Mission: Panama

C’est la deuxième fois que la Coopérative de Gironday participe au programme de microfinance Nirien Waire. La coopérative Gironday est une coopérative vieille de 30 ans. Prenant la forme d’une épicerie, elle permet pour la population un accès de proximité à des ressources alimentaires tel que le riz, l’huile, sucre, conserves, produits ménagers, boissons…; sans devoir se déplacer dans le centre ville de Changuinola. De plus c’est un commerce communautaire, géré par la communauté indigène du quartier. La majorité des bénéfices générés par la coopérative est réinvestie pour élargir l’inventaire de l’épicerie. L’autre partie est redistribuée en fin d’année entre sa vingtaine de sociétaires.

Pour sa deuxième participation au programme, la coopérative Gironday a contracté un prêt d’un montant de  2000$ afin d’élargir la gamme de produits proposée à sa clientèle. Cet endettement était nécessaire du fait de la concurrence, de par l’implantation récente d’une superette non communautaire et de plus grande taille dans le voisinage. Une non augmentation de la taille de leur inventaire, aurait pu à terme, menacer la pérennité de l’activité de la coopérative Gironday.

Durant la période du prêt (Sept 2016- Sept 2017) la valeur de l’inventaire a augmenté de 3800$ à 6600 $, soit une augmentation de l’inventaire d’environ 73% sur l’exercice du programme Nirien Waire !

Augmenter leur flux de trésorerie leur a également permis de régler des factures liées à des travaux d’aménagement de l’épicerie, notamment de régler une facture liée à la rénovation des canalisations.

4 nouveaux membres se sont inscrits au sein de la coopérative Gironday durant leur participation au programme Nirien Waire.

La coopérative Gironday a pu formaliser un peu plus son activité par l’embauche d’un comptable attitré garantissant la stabilité de l’activité.

Témoignage du président de la coopérative Gironday :

«  Nous sommes très heureux d’avoir participer au programme Nirien Waire, cela nous a permis de formaliser notre activité ».

Le président et quelques membres de la coopérative présents lors de la dernière mensualité du remboursement du prêt nous ont vivement remerciés, ils étaient très satisfaits de la coopération entre les deux coopératives de Bocas Del Torro et l’association AIME.

« Merci à la coopérative Solary, et à l’association AIME qui nous ont permis de grandir et de nous développer non seulement en tant qu’épicerie mais également en tant que coopérative.»

Grâce à leur double participation au programme Nirien Waire, la coopérative Gironday  a fait un pas de plus vers l’autonomie. L’autonomie financière des projets appuyés par le programme est l’objectif final recherché. De fait, ils ne contracteront plus d’autres prêts, dans l’immédiat via le programme Nirien Waire.

Grâce au programme Nirien Waire, une volonté de coopérer entre les coopératives est née. Même si la collaboration ne sera plus d’ordre financière, les membres de la coopérative Gironday espère qu’une collaboration demeurera et que d’autres formes de coopérations émergeront de ces deux années de collaborations.

 

 

Cela fait tout juste deux semaines que je suis là à parfaire mon espagnol, à apprendre un peu de Ngäbere (langue indigène locale), à faire connaissance avec Lucie et Caroline (les deux autres volontaires arrivées plus ou moins en même temps) et avec quelques personnes de la communauté de Silico Creek tel Arnoldo Aguilar (le gérant de la coopérative indigène “Solary” pour laquelle nous travaillons), Luis Ellington (surnommé Chiqui).

A peine le temps de m’adapter, de me sentir bien, d’en apprendre sur le fonctionnement de la coopérative et du programme de micro‐finance « Nirien Waire » qui signifie « Grandir ensemble » en Ngäbere), de ses particularités, de son utilité et de ses spécificités, qu’Arnoldo nous confie à Lucie, Chiqui et moi la mission d’ouvrir la 9ème promotion dans la communauté Nance de Risco (6ème et nouvelle communauté du programme).

L’ouverture de cette promotion n’a pas fait l’unanimité au sein des membres de la coopérative pour deux raisons:

‐La première (et la moins pertinente) est qu’elle est à la limite de la Comarca Ngäbe‐Buglé (région indigène pour laquelle le programme « Nirien Waire » a été créé)

‐La seconde est qu’il y a de ça des années, certaines familles reçurent une quantité d’argent considérable en dédommagement suite à la construction d’un grand barrage et à l’inondation d’une grande vallée. Mais cet argent a rapidement été dépensé et mal investi ce qui a créé    de nombreuses jalousies de la part des autres familles et de nombreux Ngäbes de la région.

Bien, maintenant que vous savez tout du contexte historique, rappelons le pourquoi et le comment de notre venue dans cette communauté.

Marianne (co‐fondatrice du programme Nirien Waire et bien connu de vos rangs) était déjà venue là‐bas il y a de ça quelques mois faire une présentation du programme, échanger plus amplement sur le sujet avec Juan Villagra (personne à forte influence dans  la communauté) ce qui avait débouché à la pré­inscription d’une douzaine de micro‐entrepreneurs.

Mais loin de pouvoir justifier l’ouverture d’une nouvelle promotion car peu nombreux (seulement 12 micro‐entrepreneurs préinscrits), ayant des liens de parenté trop proches et les projets étant peu clairs, nous devions retourner sur les lieux afin d’en savoir plus.

Photo Bruno Panama 2

D’où notre mission de présenter à nouveau le projet à un maximum de personnes afin qu’il profite à une proportion plus variée et équitable dans la communauté et ne surtout pas suivre la logique de l’argent donné facilement suite aux dédommagements dus au barrage. Au contraire, on voulait faire en sorte de donner une « deuxième chance » à cette communauté avec un programme de microfinance encadré, suivi, adapté aux Ngäbes et à leur petites activités économiques respectives afin d’investir de façon responsable, équitable et solidaire ;pour permettre peu à peu le développement de la communauté tout entière.

Et croyez le ou non, cela ne fut pas facile. Nous ne disposions que de peu de jours (une semaine tout au plus) pour faire la découverte du village, de ses mœurs et de son contexte. Chaque village est complètement différent des autres que ce soit pour sa position géographique, son histoire, les différentes religions et églises qui le composent, les règles de vie établies et officieuses et en fonction de la hiérarchie officielle et officieuse qui le composent. Nous devions faire la connaissance de chaque entrepreneur, de son activité, de ses antécédents, de sa situation et de son objectif aux quatre coins du village (qui est composé de 5 quartiers bien distincts) afin de faire la création des groupes solidaires, l’inscription de chacun des entrepreneurs intéressés, de faire l’étude de faisabilité de chaque prêt et de la promotion en générale.

Mais bon, je vous rassure cela ne fût pas un enfer ni mission impossible. Loin de là car nous avons été chouchoutés, nourris, logés, conseillés et appuyés comme jamais par deux locaux acolytes en permanence:

Juan Villagra qui nous motivait jusqu’à pas d’heure à coup de « excellente !!! » et nous tenait éveillés avec ses innombrables « café italiano » bien efficaces. C’est un peu le gourou du village, le mentor à la casbah à la croisé des chemins où tout un chacun vient se ravitailler, échanger quelques banalités, demander des nouvelles, vendre un yanikéké (un petit pain à la noix de coco) ou une empanada (pâte en forme de chausson aux pommes fourrée au fromage, à la viande ou autre) ou tout simplement dire bonjour et prendre le café.

Et notre deuxième compagnon n’est autre qu’Emiterio Villagra ; responsable du MIDES « Ministerio de Desarrollo Social » (ou Ministère du Développement Social)      à Nance de Risco et dans une dizaine d’autres communautés aux alentours. Un homme bien plus calme, fort aimable, très sérieux, de bon conseil et très attentionné car ils nous accompagnait et nous raccompagnait avec Cannelle (la chienne de Juan), sa machette et sa lampe torche pour tout déplacement de nuit (car on ne sait jamais quel serpent on peut croiser de nuit à travers les petits chemins glissants du village). Toujours là au besoin, le sourire aux lèvres et la blague facile.

Vous l’aurez bien compris, l’ouverture de cette promotion fut aussi intense et difficile qu’intéressante et riche en échanges humains.

Le résultat : 4 groupes solidaires pour un total de 24 micro‐entrepreneurs inscrits, une quarantaine de personnalités aussi originales qu’intéressantes rencontrées mais surtout des cris, des rires, des blagues et des bons repas en pagaille !

Tout ça pour déboucher (suite au comité de sélection fait à Silico Creek avec les membres de la coopérative) sur 16 projets de micro‐entrepreneurs financés (4 par groupe solidaire) aux profils divers et variés que je vous invite à consulter sur le site internet d’AIME.

Quant à mon bilan personnel, cette promotion a été pour moi non seulement très enrichissante au point de vue professionnel car rien ne vaut du travail terrain et l’ouverture d’une promotion pour comprendre les causes et effets de la microfinance et du programme Nirien Waire, son fonctionnement, ses atouts et défauts et ses points d’amélioration. Mais ça a surtout été une expérience humaine sans précédent !!

Merci à AIME, à la coopérative Solary, au gouvernement français pour ce service civique, à Lucie et Chiqui (RPZ l’équipe de shock) et surtout à toutes les personnes que j’ai pu rencontrer là‐bas. J’ai déjà hâte d’y retourner pour acheter mes 2 porcelets à la femme d’Emiterio (Delfina : micro-entrepreneuse) comme prévu lors de la remise de chèques le 22 octobre !

A bientôt pour de nouvelles aventures,

Bruno

Témoignage de Paul

August 20, 2016 by Mariane Behar

, ,

Je m’appelle Paul ADAM et je suis depuis deux mois volontaire du programme de microfinance NIRIEN WAIRE, développé par AIME. Alors que mon expérience touche à sa fin et qu’il ne me reste que deux jours à Silico Creek, j’entame ce petit article, qui me permettra de faire le point sur ce que j’ai eu la chance de vivre ici au Panama, dans le bien comme dans le mal en cet été 2016. Je tenterai de décrire brièvement le programme, de manière non exhaustive la population Ngobe et sa culture, et enfin de mettre l’accent sur mon expérience personnelle qui fut pour moi passionnante et qui, je l’espère, pourrait aider de futurs volontaires ou amateurs du programme à mieux comprendre ce que nous vivons ici.

Tout commença à HEC Montréal, sur l’étroite mezzanine qui surplombe la cafétéria, d’où l’on peut paresseusement contempler les arbres en tentant d’oublier les travaux à rendre et les examens à venir. Un ami m’avait parlé d’une réunion d’information de l’association NOVA, qui présentait deux missions humanitaires en Tanzanie et au Panama. Par curiosité je m’y rendis, sans attentes particulières. Renaud Miniaou, co-président de AIME, était présent. Je fus très vite conquis, tant par l’aspect de la microfinance, domaine passionnant, que la beauté du village mais aussi par cette opportunité de travailler mon espagnol, de sortir de ma zone de confort tout en restant dans mon budget. J’en ai vite parlé à Antoine Desbonnets, un ami qui partage les mêmes intérêts et nous postulâmes. Très rapidement, après quelques entretiens, nous étions sélectionnés !

A partir de là ; le Temps, pour une obscure raison passa très vite. Nous récoltions des fonds, préparions notre voyage et révisions tant bien que mal car les examens aussi s’approchaient au galop. Avant d’avoir le temps de dire « comptabilité de gestion », je descendais avec Antoine du minibus bondé et je posai le pied dans l’herbe gorgée de vie et d’eau du sol Panaméen.

Silico Creek est un petit village indigène de la comarca Ngobe Bugle dont les 300 habitants, issus à l’origine d’une fratrie qui s’installa dans les années 60, vivent paisiblement. C’est un endroit magnifique où les fortes pluies finissent toujours par noyer les chaleurs les plus étouffantes. La vie s’y écoule comme le petit ruisseau qui y passe, tranquille et immuable. Ici, on dit que le plus important n’est pas l’heure à laquelle on arrive, mais le fait d’être là.

Heureusement, Silico Creek ne va nulle part. C’est plutôt le monde qui vient à elle. En 1997 fut construite une route nationale traversant la comarca et coupant Silico Creek en deux. C’est la nouvelle accessibilité du village et ses promesses qui guidèrent Renaud ici la première fois. Il avait eu l’intuition que des microcrédits y seraient pertinents. Quelle riche idée ce fut ! Les différentes familles s’étaient déjà organisées en une coopérative du nom de SOLARY : parfaite structure pour démarrer le projet. D’autant qu’ici, dans la comarca, les règles sont différentes du reste du Panama : la Terre, l’Eau et la Nature n’appartiennent à personne, ou plutôt à tous. Tous les indigènes y ont droit et pour une banque classique, il est impossible d’avoir une garantie foncière. Pour cette raison et bien sûr la précarité financière de la population indigène, il est très difficile ou très cher d’obtenir un prêt, alors que tout reste à faire.

Grace aux efforts unis d’une population avide d’apprendre et de volontaires motivés (une trentaine jusqu’à ce jour), le projet s’est développé, tant dans sa structure que dans son rayon d’action. Aujourd’hui, après quatre ans de travail et de défis, nous avons œuvré dans six régions différentes de la comarca, des villes et des villages dont la population, avant cela, n’avait accès à aucun service financier. La méthode est simple et pertinente : nous ouvrons une nouvelle promotion et nous rendons dans la ville ; nous allons ensuite à la rencontre de la population et expliquons le but du programme et ses conditions. Les entrepreneurs intéressés s’inscrivent en s’organisant en groupes dits « solidaires ». Il nous reste à étudier chaque cas en détails, à l’évaluer et à le présenter à un comité de sélection qui octroie ou non les prêts demandés, jusqu’à la délivrance des chèques. J’ai eu la chance, en travaillant deux mois pour SOLARY, de participer à toutes les étapes de ce processus et je dois dire que je suis encore fasciné par la portée de ce que l’on fait. Le principe même de la microfinance est génial : donner à des populations dans la précarité les outils pour se développer ; pour augmenter leur niveau de vie, pour atteindre leurs objectifs de manière durable, concrète et en considérant toutes les dimensions (économiques, sociales et environnementales). Pour moi, la promesse est simple et pourtant d’un telle portée ! Un levier, une contrepartie à la machine forcenée du capitalisme et aux inégalités grandissantes qu’elle creuse inlassablement, s’enfonçant peu à peu dans l’absurdité et le superflu. Il est plus que temps d’aplanir le terrain, de respecter la Terre et les gens qui y ont grandi. C’est ce message brillant d’espoir que je ramène avec moi, toutefois terni par la tristesse de partir et par la frustration de ne pas en avoir fait plus.

J’aurais, malgré la brièveté de ma mission, énormément appris, tant sur le niveau humain que dans le domaine de la microfinance. J’espère pouvoir dire à juste titre que cette expérience m’a changé pour le meilleur, que j’ai gagné en ouverture d’esprit et que je connais mieux les facettes de ma personnalité à améliorer. Tout cela grâce aux nombreuses erreurs que j’ai pu faire, qui maintenant me paraissent autant d’opportunités d’apprendre.

Avant de tout vous raconter, il convient de parler plus en détails de la culture ngobe et des subtilités sur laquelle elle se base. En premier lieu, certaines notions comme l’intimité, la propriété et pourtant le partage sont admises et parfois opposées aux valeurs européennes et américaines dans lesquelles la plupart des volontaires ont grandi, moi y compris. Je ne donnerai qu’un exemple concret, celui de la nourriture. Payer un loyer n’existe pas dans la comarca, la Terre étant pour tous. Par conséquent, se nourrir est le coût principal de la vie chez les Ngobes. Un invité se doit donc de participer à l’achat des vivres, par exemple payer un repas sur trois à la famille, malgré un montant de séjour fixé au préalable. Cela ne pose pas problème si l’invité en est avisé. C’est cela même qui est beaucoup plus subtil: dans cette culture, beaucoup de choses sont tacites. Les règles de bienséances en particulier. On ne dit pas quand un comportement dérange, ou quand cela ne se fait pas. On utilise plutôt quelque chose que Mariane, ma chef et guide dans cette aventure, a appelé des signaux faibles. En pratique, un nouvel arrivant non avisé doit savoir se taire et observer activement le mode de fonctionnement culturel, afin de ne pas sauter dans la mare les deux pieds dans le plat, tout simplement car personne ne lui dira, et qu’il peut continuer tous les jours à agir irrespectueusement et ce malgré toute la bonne volonté du monde.

C’est ici que j’entre en scène, moi et mon tempérament extraverti et tonitruant. Pour moi, le but étant de partager le plus possible, j’ai beaucoup parlé quand j’aurais dû me taire et beaucoup agis avant de savoir. Armé de cette confiance en soi que les bavards étalent à outrance, j’arrivai en terrain miné, parlant trop ou trop fort. Sans pour autant être une excuse, tout cela était pour moi une première expérience interculturelle, et je ne savais pas -à cause de ce silence chargé de sens de cette culture- à quel point je pouvais être dans le faux.

Une autre difficulté à laquelle je me heurtai fut le jeune Milciades, alias Mili, autre membre de la coopérative qui fut chargé de nous accompagner. Antoine et moi partions pour une nouvelle mission : la promotion du programme dans la ville de Bisira, loin de Silico Creek. Ce timide et introverti Ngobe avait pour rôle de faciliter le contact avec la population et de nous aider à mener à bien le projet, tout en apprenant lui-même les tenants et les aboutissants du programme. Malheureusement (j’écris cela avec triste regret aujourd’hui) Mili désapprouva rapidement certaines de nos actions et habitudes et, fidèle à sa culture et à son tempérament, ne dit rien, ne nous permettant pas de nous en rendre compte. Progressivement, une relation malsaine, passive-agressive s’installa entre lui et moi, ayant des caractères très opposés. Cette sorte de cercle vicieux finalement éclata en une dispute brève mais catégorique : travailler ensemble n’était plus envisageable.

Je n’épiloguerai pas sur cet incident, tout simplement car je ne suis pas objectif. Je donnerai toutefois une bonne excuse à chacun. Mili est encore jeune et inexpérimenté au sein de la coop et il devait gérer deux amis français tout en faisant avancer le programme. De notre côté, Antoine et moi étions un peu perdus sans le savoir. Nous n’avions eu qu’une semaine (de formation qui plus est) pour apprendre à connaitre la culture à Silico Creek avant de partir pour Bisira avec Mili qui ne disait pas tout.

Il parait évident aujourd’hui que le programme a besoin de plus former les nouveaux arrivants à la culture locale. Au-delà de conversations et d’anecdotes, un réel cours qui permettrait aux volontaires d’avoir une idée de la grande subtilité des mœurs ici. Evidemment, beaucoup avant moi ont parfaitement relevé ce défi en apprenant par eux-mêmes, ce qui très franchement m’exaspère, je ne suis pas très fier de moi.

Il va sans dire que j’ai quand même eu un certain succès, parfois. En deux mois, on apprend à connaitre les gens qui eux aussi, petit à petit, vous perçoivent différemment. Bien entendu, c’est un processus long, très long à Silico Creek où les choses prennent leur temps. Ce sont les enfants qui donnent la plus grande confiance le plus tôt. Ils sont habitués aux volontaires et la nouveauté à leurs yeux n’est que source d’intérêt, jamais de crainte. D’autres personnes, d’un naturel bienveillant, nous accompagnent doucement, nous donnent des chances de faire nos preuves et se montrent indulgents quand ils le peuvent. Mais pour certains, c’est une autre paire de manches ! Leur respect, leur considération ou même leur conversation se méritent. Un volontaire n’est pas à sa place tant qu’il n’a pas prouvé sa bonne foi. Ce sont ces combats qui, à la fin sont les plus gratifiants. Quand un regard satisfait, quelques mots échangés ou un maigre gage de confiance suffit à transformer une journée normale en triomphe, le travail de longue haleine récompensé. C’est la magie du peuple Ngobe mais aussi ma plus grande frustration aujourd’hui : alors que le Temps me rattrape, j’ai enfin réussit à construire des relations solides avec certains. J’ai eu des conversations tellement agréables, tellement riches que j’ai l’impression d’avoir seulement gratté la surface ! J’étais un intrus à l’espagnol bégayant en arrivant et aujourd’hui on me raconte sa journée, m’explique les ragots, m’invite chez soi et me confie ses enfants. Je suis, dans une certaine mesure évidemment, accepté par ces gens que j’aime de plus en plus. Le Temps est décidemment sans scrupule.

Malgré tout j’ai vécu quelque chose de grand cet été. Cette expérience m’a sortir de mes gonds. J’ai rencontré des personnes formidables qui vivent de très peu mais nourrissent le désir de grandir et d’améliorer le niveau de vie de leur familles. J’ai eu la chance d’avoir les outils pour les aider, et d’être sur place pour les voir récolter les fruits de leur labeur. La microfinance est la manière la plus pertinente que nous ayons pour changer les choses. Développons-la, pour un monde meilleur, sans contrepartie. Rien ne se perd, tout se crée et tout prend forme…

C’est ici que j’aimerais clore ce petit témoignage. J’aurais peut-être un peu débordé par moments, mais vous comprendrez l’importance de certains détails dans un tel travail. En guise de conclusion, je tiens à remercier Mariane, Manon et Arnoldo, l’élite de SOLARY et de AIME, des personnes riches d’expériences et de bienveillance qui continueront de m’inspirer. Mon grand ami Antoine bien sûr, qui m’aura contre toute attente supporté sans ciller pendant deux mois (un exploit selon ma famille). Evidemment, les habitants de Silico Creek et de Bisira, que j’ai côtoyé, observé et apprécié sans me lasser grâce au programme NIRIEN WAIRE et enfin toi, lecteur intéressé, pour avoir lu tout cela jusqu’au bout. Merci bien.

Silico Creek, base et cœur du programme Nirien Waire, et la communauté voisine de Santa Marta ont de nouveau  augmenté le nombre de leurs entrepreneurs. Voilà un mois que nous travaillions sur le recrutement d’une nouvelle promotion et le 8 juin nous célébrions enfin la remise des chèques pour un total de 7 800 $. Le programme s’enrichit de douze entrepreneurs avec de belles personnalités et de l’énergie à revendre.

Depuis le processus de communication jusqu’au comité de crédit, nous avons multiplié les rencontres, les belles histoires et les aventures. Parmi les quatorze inscrits, certains avaient participé dans des promotions antérieures, d’autres étaient des nouveaux venus, et tous étaient bien motivés. Les choix furent parfois difficiles, mais toujours mûrement réfléchis et utiles pour l’évolution de notre petite institution.

Laissez-moi donc vous présenter nos douze stars du mois, par groupe solidaire, équipe de 3 à 8 entrepreneurs qui se soutiendront tout au long de l’année à venir et mettent en commun une épargne solidaire pour garantir le remboursement de leur prêt.

Koïn Gäte – 1 700 $

Trois entrepreneurs aux profils assez distincts composent ce groupe mais ils sont unis par leur attachement à leur projet entrepreneurial. Notre première entrepreneuse, Cristina Aguilar, est également co-fondatrice de la coopérative SOLARY et habite du côté de la route où se trouve le bâtiment de l’institution. Silico Creek est en effet majoritairement situé d’un côté de la « grande route » qui relie Almirante à Chiriqui Grande mais quelques maisons, le poste de santé et la coopérative se trouvent de l’autre côté. Ce qui explique pourquoi Cristina a fondé sa petite épicerie de ce même côté et souhaitait diversifier son inventaire : pour éviter que les enfants de ses voisins aient à traverser la route trop souvent et potentiellement de nuit pour aller acheter un sac de riz ou un peu de café, et ainsi éviter les accidents. Ambrosio Serrano habite pour sa part sur la colline qui délimite le village et fait vivre sa femme et ses parents avec son activité d’artisan. Chapeaux, sacs, portefeuilles en laine et en kamba… tous ses articles sont colorés et soignés dans les finitions et il lui manquait un petit coup de pouce pour reprendre sa production avec un nouveau souffle.  Herminio Aguilar complète le trio et a sollicité un prêt pour reprendre son activité de vendeur ambulant de vêtements de seconde main avec son épouse et sa sœur. Il a une telle confiance dans la rentabilité de son projet que son épouse va quitter un emploi formel pour s’y consacrer et il a su nous donner envie de l’accompagner pour une seconde fois dans le programme.

Inspiradores – 2 800 $

Un autre trio d’entrepreneurs, trois commerces forts et trois profils humains bien sympathiques. Elvira Gonzales et son mari Cipriano ont récemment ouvert une épicerie dans la rue principale de Santa Marta. Le local est grand, le sourire de la responsable accueillant, l’expérience est au rendez-vous puisque le couple a déjà géré un commerce de ce type, et l’inventaire a pu faire un bon en avant grâce à l’appui du programme. Leonida Aguilar gère en famille une des deux plus grandes épiceries de Silico Creek et souhaitait investir dans un frigidaire pour pouvoir proposer à ses clients des sodas et autres boissons fraîches si appréciables sous le soleil des tropiques, avec son deuxième prêt au sein du programme. C’est chose faite et on ne regrette rien devant le beau sourire de sa femme Angelica et de ses trois enfants qui accueillent les clients avec autant d’enthousiasme que de professionnalisme.  Enfin, Simon Aguilar tient le seul « bazar » de Silico Creek, une petite boutique très bien située, où les articles proposés se sont multipliés depuis le prêt : ballon de volley et de football, nouveaux types de chaussures ou de vaisselles… tous les essentiels sont au rendez-vous. C’est également la deuxième fois que Nirien Waire soutient ce commerce, on ne doute pas des beaux résultats que Simon et sa femme Suzana nous réservent.

Yo si puedo – 3 300 B/

Le dernier groupe est aussi le plus grand avec ses six entrepreneurs, trois hommes et trois femmes qui font montre d’un profond esprit entrepreneurial. Honneurs aux dames avec Virginia Rodriguez qui vient de finir de rembourser son dernier prêt et qui, avec les bénéfices de son élevage de poulet et notre appui renouvelé, se lance dans la vente ambulante de vêtement de seconde main, spécialisation dans le rayon « enfants ».  La doyenne de la promotion, Viviana Montero, est une associée de la coopérative et se bat pour sa petite épicerie avec une volonté impressionnante et le soutien de sa nombreuse et sympathique famille, présente à toutes les étapes du processus de sélection à Santa Marta. Un dernier nom en « V » ? Je vous présente Victoriana Cubilla qui élève des porcs au milieu de sa plantation de cacao à la limite de Silico Creek. Puisqu’elle vient de s’enrichir de 10 nouveaux petits porcelets, elle souhaitait pouvoir agrandir l’espace dédié à l’élevage : clôture, porcherie, etc. Place aux hommes, en commençant par le benjamin de la sélection cette fois, Edilio Abrego qui tient avec son frère une épicerie dans les hauteurs de Santa Marta. Le dynamisme de leur commerce témoigne de leur réussite et du succès de leurs initiatives pour se différencier, de bons indicateurs qui nous ont poussés à les soutenir dans l’achat d’un nouveau réfrigérateur pour boissons. Anibal Aguilar est un jeune artisan à succès au sein de l’association des artisans de Silico Creek et un entrepreneur toujours prêt à profiter de nouvelles opportunités, des qualités qui lui ont permis d’obtenir l’appui de Nirien Waire pour acheter le matériel nécessaire à son activité. Enfin, Mateo Aguilar complète cette belle équipe et tient au centre de Silico Creek une boutique qui regroupe des produits d’épicerie, des réserves de gaz (source d’énergie de toutes les cuisines du village), et même des produits pharmaceutiques de base. C’est pour renouveler le stock de ces derniers que Mateo a obtenu un prêt, avec un bel impact social et économique en perspective.

Quelques chiffres clés concernant cette promotion :
7 800 $ de prêts, avec un prêt moyen à 355 $.
5 femmes, 7 hommes, une promotion équilibrée.
6 épiceries, 1 « bazar », 2 vendeurs ambulants de vêtements recyclés, 2 artisans et 1 élevage de porcs financés dans 2 communautés.
1 mois et 4 jours entre la réunion d’information et la remise des chèques.

Lors de la première réunion d’information, ces entrepreneurs nous avaient impressionnés par leur rapidité à saisir le fonctionnement et à constituer leurs groupes solidaires, encore une preuve de l’esprit communautaire qui règne ici. La réunion de remise des chèques a été l’occasion de beaux témoignages d’anciens entrepreneurs qui nous ont mis du baume au cœur et nous ont donné encore un peu plus envie de faire les choses à 100%. Des représentants du MIDES (Minesterio de Desarrollo Social) et de de la DAS (Dirección de Asuntos Sociales) étaient également présents, renforçant nos liens avec les institutions panaméennes à même de nous appuyer dans notre développement. Un bilan largement positif dès le début de cette nouvelle étape !
Au niveau interne, ce processus de sélection a aussi été riche en apprentissages et a servi de base pour la formation des trois volontaires (Paul, Antoine et Melciades) qui rédigeront le prochain article puisqu’ils sont en ce moment même à Bisira, pour une nouvelle sélection. Affaire à suivre…

Kusapín. Ce petit coin de paradis se mérite : il faut se lever tôt, prendre le bus, puis le bateau, quitte à subir les intempéries et à arriver trempés sur la plage, puis parcourir un village tout en escaliers et sentiers escarpés. Mais le jeu en vaut la chandelle : des plages de sable blanc, des palmiers bien sûr, une jungle verdoyante, et des maisons plantées au sommet des collines qui offrent des perspectives à 180°C sur la mer des Caraïbes.

Kusapin 2

Cela dit, le meilleur de nos quatre expéditions à Kusapín reste les rencontres avec les entrepreneurs candidats au programme : réunion d’information, inscription, étude de faisabilité et enfin lancement de la nouvelle promotion sélectionnée, quatre étapes riches en moments forts. 29 inscrits parmi lesquels le Comité de Sélection a retenu 22 bénéficiaires pour un montant total de prêts de 12 400$. La promotion Kusapín 2016 est donc la plus grande du programme depuis son commencement ! La remise des chèques s’est faite le samedi 2 avril, en présence de tous les heureux élus.

Promocion total 2

Pour partir à leur rencontre, nous allons naviguer par groupe solidaire, équipes de 3 à 8 entrepreneurs qui se soutiendront tout au long de l’année à venir et mettent en commun une épargne solidaire pour garantir le remboursement de leur prêt.

Las Costeñas – 700 $
Honneur aux femmes, avec ce groupe composé de cinq couturières de « naguas », la tenue traditionnelle Ngöbe, souhaitant investir dans l’achat de tissus pour leur activité. Zuleika Jimenez, Adriana Lopez, Argelica Chuito, Fidedigna Trottman et Claudina Miller sont des mères de famille fortement actives dans la communauté de Kusapín et qui ont de l’énergie à revendre.

Las Costenas

Ulire – 3200 $
Quatre entrepreneurs avec une grande motivation et aux activités dont la diversité est précieuse pour le programme. Feliciano Ellington gère en famille une « buhoneria » ambulante et son optimisme force le sourire (buhonero est le terme panaméen pour désigner les vendeurs de marchandises de type « bazar » : lampes torches, sacs à dos, rubans, etc.). Tanacio Jose est le premier ébéniste financé par Grandir Ensemble et l’argent du prêt l’aidera à obtenir une nouvelle machine pour répondre à la forte demande de ceux qui reconnaissent son expertise. Teofilo Sam Miguar, un des doyens de la promotion, gère deux activités bien représentatives de la vie à Kusapín : une boutique de diverses denrées alimentaires et un petit commerce de vente de carburant pour alimenter moteurs de bateaux et générateurs d’électricité. Des bateaux comme celui de Cenen Migar, qui fait l’aller-retour entre Kusapín et Bocas del Toro tous les jours pour transporter personnes et ravitaillement.

Ja Bobre Biti – 2500 $
Trois hommes, trois commerçants pleins de succès et qui ont constitué un groupe caractérisé par sa forte cohésion. Linares David tient une épicerie sur la plage devant l’école et semble ne jamais prendre de repos, toujours ouvert pour servir ses très nombreux clients, l’appui du prêt lui permettant de renouveler son stock avec de nouveaux produits. Mendes Archibold tenait déjà un bar et un local de vente de carburant, avant de se décider à ouvrir à son tour une épicerie en face de ses deux autres commerces. C’est pour renforcer son inventaire qu’il a sollicité un prêt. Antonio Quintero est fortement actif dans la communauté de Kusapín et s’est, pour sa part, éloigné de la zone déjà bien desservie de la plage pour installer à proximité de la municipalité une petite buvette : tout est déjà prêt, il ne lui manquait plus que quelques fonds pour acheter ses premières denrées alimentaires et boissons.

Ja Bobre Biti

Keberi – 1200 $
Ce trio est en fait un sextuor : Romulo Caito et son épouse, Tiburcio Lopez et son épouse, Donaldo Trotman et sa sœur. Sur les formulaires d’inscription, nous avons le nom des hommes mais les études de faisabilité nous ont montré à quel point ils fonctionnaient par paires. Romulo et son épouse viennent d’ouvrir une boutique sur la plage, et après quelques difficultés de gestion de leurs ventes à crédit, ont sollicité autant le prêt que l’accompagnement du programme Grandir Ensemble pour pouvoir repartir du bon pied. Tiburcio et sa femme gèrent en couple leur restaurant « Chibitichi », un nom qui signifie « Petit à petit » : avancer pas à pas est leur sage mentalité et ils sont désormais la cantine presque officielle des maîtres de l’école toute proche. Ils comptent également parmi les plus demandeurs de formation, notamment en comptabilité, que le programme leur fournira. Enfin, Donaldo Trotman a sollicité un prêt pour l’activité de sa sœur Maritza, une nouvelle épicerie/restaurant dans les hauteurs de Kusapín où toute la famille s’implique des grands-parents au dernier né. Tous étaient d’ailleurs là pour l’étude de faisabilité et tous attendent beaucoup du programme.

Kebery

Los visionarios – 3300$
Tous ces « visionnaires » se connaissent bien puisque, le matin, ils enseignent tous à l’école du village et se consacrent l’après-midi à d’autres activités productives. Heriberto et Gilberto Hooker sont même père et fils, gérant côte à côte respectivement une épicerie et un restaurant. Chacun a obtenu un prêt pour ajouter un élément de matériel nécessaire à son activité : nouvelle gazinière ou congélateur. Bernardino Smith tient déjà avec sa belle-fille une boutique dans les hauteurs mais doit augmenter ses revenus pour financer les études de ses fils à l’université. Cet entrepreneur dans l’âme a donc bâti un local sur la plage pour y ouvrir une épicerie et un commerce de produits frais, l’argent du prêt devant lui permettre d’y constituer un premier stock. Visiter Mariano Record fut allier l’utile à l’agréable : plein d’humour, il nous a accueilli dans sa demeure perchée au sommet d’une colline d’où la vue est imprenable sur la mer des Caraïbes et où il entretient le premier élevage de poules pondeuses de la communauté. La forte demande et l’expérience acquise au terme d’une première année d’activité l’ont convaincu d’investir dans l’achat de nouveaux poussins ce que l’argent du prêt rend désormais possible.

Sin nombre – 1500 $
Trois premières fois pour le programme avec ce groupe de jeunes entrepreneurs. Premier tailleur, en la personne d’Aquilio Taylor (un nom prédestiné et nous espérons pouvoir dire bientôt « My taylor is rich ») qui coud uniformes et tenues dans un petit local adjacent à sa maison. Pour augmenter son activité, il souhaite acheter du fil et du tissu en supplément et le Comité de Sélection a choisi de l’appuyer. Premier coiffeur et barbier, à la fois pour Grandir Ensemble et pour Kusapín, avec Dagoberto Trotman qui établira donc un monopole dès qu’il aura investi l’argent du prêt dans le matériel nécessaire. Enfin, le benjamin de la promotion, Hemer Migar, pourra ouvrir grâce à notre appui un commerce d’un type nouveau à Kusapín : une boutique de réparation d’objets électroniques, avec une photocopieuse et imprimante et proposant un service de recherche sur internet pour le compte des étudiants n’y ayant pas accès par eux-mêmes. En attendant de pouvoir proposer un véritable internet café !

Sin nombre

La réunion du 2 avril nous a donc permis de célébrer l’arrivée du programme dans une nouvelle zone de la comarca et de souhaiter le meilleur à notre belle promotion. Au programme : quelques rappels sur le fonctionnement du programme, l’intervention d’un entrepreneur couronné de succès et trois fois bénéficiaires de Grandir Ensemble, signature des contrats et remise des chèques, suivi d’un café et de quelques photos dans une ambiance à la fois sérieuse et plein de joie. Dans l’ensemble, nos nouveaux bénéficiaires sont très demandeurs de formation et de suivi, on a hâte de s’y mettre ! Surtout que ça nous donne un prétexte pour revenir au plus vite.

Pour l’instant, nous voilà de retour à Silico Creek d’où nous entamons l’approche d’une nouvelle communauté et où se déroulera bientôt le temps du suivi pour les entrepreneurs de notre village de base. Affaires à suivre…

Kusapin 1

Pour les amateurs de chiffres, voici un petit tableau récapitulatif de la Promotion Kusapín, sixième promotion d’entrepreneurs financés par le programme Nirien Waire (traduction de « Grandir Ensemble » en Ngöbere).

Nombre d’entrepreneurs 22
Montant total des prêts 12 400$
Montant moyen des prêts 564$
Pourcentage de femmes 23 %
Type d’activités 8 boutiques, 5 couturières artisanes et 1 tailleur, 3 restaurants, 1 élevage de poulet, 1 activité de transport maritime, 3 autres (ébénisterie, coiffeur et services électroniques).

Print

Sur le plan historique, la France et le Panama ont toujours entretenu de bonnes relations Dès 1879, alors auréolé du prestige de ses précédents travaux de percement du canal de Suez, Ferdinand de Lesseps lance le projet d’un canal interocéanique au Panama. En proie à de nombreuses difficultés, le projet se voit stoppé quelques années plus tard. Suite à de nombreuses négociations, un traité accordera aux Etats-Unis le contrôle et l’exploitation du canal de Panama.

canal_lesseps

Les deux nations ont vu leurs liens se resserrer au cours de ces dernières années avec l’arrivée d’entreprises françaises, attirées par le double intérêt que représente ce pays : le potentiel de son marché intérieur et le positionnement de HUB régional pour les Amériques. Des groupes français sont engagés sur certains grands projets : métro (ALSTOM, TSO, THALES), 3ème pont de Panama (VINCI), Usine de traitement des eaux de la baie de Panama (SUEZ).

Il existe également une communauté de plus de 3 000 ressortissants français implantés au Panama, dont une partie développe des activités économiques sous forme d’entrepreneuriat.

C’est dans cette dynamique que s’est inscrit le projet de création de la Chambre de Commerce Franco Panaméenne (CCFP), sous l’impulsion de l’Ambassadeur de France au Panama, Philippe Casenave, et du chef du Service Economique Régional, Patrick Hervé. Son objectif : développer les liens et les opportunités commerciales tant au Panama qu’en France.

directiva

AIME est reconnue par l’Ambassade de France au Panama comme la seule ONG française présente sur le territoire. C’est tout naturellement que l’association a été invitée au lancement officiel de la CCFP qui s’est déroulé le 24 Février à Panama City, à la résidence de l’ambassadeur de France au Panama, Philippe Casenave.

innauguration

Suite à plusieurs rencontres avec les dirigeants de la structure (Romain Dumont, Emmanuel Besserve, Arnaud Delcourt et de Renaud Dore) AIME et la CCFP décident de lancer un partenariat pour partager des contacts, de la visibilité et faciliter des actions communes sur le territoire.

reunionAF

Nous sommes fiers d’apparaître sur le site de la Chambre de Commerce comme « alliés » : http://www.ccfrancepanama.com/aliados/

C’est le début d’une belle aventure !

AIME et la coopérative SOLARY se lancent dans une nouvelle aventure à Kusapín, un village de la comarca Ngöbe-Buglé qui se trouve en bord de mer. Pendant deux jours, Arnoldo, le gérant de la coopérative de Silico Creek et Mariane, membre de AIME, sont allés à la rencontre des habitants pour présenter le programme de micro-crédit Grandir Ensemble.

JUSTINE CHAUVIN

KUSAPÍN

C’est grâce à Yin Gallego, le vice-président de la coopérative SOLARY que les habitants de Kusapín ont entendu parler du programme de prêt. Cela fait un an que cet ancien habitant de Silico Creek vit ici avec sa femme et son fils. Il est donc l’intermédiaire entre Silico Creek et Kusapín. Avoir un appui local est une condition sine qua non pour lancer le programme dans un nouvel endroit « c’est l’un des points extrêmement importants pour pouvoir communiquer avec la population et avoir une bonne entrée en matière avec la communauté » confirme Mariane. Et Yin est un atout majeur. En plus de porter lui-même le projet de micro-financement, il est prédicateur de l’Église du Christ de Kusapín. Ce qui lui confère une légitimité et une crédibilité non négligeable vis-à-vis de la communauté. Car les habitants ne connaissent pas l’ ONG et parfois n’ont même pas entendu parler de Silico Creek. Kusapín est excentré, accessible uniquement par bateau et assez éloigné des villages où l’association a déjà travaillé.

Mais la visite a été productive: « globalement on a eu des retours qui sont vraiment très positifs, se réjouit Mariane, il y a plusieurs personnes qui souhaiteraient participer au programme et d’autres ont laissé ça pour plus mûre réflexion ». En deux jours, les trois acolytes ont discuté avec une vingtaine de personnes sous forme d’entretiens informels qui ont pu durer une dizaine de minutes ou parfois près d’une heure ! Leur but est de faire connaissance avec les habitants et de présenter le programme. Mais il faut s’armer de patience et ne pas avoir peur de se répéter des dizaines de fois. Le fonctionnement du programme peut au premier abord paraitre complexe. Les taux d’intérêts soulèvent une première interrogation « évidemment les entrepreneurs sont globalement peu habitués. Ils ont souvent besoin de plusieurs exemples de prêt pour comprendre de manière concrète combien ça leur couterait ». Le deuxième point qui pose problème est le fonctionnement des groupes solidaires, un concept qui inquiète certains « les personnes demandent : jusqu’où je m’engage auprès de l’autre membre du groupe s’il ne paie pas, quelle est la taille des groupes, avec qui je dois me mettre… Généralement, ce qui prend le plus de temps est de leur faire comprendre que c’est primordial ».

DSC01887

De g. à d. Arnoldo, Mariane et Yin

Une expérience de taille pour le programme

C’est un changement pour l’association qui, jusqu’à présent, n’a travaillé que dans des communautés de taille modeste, de moins de 1 000 habitants. Silico Creek, le premier village où le programme a été implanté, compte 500 habitants alors que Kusapín en a environ 3 000 et possède une école primaire, un collège, un lycée et même une petite université, ce qui est encore rare pour un village de la Comarca. Il y a même l’électricité et une zone avec wifi en libre accès. Et malgré sa position géographique excentrée, c’est l’une des capitales de la région de Ñö Kribö (une des trois régions de la Comarca Ngöbe-Buglé). L’économie locale est aussi plus dynamique avec des commerces déjà bien développés et structurés. Mais le programme peut tout de même leur être utile « ce sont des personnes qui ont tout autant besoin de crédit, qui sont tout autant coupées des structures financières classiques voire même plus de par l’éloignement géographique et qui finalement sont tout à fait dans la cible du programme » précise Mariane.

La sélection risque d’être serrée. Le nouveau fond de financement de AIME s’élève à 9 000 $ et les prêts délivrés sont compris entre 100 $ et 1 000 $. Hors il semblerait que la  majorité des entrepreneurs souhaitent emprunter la somme maximum, soit 1 000 $. Ils risquent donc d’y avoir des déçus car les habitants de Kusapín sont nombreux à vouloir participer au programme.

La prochaine étape est une réunion d’information début mars. Mariane et Arnoldo auront donc la chance de retourner dans cet endroit paradisiaque pour une petite semaine. En plus de faire une présentation officielle du programme, les personnes intéressées pourront remplir un formulaire pour fournir des informations personnelles et professionnelles. Ce qui servira ensuite de base à la direction de la coopérative pour les sélectionner.

Une nouvelle affaire à suivre…

Portrait d'Arnoldo

Arnoldo Aguilar a 25 ans et vient de Silico Creek. Il a fait des études de tourisme et a été choisi par la direction de la coopérative SOLARY pour être le nouveau gérant. Il a pris ses fonctions le 18 janvier dernier.

Rencontre avec ce nouvel acteur incontournable dans la vie de la communauté.

  • Que faisais-tu avant de devenir le gérant de la coopérative SOLARY ?

Avant d’être gérant, j’étais volontaire pour AIME et je suis toujours guide touristique local. Je travaille pour URARI, l’organisation de tourisme rural communautaire de Silico Creek, pour laquelle j’accueille les touristes et j’organise les activités touristiques dans le village.

  • Pourquoi as-tu postulé au poste de gérant ? 

Je pense que quand tu as fait des études, ton savoir peut servir à ta communauté aussi bien au niveau social qu’économique. J’ai donc postulé à ce poste parce que j’ai toujours rêvé d’être utile dans mon village et auparavant j’avais déjà eu l’opportunité de collaborer avec la communauté sur le programme de micro-crédit Grandir Ensemble. Donc quand il y a eu l’offre pour le poste de gérant, je me suis tout de suite motivé et grâce à Dieu, j’ai été élu par la majorité de la direction de la coopérative !

  •  Comment as-tu réagi quand tu as su que tu avait été retenu ? 

Ça a été une surprise parce qu’il y avait deux autre personnes qui postulaient. Quand Mariane m’a annoncé la nouvelle et bien je me suis dit que le poste était pour moi et que ça allait être une opportunité pour faire évoluer la coopérative et bien sur une opportunité personnelle et professionnelle pour moi.

  • Et concrètement en quoi consiste ton travail ?

D’une part je travaille pour la coopérative SOLARY : administrer tous les biens, être en communication avec les membres, et d’autre part sur le programme de micro-crédit dont je suis responsable pour le suivi et tout le processus de sélection pour choisir les entrepreneurs. Et aussi une partie de la comptabilité : registre, factures, achats, amélioration de l’infrastructure, recherche de nouvelles « fenêtres » économiques. Et il y a aussi ma collaboration avec l’organisation URARI.

  • Peux-tu m’expliquer le lien entre la coopérative SOLARY et l’ONG AIME ?

En tant que coopérative nous gérons le fond financier récolté par l’ONG AIME. Donc nous sommes bénéficiaires du fond et AIME se charge d’amener de nouveaux volontaires pour s’occuper, avec moi, du suivi des entrepreneurs, de la comptabilité et de choisir de nouveaux emprunteurs. Et la coopérative met ses services à disposition pour que tout le monde travaille dans de bonnes conditions.

 

COOP

 

  • Cela fait une semaine que tu as commencé ton nouveau travail, comment te sens-tu ? 

Heureux parce que je fais ce que je pensais faire avant d’avoir ce poste. Je travaille plus mais pas seulement à cause de mon salaire, j’ai déjà travaillé comme bénévole. Et maintenant que j’ai un petit revenu mensuel ça me motive encore un peu plus. Mais je suis surtout motivé pour faire grandir cette institution.

  • Et tu as aussi plus de responsabilités…

Oui, il y a plus de responsabilités. Il faut suivre les promotions précédentes d’entrepreneurs de AIME, sélectionner de nouveaux emprunteurs, chercher de nouvelles personnes susceptibles de participer au programme. C’est plus de travail mais c’est un travail d’ équipe donc ça me va et j’aime beaucoup être occupé ! J’ai l’impression de GRANDIR, et c’est d’ailleurs le nom du programme : GRANDIR ENSEMBLE.

  • Tu as donc commencé à travailler avec Mariane ?  

Oui, on a travaillé ensemble la première semaine. On s’aide mutuellement, il y a des choses que je sais et qu’elle ne sait pas et inversement dans l’organisation du travail, la comptabilité, l’informatique, des nouveaux logiciels. Ça a été une bonne semaine pour nous.

Mariane et Arnoldo à la coop

 

  • Et qu’as-tu fait pendant cette première semaine ? 

On a tout organisé, planifié sur l’année à venir et fixé les objectifs à atteindre. Je pense qu’on a très bien commencé. En février, nous allons au village de Kusapin, un village de la Comarca situé sur la côte, pour implanter le programme de micro-crédit parce qu’il y a des personnes qui sont venues à la coopérative de Silico Creek pour savoir si on pouvait financer leurs projets.

  • Tu penses rester à vivre à Silico Creek plus tard ? 

Ce n’est pas forcément nécessaire d’aller dans une ville pour avoir des opportunités. J’ai toujours pensé que l’opportunité était ici et que j’allais m’enraciner ici. Bien sur, je sais qu’il y a des moments difficiles liés à la situation économique du village mais comme je dis toujours aux autres « la patience est amère mais le fruit qu’on en retire est doux ». Les bonnes choses peuvent tarder à venir mais la tempête passe ensuite. Je suis donc prêt à affronter toutes ces étapes car je suis très content de mon nouveau travail.

 

 

DSC00967 (1)

Dimanche dernier, c’était le grand jour tant attendu pour les nouveaux entrepreneurs du village Pueblo Nuevo. D’abord la signature de leur contrat, un acte symbolique important et surtout la remise des chèques par AIME représenté par Mariane et les membres de la coopérative SOLARY. Le programme Grandir Ensemble compte maintenant officiellement neuf entrepreneurs supplémentaires. Parmi les projets financés, il y a six épiceries. Ce qui peut sembler beaucoup mais Pueblo Nuevo est un village relativement grand qui compte à peu près 1 500 habitants. Une boutique d’artisanat va aussi ouvrir ses portes, la propriétaire Estela Viagra confectionne des « nagua », ce sont des robes traditionnelles Ngöbe-buglé. Et à cela s’ajoute un élevage bovin et une boutique de vêtement.

Remise du chèque

Mais l’après-midi n’a pas débuté tout de suite par ces formalités. Car il était impératif de garder l’attention de tous pour une formation sur la gestion de son entreprise, la comptabilité et surtout pour remettre clairement à plat les conditions d’obtention du prêt. Un peu d’impatience pouvait se faire sentir chez certains. Et à cela il faut ajouter que le rétroprojecteur ramené de France par Mariane n’a malheureusement pas pu servir… Mais malgré cette difficulté technique, Eduardo et Mariane ont su gardé leur audience en haleine, il y avait même des personnes présentes qui ne faisaient pas partie du programme. La venue de Leonardo, un entrepreneur de Silico Creek, a été aussi un bon atout pour stimuler ce moment de formation. Cet homme d’une cinquantaine d’années fait partie de la première sélection du programme Grandir Ensemble. Il est vendeur ambulant, un « buhoneria » et a tellement bien géré son affaire en 2013 qu’il a pu faire deux autres prêts en 2014 et en 2015. C’était donc la bonne personne pour parler à de nouveaux arrivants dans le programme. Il a évoqué les difficultés qu’il a pu rencontrer et a donné des astuces pour gérer au mieux la comptabilité.

Leonardo, entrepreneur confirmé

Le public attentif de Leonardo

Car n’oublions pas qu’en règle générale et ce dans tous les pays, devenir entrepreneur n’est pas simple. Et même si la plupart des Ngöbe-buglé sont allés à l’école, aucun n’a bénéficié d’études supérieures…

 

Alors avec le point théorique et l’exemple concret donné par Leonardo, ces nouveaux entrepreneurs sont maintenant armés pour lancer leur propre affaire. Et ils sont loin d’être abandonnés car le suivi personnalisé commence dès la fin du mois.

 

Les nouveaux entrepreneurs de Puebla NuevoC’est donc une affaire à suivre …

Hier après-midi, le Comité de Sélection du programme Grandir Ensemble s’est réuni à Silico Creek pour choisir les projets qui seront financés lors de la prochaine promotion d’entrepreneurs. Cette réunion fait suite au travail d’information, d’inscription et d’études de crédit qui a été effectué par les volontaires de l’association AIME et les membres de l’équipe locale dans le village de Pueblo Nuevo.

 

Le Comité de Sélection est formé de huit personnes:

–       le Président de la coopérative Solary

–       trois membres du Comité de Crédit de Solary

–       trois volontaires de AIME présents sur le terrain

–       un représentant du village où s’est effectué la sélection

 

A 15h pétantes, la réunion commence. Nous avons 12 projets à étudier, et 6000$ à répartir entre les différentes demandes.

 

Chaque projet est présenté par l’un des analystes de crédit ayant effectué l’entretien : personnalité de l’entrepreneur, nature du projet, montant du prêt demandé, capacité de remboursement… Les critères de sélection pris en compte sont économiques (capacité de remboursement de l’emprunteur, viabilité), sociaux (impact pour le foyer et nécessité de financement) et environnementaux (respect de la nature et de la culture locale).

 

Suite aux questions et discussions qui soulèvent parfois quelques débats, un vote est effectué pour savoir si la décision est favorable ou non, et pour quel montant (financer en totalité ou une partie seulement du montant demandé).

 

Au total, 10 entrepreneurs ont été financés, répartis en 2 groupes solidaires et une organisation communautaire.

 

Voici les résultats :

tableau entrepreneurs

La prochaine étape sera d’organiser une réunion pour l’octroi des chèques et la première journée de formation des entrepreneurs. Les futurs volontaires assureront ensuite le suivi de ces entrepreneurs pendant une période d’un an (puisque les prêts seront remboursés sur 12 mois)

 

Encore une fois, nous vous tiendrons informés !