFA pour la Gestionnaire. C’est un bon début. Cette décision du Comité de Gestion est récente et vient à point nommer dans une période marquée par des tensions et la gestion des imprévus. Eveline se voit récompenser, elle est plus motivée pour l’avenir. Après calcul il en ressort une perte de – 53 521 FCFA. Les ventes de la Matrone ont été de 68 400 F et les dépenses de 121 921 F.

Le Président me signifie qu’il y’a des fonds pour les prochaines dépenses. Enfin Eveline fait l’inventaire avec une certaine autonomie. La prochaine commande est dite de réajustement, elle compte 14 produits dont 6 réenclenchés, non disponibles lors de la dernière commande. Le lendemain, mercredi 27/04, étant férié pour la fête de l’indépendance, je demande au Président de prendre rendez-vous avec Eveline dans l’après-midi pour valider la commande et la remettre à l’Infirmier de Yometchin. Je souhaite ne pas être présent pour la remise de la commande afin qu’Eveline puisse s’inscrire pleinement comme Gestionnaire et être considérée comme véritable référente de la Case de Santé d’Avedome.

Eveline a pu faire confirmer la commande par la Matrone et la faire valider par le Trésorier et le Président du Comité de Gestion. L’Infirmier a salué la qualité du document.

Jeudi 28, la réunion prévue avec le Comité de Gestion n’a pu avoir lieu en raison de l’absence de ses membres.

Le lendemain j’ai un entretien avec le Président du Comité de Gestion. Il me fait part de son désarroi devant le manque de sérieux de certains mais ne baisse pas les bras. Il énumère les points qu’il faut rapidement soulever : la prise de connaissance et la validation de la charte ; l’organisation et la tenue de prochaines élections, l’arrêt d’une date en Mai pour la réalisation du trou d’enfouissement et d’un trou plus petit, de calcination. En ce qui concerne la gestion des déchets il est utile de préciser qu’il en existe plusieurs :

  • Les déchets métalliques (les aiguilles (séparée des seringues) usagées doivent être collectées dans une boîte de sécurité et font l’objet d’un ramassage mensuel d’une voiture du District Sanitaire de l’Ave).
  • Les flacons de verre de « format ampicillines » sont entassés dans un carton puis récupérés par des revendeurs.
  • Le verre (ampoules et bouteilles de sirop) est disposé dans un carton pour être broyé.
  • Les déchets dangereux et combustibles (seringues, gants, coton, mouchoirs avec du sang ou liquide séminal) doivent être jetés dans une poubelle spécifique, à couvercle.
  • Les déchets dits « classiques » sont jetés dans d’autres poubelles à couvercles présentes dans les bureaux.

Nous parlons également de la Matrone, de son manque de volonté à collaborer. Il pense très sérieusement à la possibilité d’un licenciement de la Matrone si cette dernière ne part pas d’elle-même ou continue de compromettre l’organisation et de ne pas respecter certaines consignes. Je le suis dans son raisonnement.

Dimanche 01/05 les filets anti nuisibles ont été installés aux 9 fenêtres, ce qui est une très bonne chose.

Lundi 02/05 Eveline renseigne le « Rumeur » pour la période du 26/03 au 25/04, le document de suivi des consommations journalières. Pour ce mois elle a pu noter les stocks initiaux pour chaque produit en s’appuyant sur l’inventaire du 28/03. En ce qui concerne les filets anti nuisibles, Eveline remarque que les insectes sont moins présents.

Le lendemain Eveline réalise un ménage dans son bureau avec eau et détergent malgré le fait que le Trésorier n’a pas encore acheté un balai long manche adapté. La Gestionnaire a bien compris qu’un bon nettoyage limitait la présence de nuisibles dans ce lieu de stockage. Le Trésorier a apporté 2 bidons qui pourront être utilisés comme conteneur d’eau ou encore sceau pour le ménage.

Mercredi 04/05 se tient la réunion avec le Comité de Gestion. Le Trésorier est une fois de plus absent. Le Président souhaite organiser de nouvelles élections pour changer notamment de Trésorier lequel n’a jamais montré de registres comptables et n’est quasiment jamais disponible lors des réunions. Ensuite, la Charte est lue et adoptée par le Président, signée par les membres présents du Comité de Gestion et par moi-même (en tant que représentant de la NVM-Togo). Avec le Président je fais un point hygiène sur les produits manquants ainsi qu’un point sur la gestion des déchets. Nous précisons et notons que la Matrone ne sépare pas les aiguilles des seringues en plastiques après utilisation, comme cela lui avait été demandé par l’Infirmier de Yometchin.

Enfin nous nous mettons d’accord sur la date du mardi 10/05 pour débuter la réalisation du trou d’enfouissement (ou « de vidage »). Le Président et les autres membres discutent pour mettre à disposition des pelles et de l’argile et faire appel à de jeunes volontaires.

Les jeudi 05 et vendredi 06/05 Eveline fait des révisions sur ce qu’elle à appris depuis début Mars. Je lui demande d’entamer une réflexion sur son rôle de Gestionnaire-Approvisionneur après mon départ. Elle travaille déjà en quasi autonomie et je l’invite à se projeter dans l’avenir : Comment va-t-elle s’organiser par rapport aux différentes tâches qu’elle doit réaliser ? Elle se montre convaincante dans ses explications et prend pleinement conscience que son travail va au delà de l’exécution de tâches établies, mais qu’elle doit aussi s’inscrire dans une logique de contrôle, d’inspection et d’évaluation.

En temps habituel, Safe Haven Learning Center accueille une quarantaine d’enfants. J’y arrive pendant les vacances d’été (avril et mai) et beaucoup ont rejoint leur famille, en Birmanie. Je suis donc accueillie par Gloria, Christopher, leurs enfants et petits-enfants et quelques enfants qui n’ont pu partir.

C’est Gloria qui s’occupe de tout le monde, avec le peu de moyens à sa disposition. Mais ici, même les plus jeunes participent : bercer un bébé, préparer le repas, ramasser du bois pour la cuisine, cueillir des fruits ou légumes dans la forêt, désherber un terrain pour préparer les plantations… Malgré des conditions de vie parfois difficiles, chacun garde un grand sourire et profite de chaque occasion pour s’amuser et partager du temps en famille. Je donne 2 heures de cours d’anglais le matin, pendant qu’il ne fait pas encore trop chaud (même s’il fait déjà très très chaud !).

Les enfants ont entre 5 et 15 ans et leur niveau d’anglais est très variable. Mais les plus avancés aident les autres et tout se passe toujours dans la bienveillance. Je leur propose des jeux et activités pour leur enseigner les couleurs, les parties du corps, des verbes. Nous mimons, jouons au “mémory”… et ce sont des moments riches en énergie et en rires ! Grâce à des fonds récoltés par l’association AIME, nous pouvons faire de nombreux achats : uniformes scolaires, cahiers, stylos, cerceaux, dominos, puzzles, affiches pour les salles de classe, mappemonde… et également financer la reconstruction de la “cuisine” (qui sert à la fois de cuisine et de cantine).

J’accompagne Gloria et ceux qui participent au chantier dans les achats des différents matériaux et outils, et échange avec eux pour établir les priorités en fonction du budget à disposition. C’est une mission compliquée (il faut faire des choix !) et très intéressante. En parallèle, je peux suivre les travaux, qui avancent à grands pas. C’est une grande satisfaction pour chacun d’entre nous ! Nous jouons, beaucoup, souvent, avec 3 fois rien : des bouteilles en plastique récupérées nous permettent de faire de la musique ou de jouer au bowling, les “concours” de cerceaux ou le jeu de l’élastique ont un grand succès, sans parler des combats de pouces… même essuyer le sol d’une salle de classe devient un jeu !

La barrière de la langue ne me semble plus si importante. Les liens sont tissés et l’heure du départ approche, l’émotion grandit… Je garderai en mémoire chacun des habitants de Safe Haven : de la grand-mère PiPi, avec qui je prends mon café tous les matins, à la petite NuNuPaw, 2 ans à peine, qui m’a rebaptisée Morning.

Je reviendrai peut-être un jour passer quelques jours ou quelques semaines ici, chez eux, qui est aussi devenu un peu chez moi, qui sait ?