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« Jeune diplômée en marketing, j’ai toujours rêvé de partir en mission humanitaire. Lorsque mon premier contrat de travail est arrivé à son terme je me suis dit c’est l’occasion ou jamais. Je suis donc rentrée en contact avec l’association Aime  et mon incroyable aventure a commencé.

Avant le départ beaucoup de formalités : vaccins, visa, médicaments, préventions des risques… des obligations à remplir qui pourraient presque freiner l’envie de partir. Les infirmières qui me parlent de toutes les maladies ou l’ambassade qui évoque les possibilités d’enlèvement, de vol voire pire encore ne m’ont pas rassurés. Mais motivée je décide de partir et me faire ma propre idée du Togo.

Dès mon arrivée je suis reçu par deux membres de la NVM : Agbe (président) et Papkul (secrétaire général) à l’aéroport de Lomé. Leurs gentillesses et leurs accueils chaleureux dissipent toutes mes inquiétudes. Ils me conduisent au siège de l’association pour ma première nuit. Je me réveille le matin à Lomé et je suis « chouchoutée », ils me préparent à manger, ils sont à mon écoute et répondent à toutes mes questions. En fin de journée c’est le départ pour le village. Je suis accompagnée de Papkul et trois autres volontaires togolais de la NVM.

Au village c’est le dépaysement : pas d’eau courante, pas d’électricité … je suis loin du confort que je peux avoir en France. Et pourtant je me sens très vite très bien : loin de tout et loin de l’agitation urbaine. Je m’adapte vite aux quotidiens du village et cela grâce aux quatre personnes avec moi qui prennent soin de moi et qui veillent au bon déroulement de ma mission. De plus les habitants de Todome sont d’une extrême gentillesse et d’une grande générosité. Ils ont peu de choses et pourtant  veulent toujours tout donner ou partager. Quand je me promène dans le village les gens me saluent et les enfants ont la joie de vivre. Une joie communicative !

Le but de ma mission était de donner des cours de français aux enfants du village. Ce que je faisais avec grand plaisir tous les matins. Un soutien scolaire avant la rentrée des classes pour améliorer le niveau général. J’ai eu la chance d’enseigner à des élèves qui avaient envie d’apprendre et de progresser.

Les autres volontaires avec moi ont eu la gentillesse de me faire découvrir les villages aux alentours, les traditions, la cuisine traditionnelle, les rites, la culture … Durant ma mission nous étions toujours tous ensemble pour partager les repas, se promener, jouer avec les enfants ou parler de la vie. Je peux dire que ces personnes sont devenues de vrais amis avec qui je suis toujours en contact. J’ai beaucoup appris à leurs côtés et j’ai vraiment hâte de pouvoir les revoir.

J’ai admiré les togolais que j’ai rencontré qui ont une grande ouverture d’esprit et une grande intelligence de la vie. Je n’oublierais jamais les enfants qui s’amusent d’un rien, qui ont un grand respect pour les anciens, qui aident leurs parents dans les tâches quotidiennes, qui profitent de la vie et de ce qu’elle leur donne.

Je suis tellement heureuse d’avoir vécu cette expérience. Je n’ai envie que d’une chose repartir. Ils m’ont apporté tellement plus que ce que j’ai pu leur donner.

En tout cas mon partenariat continue et même si je ne repars pas tout de suite, je prévois d’envoyer des colis avec des fournitures scolaires pour les enfants ou participer aux collectes de don.

Une vraie leçon de vie, merci ! »

Le Sénégal est un pays riche de ses habitants. L’hospitalité du pays est sans nul pareil, et il est certain que visiter le Sénégal c’est adopter une famille. L’accueil y a été plus que chaleureux et j’ai été exceptionnellement honorée de faire parti de l’une des leurs.

L’une des choses les pus faciles a été l’intégration, la connexion qui s’est très vite opérée spontanément. Mon ouverture aux autres m’a très vite permis de me sentir à mon aise.
Cependant, La promiscuité et le poids familial est très présent au Sénégal. Le manque d’intimité peut se faire ressentir. Le besoin de se retrouver seule dans son univers peut manquer parfois.

Cela a été une expérience fortement enrichissante particulièrement sur le plan humain. J’ai appris beaucoup, notamment des choses personnelles que je ne pensais pas remettre en cause. Le cadre n’a pas du tout été celui auquel j’aurai pu m’attendre, mais j’ai repoussé mes limites et je suis fière d’être sorti de ma zone de confort.

Je n’ai pas eu la sensation d’avoir surmonter un étape difficile à mon départ de la France. Néanmoins, mon retour l’a été puisque la nostalgie de mes rencontres et coups de coeurs m’ont beaucoup attristés.

témoignage_quentin

Je m’appelle Quentin, j’ai 21 ans, et j’ai depuis longtemps rêvé de partir en mission humanitaire en Asie. C’est maintenant chose faite, puisque je suis parti en mission en Thaïlande avec AIME. Je suis en fait venu en aide à une grande famille Karen, une ethnie birmane persécutée dans le pays, au Safe Haven Learning Center à Ban Tha Song Yang, surtout en donnant des cours d’anglais à une quinzaine d’enfants, pendant 4 semaines.

Je suis parti pour découvrir un pays et une autre culture et j’ai finalement découvert une autre manière de voir le monde. Les enfants sont adorables et très attachants, et ils m’ont surement appris beaucoup plus que ce que j’ai pu leur apprendre. Des sourires, un accueil et une façon de vivre qui force le respect. Une expérience inoubliable gravée à jamais dans ma mémoire !

Volontaire sur l’île d’Ometepe, je suis restée 1 mois avec la coopérative Hermanas de la Luna.

Mon rôle principal était de donner des cours d’anglais à des enfants âgés de 8 à 12 ans et des adultes de 13 ans et plus. Je vivais chez une famille. Rosita et Mickael m’ont très bien accueillie et m’ont tout de suite mis à l’aise « mi casa es tu casa ».

Mes journées commençaient par un desayuno différent tous les matins ! On se retrouvait ensuite avec les autres volontaires au Sinaï ou bien au Chico Largo (2 bars qui ont la WIFI) afin de pouvoir travailler ensemble sur le cours à donner l’après-midi. Ensuite il y avait l’almuerzo. Très riche en générale, une sieste n’était pas de refus après !!! L’après-midi nous nous consacrions aux cours d’anglais. Les petits avaient apprenaient l’anglais de 17h à 18h. Les grands de 18h30 à 20h.

Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en arrivant sur cette île et j’ai été agréablement surprise ! Les nicaraguayens sont motivés et ont toujours le sourire aux lèvres ! Les niveaux étaient différents d’un élève à un autre donc la complexité résidait dans le fait de ne pas aller trop vite pour certains sans tomber dans l’ennui pour d’autres. Nous avons essayé de leur concocter des activités (chansons, mise en situation, groupes de parole) au lieu de tout le temps écrire écrire écrire … muy aburrido !

Le week-end nous explorions avec les autres volontaires le reste de l’île ou bien le reste du pays ! Au programme SantoDomingo, Ojo de Agua, Granada et bien d’autres.

Le Nicaragua est un pays qui regorge de beauté. La nature est tout le temps-là alors qu’elle a bien disparue dans d’autres pays.

J’ai vécu sur cette île une expérience très riche ! Les habitants de l’île sont très attachants, les enfants encore plus ! Les familles sont adorables avec nous. Toujours aux petits soins. Ma famille a organisé quelques activités comme la visite de la Punta Jesus Maria ou encore la visite de la toute petite île en face de la réserve naturelle de Chaco Verde ! Sans parler de notre bienvenida et de ma despedida ! Une grande surprise qui m’attendait. Des chants, des danses, des poèmes que je n’oublierai jamais ! J’étais très triste de les quitter mais ce n’est qu’un au revoir !!!!

Clémentine Lesobre

La grande famille du Safe Heaven Learning center m’as fait vivre un mois inoubliable, vivre quotidiennement avec eux a été extrêmement enrichissant pour moi, j’ai énormément appris sur moi-même mais également sur eux, leur culture, leur vision des choses, leur philosophie de vie qui m’a permis de prendre du recul sur ma propre vie. Ce n’est que du positif pour moi d’avoir vécue cette mission a leur côté, en vivant leur conditions qui ont parfois été difficiles pour moi mais je me suis rapidement adaptée et me suis sentie totalement intégrée à la vie quotidienne comme un membre a part entière de la famille.

De plus, en vivant quotidiennement avec eux, j’espère leur avoir apporté ma bonne humeur et ma positivité, que nos échanges et le partage leur ont permis d’apprendre des choses et découvrir brièvement notre culture.  À l’inverse, ils m’ont énormément apportés personnellement et j’espère que cet échange était réciproque!

Le plus difficile a mon départ a été de quitter mes proches et de se lancer dans “l’inconnu”. Le retour a été difficile également puisque je me suis attachée à la famille, me suis habituée à l’environnement et au rythme de vie totalement différent du notre. Par contre, les nombreuses piqures de moustiques et la nourriture ; nous n’avons pas manqué de nourriture mais l’adaptation au riz matin midi et soir ont  été difficiles. De plus, c’est en étant aussi loin et dépaysé qu’on se rend compte à quel point nos proches sont importants, je dirais donc que le contact avec ma famille et mes amis m’a le plus manqué.

Cette expérience a été une véritable leçon de vie. J’ai vécu des choses inoubliables au safe haven avec l’ensemble de la famille, des enfants, des locaux. Les échanges ont été riches, j’ai pu découvrir une culture différente, un environnement dépaysant, un mode de vie opposé au mien. J’ai été accueilli à bras ouverts et ils ont su me rappeler que l’amour, le partage et le respect est ce qu’il y’a de plus important.

Dans un premier temps, l’un des aspects positifs de ma mission a été la relation avec les locaux. J’ai été très bien accueillie, et des liens se sont créés progressivement. Ils ont été très attentifs et à l’écoute des volontaires présents sur place.

Ensuite, l’adaptation a également été un aspect positif. Les locaux font tout en sorte afin que l’adaptation des bénévoles se déroule le mieux possible.

Personnellement je pense avoir apporté beaucoup de joie, et de nouveautés aux enfants ainsi qu’aux adultes. De plus, je pense avoir apporté de nouvelles connaissances aux enfants en leur donnant des cours d’anglais tous les matins.

Avec le groupe, nous avons reconstruit un nouvel arrêt de bus pour les enfants, et participer à la rénovation de la cuisine.

Indépendamment, j’ai souhaité leur offrir quand l’occasion se présentait des friandises comme des gâteaux, des boissons sucrées, des petits déjeuners…

Une expérience riche en émotions. Nous apprenons beaucoup de choses aux enfants, mais nous en apprenons aussi beaucoup grâce à eux.

Le plus difficile dans mon départ de la France a été le départ vers l’inconnu, ainsi que de quitter mon confort.

À mon retour de fin de mission, le plus difficile a été de quitter les enfants et les locaux, car un lien important s’est créé entre nous.

Mes études ne me permettent pas de repartir pour le moment avec AIME, mais dès que possible, je souhaite retourner en Thaïlande pour revivre une expérience à leurs côtés.

Cette expérience est faite de hauts comme de bas, mais elle est dans son ensemble une expérience magique et inoubliable.

Jailbreak 2017 Neoma BS Reims

Le Jailbreak 2017 c’est 12 binômes participants et plus de 1000km parcouru pour la plupart.

Jailbreak 2017

Il y avait 11 binômes d’inscrit et un trinôme, cependant 3 binômes n’ont pas réussi à partir de Reims et ont donc abandonnés. Tous les autres binômes ont réussi à atteindre la destination de Prague, sauf un qui a demandé à retourner à Paris car il n’arriverait pas à Prague dans les temps. Le trajet a été mouvementé pour tous les participants, certains ont fait des détours, retour en arrière, d’autres n’ont atteints la destination de Prague que le lendemain matin mais au final c’est 17 étudiants pleins de bonne humeur qui ont pu retrouver l’équipe d’AIME.

Pour les binômes arrivés en premier, des membres de AIME les ont accueillis sur la place de la Vieille-ville avec un gouter.

Après une nuit dans une auberge de jeunesse, tout le monde est parti visiter la ville de Prague avant de revenir à Reims.

En résumé le Jailbreak c’était 12 binômes, 25 participants, 17 étudiants qui ont parcourus presque 2 000km pour aller à Prague en Stop, beaucoup de fous rires, bonne humeur, de stress et de fatigue. Mais c’est aussi 2000€ que les Sponsors doivent verser à l’association AIME.

 

Cette grande aventure est bien sûr remplie d’anecdote comme l’une des voitures balais qui a failli se tromper de Land en Allemagne pour chercher un binôme perdu, mais aussi des participants qui a cause de la barrière de la langue sont repartis dans la mauvaise direction.

Jailbreak 2 2017

Ce qui frappe en premier quand on arrive à Ometepe c’est la paix qui semble y régner.
C’est coloré, vivant, mais comme préservé de tout. On s’est retrouvés hors du temps.

Carol et Manu

Après avoir été accueillis par nos hôtes (en danse et en musique, on n’oubliera jamais), on a cédé à la nostalgie de ne pas pouvoir communiquer avec eux, ne parlant pas espagnol mais ayant trop envie d’exprimer notre excitation d’être là !

Il a fallu quelques semaines d’adaptation avant de créer des liens qui sont par la suite rapidement devenus étroits. Ils ont partagé leur culture avec nous, du festif du sportif, du culinaire ; ce qui a pris pas mal de place quand Manu et Mina ont entrepris de faire des gâteaux, sans frigo, sans moules, sans balance et avec un four grill…
On a assisté à une corrida/rodéo (mélange des 2 sans souffrance de nos amies les bêtes), fait du cheval, pêché,  appris le « Poker » local, bu du rhum en écoutant Ronald jouer de la musique sur la plage,…notre vie était calme mais ponctuée de petits moments cools et malgré l’apparente torpeur il se passe toujours quelque chose.
En échange d’une vie de plage et de soleil, on a fait de notre mieux pour leur apprendre ce qu’on savait, on a fait de notre mieux pour leur enseigner l’anglais !
Les « niῆos » c’est du sport. Ils sont 25, certains tous petits, on ne s’entend plus parler dans l’agitation, on a du mal à obtenir de l’attention, parfois y a personne, ils gardent leur cahiers 10 jours max…mais ça fait partie du fun et on rigole ! Tout le temps ! Ils sont plein d’énergie, gentils, souriant sans arrêt…c’est un peu la fête tous les jours…surtout quand on faisait des photos…y a pas sujets plus coopératifs !!
J’ai adoré coudre avec les plus grands ! Autre comportement que pendant les leçons d’anglais. Ils étaient « calmes », concentrés, appliqués. C’était super de voir leur coté créatifs…ils venaient même 5 minutes en avance ! Quand on sait que la tradition c’est d’arriver une heure en retard, c’est une petite victoire personnelle ! On a fait des supers peluches brodées des portraits de leur maman ; qui ont toutes la même robe, et on même réussi à nettoyer en partie la rue, la débarrassant de tous les sachets, qui ont servis au rembourrage !
Manu lui, a frappé tout le monde, moi la première, par sa facilité à créer des liens avec eux ! Il s’est découvert grand fan des enfants, et ils le lui ont bien rendu !

Les « jovenes », eux, respectent bien la tradition et arrivent donc toujours une heure en retard ! Mais, comme tout le monde sur cette île, ils sont gentils, souriants, et pareil, on rigole !
Personnellement, j’ai plus de facilités avec les adultes, et n’étant pas professeur, c’est plus intuitif.

 

Je m’appelle Victor Viel, j’ai 23 ans, et depuis juillet 2016, je travaille auprès de Thoo Mweh Khee Learning Center (TMK), une école pour migrants installée en Thaïlande, à 5km de la frontière birmane. La structure assiste des jeunes issus de l’ethnie Karen, persécutée par la junte militaire en Birmanie, et dont de nombreux membres sont venu se réfugier en Thaïlande depuis les années 80.

 

Les Karen sont un peuple indigène de la région frontalière entre la Thaïlande et la Birmanie, et représentent un des nombreux groupes ethniques de la Birmanie. Sur une population globale d’environ 9 millions d’individus,  dont 7 millions vivent en Birmanie et un million en Thaïlande, l’essentiel des membres de cette ethnie vivent au sein de l’Etat Karen, une des subdivisions administratives et ethniques du pays héritées de l’empire colonial britannique. Il y a plus d’une centaine de groupes ethniques en Birmanie dont la plupart, à l’image des Karen, possèdent leur propre langue, leur propre culture, sont profondément attachés à leur territoire, et ont été persécutés par la junte militaire birmane. Les Karen constituent le troisième groupe ethnique du pays en termes de population, après les Birmans et les Shans. L’Etat Karen est un territoire montagneux recouvert de forêts, dont le relief sert aussi de frontière naturelle avec la Thaïlande.

Avant la colonisation britannique, chaque groupe ethnique vivait indépendamment des autres, le peuple Karen conservant même son indépendance et sa culture face à la vaste ethnie Birmane voisine malgré des affrontements fréquents. Ce fut à partir du moment où les britanniques ont colonisé la région actuellement connue comme Myanmar en 1886, que les diverses ethnies furent regroupées au sein d’un même pays que les colonisateurs ont baptisé à partir de l’ethnie dominante : la Birmanie. Tout au long de l’occupation britannique, les tensions entre Karen et Birmans se sont intensifiées, et d’autant plus au cours de la Seconde Guerre Mondiale, où les Birmans se sont alliés aux Japonais dès que ceux-ci ont envahi le pays, tandis que les Karen ont combattu aux côtés des Britanniques. Pendant la guerre, les Japonais ont perpétré de nombreuses atrocités contre les Karen et les autres ethnies qui soutenaient les Alliés. Quand les Britanniques ont négocié l’indépendance du pays à l’issue de la guerre, le peuple Karen a plaidé pour la création d’un Etat Karen indépendant, comme promis par la couronne britannique au moment des affrontements avec l’armée japonaise. Toutefois, leurs requêtes n’ont pas été accordées quand le pays est devenu indépendant en 1948, et le territoire Karen est resté constitutif de la Birmanie.

Pendant une brève période après l’indépendance, les Karen et Birmans ont tenté de vivre en paix. Mais dès l’automne 1948, les jeux de pouvoirs entre leaders Birmans et les autres ethnies ont vu éclater des tensions interethniques. Un grand nombre d’ethnies se sont vues accorder des droits inégaux à ceux des Birmans. Des protestations se sont élevées au sein de l’Etat Karen, et ont alors été réprimées dans le sang, des milices armées effectuant des raids dans les villages. En janvier 1949, les leaders Karen ont appelé leur peuple à prendre les armes et à se défendre eux-mêmes. Ce fut le début de la guerre civile en Birmanie, entre forces Karen et Birmanes. Avec 68 ans d’affrontements et de violences, il s’agit aujourd’hui du conflit armé toujours en cours le plus ancien au monde.

 

La situation des populations Karen, de même que de nombreuses ethnies rurales en Birmanie, s’est considérablement empirée à partir de 1962, quand une junte militaire s’est installée au pouvoir suite à un coup d’état. La taille de l’armée birmane a été étendue à 400 000 soldats. Dans l’Etat Karen, la junte a implémenté la “Four Cuts Campaign”, établissant alors des ‘free-fire zones’ où l’armée birmane était autorisée à s’approprier les ressources vitales des populations civiles Karen. Quand les militaires s’emparaient d’un territoire, les populations locales étaient obligées de fuir, ou alors elles étaient utilisées pour du travail forcé ou comme bouclier pour détecter les mines. Ces campagnes étaient régulières, et ont été étendues et intensifiées en 1984, ce qui a alors provoqué un exode massif de populations civiles vers la Thaïlande. Depuis cet épisode et jusque dans les années 2000, toujours plus de civils, dont un grand nombre d’enfants, ont traversé la frontière thaïlandaise en quête de sécurité.

 

Thoo Mweh Khee (prononcer ‘Thou Mwé Kii’) est installée au sein d’un petit village communautaire dont les habitants vivent du métier de tisserand, fabriquant notamment des habits traditionnels Karen, ou alors ont ouvert des épiceries. La communauté s’est construite à partir de 1989 autour d’une église baptiste par des Karen ayant fui la Birmanie, et avec l’aide d’un consortium de propriétaires terriens thaïlandais. Le leader de cette communauté est le Pasteur Peacefully, qui est arrivé en Thaïlande à l’âge de 11 ans avec sa famille quand son village a été détruit par l’armée birmane le jour de Noël 1989. Il a été nommé Pasteur de la Bethel Karen Baptist Church en 2006 et a œuvré depuis pour le développement d’une école au sein de la communauté, qui est passée en 10 ans d’une classe de 30 élèves à une structure accueillant plus de 600 étudiants.

Thoo Mweh Khee School (TMKS) et Senior College (TMKSC) sont situés à 50 kilomètres de la ville frontalière de Mae Sot et à 5 kilomètres des montagnes de l’Etat Karen, de l’autre côté de la frontière, et constituent ensembles Thoo Mweh Khee Learning Center (TMK). Ce centre d’apprentissage pour migrants a démarré modestement en 2001 à partir d’une classe K-1 (école primaire), dans la maison du Pasteur. TMKS a été officiellement établie en 2002 afin de pourvoir aux besoins d’enfants et réfugiés de Birmanie, avec la création d’un nouveau niveau d’étude chaque année. A la rentrée 2016, un nouveau niveau d’étude a été ajouté, avec la création d’une école maternelle. Thoo Mweh Khee signifie « à la source de la rivière Thoo Mweh », l’emplacement où est bâtie l’école et où s’est construite la communauté. A la rentrée académique 2016-2017, plus de 600 étudiants sont inscrits à TMK, dont 350 vivent sur le campus dans des dortoirs scolaires. Il y a un corps de 40 enseignants de nationalité Karen et Thaï, ainsi que quelques volontaires étrangers. Le but de l’école est d’éduquer une nouvelle génération de leaders communautaires, qui pourront un jour retourner en Birmanie et aider à reconstruire leur Etat.

 

Thoo Mweh Khee Senior College (TMKSC) a démarré en 2009 afin d’offrir un enseignement supérieur aux étudiants ayant été diplômé du lycée (Grade 10). Etant donné que les migrants Karen n’ont pas de papiers thaïlandais, et ne parlent pour la plupart que S’ghaw Karen et/ou Birman, l’objectif de TMKSC est de délivrer une éducation de haut niveau, en langue anglaise, leur garantissant pour la suite l’obtention d’un emploi et/ou l’accès à des universités ou écoles spécialisées ailleurs en Thaïlande ou en Asie. C’est au sein de TMKSC que je travaille depuis cinq mois.

Le principal certificat délivré par TMKSC est le diplôme en Language and Community Development (LCD), obtenu après un cursus de 2 ans. Les cours se concentrent autour de quatre langues : Anglais, Karen, Birman et Thaïlandais. Les jeunes étudient de nombreux sujets, qui incluent Community Development, Leadership, Teaching, Economics, Health, et Critical Thinking. Ce diplôme offre aux étudiants des connaissances et des compétences pratiques pour aider leur communauté sur des projets de développement, d’éducation, de santé, d’entreprise et de traduction, qui manquent considérablement au sein de l’Etat Karen et des communautés Karen de Thaïlande. Tous ces sujets ont pour objectif de donner aux étudiants les outils nécessaires pour qu’ils retournent dans leurs villages ruraux et aident à améliorer la vie de leur peuple.

Photo Victor Thaïlande 2

Travailler à Thoo Mweh Khee implique de vivre en permanence avec les étudiants Karen et les autres professeurs volontaires. Ainsi, les conditions de travail pour les enseignants étrangers à TMK sont les mêmes que celles des étudiants et professeurs Karen. Le campus de Thoo Mweh Khee ressemble à un petit village aux maisons faites de bois, de bambou et de tôles, disposées aléatoirement au milieu d’un terrain boisé. Seules quelques constructions avec un rez-de-chaussée en béton et un étage en bois solide se dégagent : il s’agit des bâtiments dans lesquels sont dispensés les cours.

Vivre parmi les Karen implique aussi de devoir s’adapter à leur culture. Une des particularités étonnantes de ce peuple est leur habitude de se moquer en permanence de tout le monde, de faire des plaisanteries sur des choses pour lesquelles des occidentaux sont habituellement réservés, tels que le physique ou la famille. Tous les Karen charrient les personnes avec qui ils discutent, peu importe leur statut, et le meilleur moyen de s’intégrer à leur communauté et de se moquer d’eux en retour. Les Karen ont d’ailleurs une culture de l’hospitalité particulièrement ouverte et généreuse ; beaucoup de personnes vivants à TMK sont relativement pauvres, mais invitent néanmoins quiconque passant près de leur maison ou dortoir à partager leur repas. De même, n’importe qui peut s’inviter à un anniversaire où un mariage Karen, même sans connaître les personnes concernées.

Le rapport élève/enseignant est aussi très différent de celui que je connaissais jusqu’à maintenant en Occident. Si les élèves Karen sont extrêmement respectueux des personnes leur offrant une éducation, il n’est néanmoins pas rare que les étudiants se moquent gentiment des enseignants et blaguent avec eux, ce qui est un moyen pour eux de créer une connexion bien différente de celle qui peut exister entre un élève français et son professeur. Par ailleurs, l’éducation est extrêmement valorisée par la culture Karen. Après des décennies d’oppression et l’expérience de la guerre civile où la junte militaire birmane cherchait à tout prix à empêcher les Karen d’accéder à l’éducation en brulant les écoles, les jeunes ont conscience de l’importance de la connaissance et de l’enseignement. Ainsi, la grande majorité des étudiants travaillent très dur, particulièrement pour apprendre l’anglais, une langue très différente du langage S’ghaw Karen qui ne possède quasiment pas de règles de grammaire.

 

Travailler auprès des Karen a été pour moi un bonheur permanent au cours de ces derniers mois. Les jeunes étudiant à TMK ont quasiment tous connu l’expérience de la guerre civile et des exactions de l’armée birmane ; beaucoup d’entre eux ont perdu un ou plusieurs membres de leur famille à cause des violences ou à cause des maladies qui ont accompagné leur exil. Ainsi, Thoo Mweh Khee représente réellement pour eux un refuge où, malgré l’éloignement de leur famille, ils parviennent à trouver un certain réconfort à être constamment entourés de leurs amis et de personnes qui prennent soin d’eux, de même qu’un sentiment de sécurité qu’ils n’ont que très peu connu au cours de leur vie. Ici, à TMK, loin de toute violence, ils cherchent à oublier leurs craintes et à retrouver la vie sociale et les préoccupations d’adolescents et de jeunes de leur âge, qu’ils n’ont pas pu expérimenter à cause de la guerre. Evoluant au sein de cette communauté motivée par l’optimisme et l’espoir, poussée par une culture rejetant le conflit et promouvant la solidarité et l’hospitalité, j’ai ressenti durant ces trois derniers mois une sensation de bien-être continu qui m’était jusqu’alors inconcevable.

 

Cela fait tout juste deux semaines que je suis là à parfaire mon espagnol, à apprendre un peu de Ngäbere (langue indigène locale), à faire connaissance avec Lucie et Caroline (les deux autres volontaires arrivées plus ou moins en même temps) et avec quelques personnes de la communauté de Silico Creek tel Arnoldo Aguilar (le gérant de la coopérative indigène “Solary” pour laquelle nous travaillons), Luis Ellington (surnommé Chiqui).

A peine le temps de m’adapter, de me sentir bien, d’en apprendre sur le fonctionnement de la coopérative et du programme de micro‐finance « Nirien Waire » qui signifie « Grandir ensemble » en Ngäbere), de ses particularités, de son utilité et de ses spécificités, qu’Arnoldo nous confie à Lucie, Chiqui et moi la mission d’ouvrir la 9ème promotion dans la communauté Nance de Risco (6ème et nouvelle communauté du programme).

L’ouverture de cette promotion n’a pas fait l’unanimité au sein des membres de la coopérative pour deux raisons:

‐La première (et la moins pertinente) est qu’elle est à la limite de la Comarca Ngäbe‐Buglé (région indigène pour laquelle le programme « Nirien Waire » a été créé)

‐La seconde est qu’il y a de ça des années, certaines familles reçurent une quantité d’argent considérable en dédommagement suite à la construction d’un grand barrage et à l’inondation d’une grande vallée. Mais cet argent a rapidement été dépensé et mal investi ce qui a créé    de nombreuses jalousies de la part des autres familles et de nombreux Ngäbes de la région.

Bien, maintenant que vous savez tout du contexte historique, rappelons le pourquoi et le comment de notre venue dans cette communauté.

Marianne (co‐fondatrice du programme Nirien Waire et bien connu de vos rangs) était déjà venue là‐bas il y a de ça quelques mois faire une présentation du programme, échanger plus amplement sur le sujet avec Juan Villagra (personne à forte influence dans  la communauté) ce qui avait débouché à la pré­inscription d’une douzaine de micro‐entrepreneurs.

Mais loin de pouvoir justifier l’ouverture d’une nouvelle promotion car peu nombreux (seulement 12 micro‐entrepreneurs préinscrits), ayant des liens de parenté trop proches et les projets étant peu clairs, nous devions retourner sur les lieux afin d’en savoir plus.

Photo Bruno Panama 2

D’où notre mission de présenter à nouveau le projet à un maximum de personnes afin qu’il profite à une proportion plus variée et équitable dans la communauté et ne surtout pas suivre la logique de l’argent donné facilement suite aux dédommagements dus au barrage. Au contraire, on voulait faire en sorte de donner une « deuxième chance » à cette communauté avec un programme de microfinance encadré, suivi, adapté aux Ngäbes et à leur petites activités économiques respectives afin d’investir de façon responsable, équitable et solidaire ;pour permettre peu à peu le développement de la communauté tout entière.

Et croyez le ou non, cela ne fut pas facile. Nous ne disposions que de peu de jours (une semaine tout au plus) pour faire la découverte du village, de ses mœurs et de son contexte. Chaque village est complètement différent des autres que ce soit pour sa position géographique, son histoire, les différentes religions et églises qui le composent, les règles de vie établies et officieuses et en fonction de la hiérarchie officielle et officieuse qui le composent. Nous devions faire la connaissance de chaque entrepreneur, de son activité, de ses antécédents, de sa situation et de son objectif aux quatre coins du village (qui est composé de 5 quartiers bien distincts) afin de faire la création des groupes solidaires, l’inscription de chacun des entrepreneurs intéressés, de faire l’étude de faisabilité de chaque prêt et de la promotion en générale.

Mais bon, je vous rassure cela ne fût pas un enfer ni mission impossible. Loin de là car nous avons été chouchoutés, nourris, logés, conseillés et appuyés comme jamais par deux locaux acolytes en permanence:

Juan Villagra qui nous motivait jusqu’à pas d’heure à coup de « excellente !!! » et nous tenait éveillés avec ses innombrables « café italiano » bien efficaces. C’est un peu le gourou du village, le mentor à la casbah à la croisé des chemins où tout un chacun vient se ravitailler, échanger quelques banalités, demander des nouvelles, vendre un yanikéké (un petit pain à la noix de coco) ou une empanada (pâte en forme de chausson aux pommes fourrée au fromage, à la viande ou autre) ou tout simplement dire bonjour et prendre le café.

Et notre deuxième compagnon n’est autre qu’Emiterio Villagra ; responsable du MIDES « Ministerio de Desarrollo Social » (ou Ministère du Développement Social)      à Nance de Risco et dans une dizaine d’autres communautés aux alentours. Un homme bien plus calme, fort aimable, très sérieux, de bon conseil et très attentionné car ils nous accompagnait et nous raccompagnait avec Cannelle (la chienne de Juan), sa machette et sa lampe torche pour tout déplacement de nuit (car on ne sait jamais quel serpent on peut croiser de nuit à travers les petits chemins glissants du village). Toujours là au besoin, le sourire aux lèvres et la blague facile.

Vous l’aurez bien compris, l’ouverture de cette promotion fut aussi intense et difficile qu’intéressante et riche en échanges humains.

Le résultat : 4 groupes solidaires pour un total de 24 micro‐entrepreneurs inscrits, une quarantaine de personnalités aussi originales qu’intéressantes rencontrées mais surtout des cris, des rires, des blagues et des bons repas en pagaille !

Tout ça pour déboucher (suite au comité de sélection fait à Silico Creek avec les membres de la coopérative) sur 16 projets de micro‐entrepreneurs financés (4 par groupe solidaire) aux profils divers et variés que je vous invite à consulter sur le site internet d’AIME.

Quant à mon bilan personnel, cette promotion a été pour moi non seulement très enrichissante au point de vue professionnel car rien ne vaut du travail terrain et l’ouverture d’une promotion pour comprendre les causes et effets de la microfinance et du programme Nirien Waire, son fonctionnement, ses atouts et défauts et ses points d’amélioration. Mais ça a surtout été une expérience humaine sans précédent !!

Merci à AIME, à la coopérative Solary, au gouvernement français pour ce service civique, à Lucie et Chiqui (RPZ l’équipe de shock) et surtout à toutes les personnes que j’ai pu rencontrer là‐bas. J’ai déjà hâte d’y retourner pour acheter mes 2 porcelets à la femme d’Emiterio (Delfina : micro-entrepreneuse) comme prévu lors de la remise de chèques le 22 octobre !

A bientôt pour de nouvelles aventures,

Bruno