Mission: Thaïlande 2018

Après un très long voyage en avion et 3 heures de bus, je suis finalement arrivé au Learning Centre de Ban Tha Song Yang. J’y ai rencontré 3 autres volontaires qui comme moi étaient venus enseigner l’anglais aux enfants du centre.

Ils m’ont expliqué ce qu’ils savaient des enfants. Outre les enfants et petits-enfants de Gloria, la responsable du centre une vingtaine d’enfants y vivent, certains ont perdu leurs parents, d’autres y sont seulement déposés provisoirement car leur famille n’a pas les moyens de les élever. Ces enfants ne disposent pas de la nationalité thaïlandaise et ils ne peuvent donc pas suivre les cours de l’école thaïlandaise.

Je me suis installé dans la cabane/hutte des volontaires sur pilotis comme toutes les maisons dans la région afin de se prévenir des inondations. J’ai déplié ma moustiquaire sur mon matelas, indispensable cette région infestée. Pendant la journée, il est inévitable de se faire piquer même en s’appliquant de l’anti-moustique plusieurs fois par jour. Certains moustiques peuvent être porteurs de la malaria (palu) et il est donc recommandé de prendre les médicaments nécessaires.

La journée commence par un petit déjeuner dans la maison de la sœur (fille?) de Gloria. Nous mangeons du riz (inévitable) accompagné de courge en morceaux et de choux. Ensuite, à 9 heures nous traversons le campement pour rejoindre un bâtiment où nous donnons classe au groupe le plus âgé. Les 3 élèves (5 à la fin) suivent le cours mais éprouvent des difficultés à participer à l’oral et à comprendre les structures en anglais car elles n’ont pas obligatoirement d’équivalent dans leur langue. Après une heure de cours nous nous rendons dans l’Eglise (la “church”) pour donner classe au groupe le plus jeune (entre 6 et 12 ans environ). La plupart des élèves ont d’énormes difficultés à rester concentré et à comprendre les notions les plus basiques. Après un mois de cours et des tentatives de pédagogie très diverses ils ne maitrisent toujours pas les couleurs. Les enfants ont tendance à répondre au hasard.

Après cela nous rejoignons notre habitation.

Vers 13 h nous descendons pour prendre le déjeuner dans la maison de la fille (la sœur?) de Gloria : du riz, de la courge en morceaux et du choux.

L’après-midi les volontaires organisent des activités (foot, bracelets en perle, jeux de société,…) et les enfants viennent souvent jouer dans la chambre des volontaires, ce qui est l’occasion de leur apprendre parfois des choses aussi simples que réaliser un puzzle.

Nous profitons aussi de l’après-midi pour nous doucher à la rivière qui traverse le campement.

Le soir, les enfants se regroupent dans l’Eglise pour chanter puis vient l’heure de manger le repas du soir. Nous nous installons donc par terre pour manger du riz avec de la courge en morceaux, souvent accompagnés de nouilles et d’omelettes.

Parfois ce rituel quotidien était perturbé par la venue de groupes de volontaires thaïlandais qui venaient apporter des sacs de nourriture et toutes sortes d’objets du quotidien.

Après le départ des 3 autres volontaires français un groupe de coréens-californiens est venu au centre pour enseigner la grâce de Dieu aux enfants: chanter des chansons en sa gloire, colorier des scènes bibliques et réaliser des colliers et bracelets avec des petites croix en bois.

La religion est très importante pour les habitants du centre (les karens se battent depuis plus de 70 ans pour obtenir leur indépendance et ainsi affirmer leur identité basée sur la tradition chrétienne). Elle constitue pour eux une échappatoire face à une vie souvent compliquée.

Le manque de confort et d’hygiène ne s’est personnellement fait sentir qu’au bout de deux semaines environ mais il est grandement compensé par la satisfaction de savoir sa présence utile.

 J’ai tout de même trouvé dommage de ne pas pouvoir manger avec la famille le soir surtout après le départ des autres volontaires et de ne pas vraiment être informé de certains points de la vie du centre. J’ai été malade pendant une bonne partie de mon séjour et ai donc passé plus de temps à dormir que je ne le souhaitais.

Pour finir, je garde un bon souvenir de mon passage dans cette région et des enfants du centre. Le fait de ne pas parler la même langue rend la communication très difficile et certains cours peuvent être frustrants car les enfants ne comprennent pas forcement. En juillet, il pleut énormément et cela constitue aussi une contrainte notamment pour les activités.

Nos volontaires Marianne, Shirley et Joanne, en mission en Thaïlande avec notre partenaire TMK nous font un bilan de mi-parcours:
“Après deux mois à TMK, centre d’apprentissage en Thaïlande pour réfugiés Karens il est temps de faire un petit bilan. Nous avons toutes pris nos repères au sein de l’école et l’intégration avec les autres enseignants se passe très bien. Il y a beaucoup d’entraide pour faire en sorte que les élèves bénéficient de cours de qualité.
Du coté des élèves, nous sommes impressionnées par leur volonté d’apprendre et par le travail dur qu’ils fournissent chaque jour, pour apprendre l’anglais et les autres matières ainsi que pour s’occuper de l’école. Nous sommes très touchées par leur motivation et leur envie de travailler pour se construire un avenir meilleur et aider leur peuple.
Marianne et Shirley donnent des cours d’anglais tandis que Joanne s’occupe de donner des cours de maths et de microfinance! Les élèves ont également des cours de thai, de birman, de politique, d’histoire et de développement communautaire ! Le but de l’école est de former la future génération selon le slogan de l’école: « I will be good, I will be kind, I will be a peacemaker » (« Je serai bon, je serai gentil, je serai un faiseur de paix »)!”

Jeune homme de 27 ans vivant à Paris depuis quelques années et originaire de Poitiers, Mathias navigue entre activités de communication (gestion de projet 360) et de restauration (serveur – consommateur) lorsqu’il décide de partir voyager à la fin de l’année 2017. Souhaitant allier plaisir de la découverte (pays, culture, Hommes) et sentiment d’utilité il décide de partir avec AIME après s’être renseigné sur plusieurs associations du secteur. Quelque peu perdu dans sa vie et ses projets avant son départ, il est revenu apaisé et décidé à mettre ses compétences de communicant au service de l’intérêt général au sein d’une structure agissant sur le territoire français.

Une expérience géniale qui se passe de longs discours et qui mérite bien plus d’être vécue que d’être racontée. Au delà des apports personnels que cela vous procurera, qui sont déjà largement décris au cours des autres témoignages, il y a tellement à faire et à voir à Ban Pak Audumsung que la seule bonne volonté suffit à faire de cette expérience une réussite. Si vous avez l’occasion n’hésitez pas, foncez rejoindre Gloria, ses grandes filles et les petits qui les entourent, pour votre bien et surtout le leur !

Je me suis immergé auprès des réfugiés Karens pendant 6 mois. J’ai été enseignant dans un centre qui a pour ambition de former des élites communautaires et politiques. En y allant, j’ai pensé que l’apprentissage du droit international pouvait favoriser, à l’échelle qui est la nôtre, une construction plus sereine de la paix.

J’ai découvert une crise oubliée. Trois générations d’une minorité qui n’ont connu que la guerre civile. 100.000 réfugiés à la frontière thaï, coincés depuis des décennies et qui sombrent progressivement dans la sous nutrition. J’ai découvert que les réfugiés projettent leurs espoirs sur des acteurs internationaux idéalisés (Nations-Unis, États-Unis) et qu’en même temps des activités karens de plaidoyer se mettent en œuvre en Birmanie. J’ai aussi découvert que le récent cessez-le-feu n’inspire pas confiance, que beaucoup de Karens souhaitent reprendre le combat et que le processus de paix est plus fragile encore qu’il n’y paraît.

Voyant cela, j’ai élaboré un cours s’articulant de la manière suivante.
– J’ai déconstruit le fantasme des Nations-Unis en présentant les rapports de force qui se jouent dans cette institution ; droit de veto, principe de non-ingérence.
– J’ai posé des bases permettant de construire des activités de plaidoyer ; clarification du discours, syllogisme juridique, forces et faiblesses des différents engagements internationaux invocables.
– J’ai clarifié avec eux les droits et obligations des réfugiés avant d’évoquer les difficultés, à plusieurs égards, propres au contexte thaïlandais.
– J’ai exposé les obligations propres aux conflits armées, que tout soldat doit en tout temps respecter.

Ce travail a été accompli dans un contexte difficile de solitude et de manque de confort. Il n’a pu être réalisé qu’avec le soutien humain des autres bénévoles d’AIME, de sa direction et des responsables pédagogiques de l’école de Thoo Mweh Khee. Si il venait à être repris et approfondi, il favoriserait une sortie de crise digne pour les civils Karens et Birmans, victimes de la plus longue guerre civile que le monde ne connaisse aujourd’hui.

Nous sommes parties pour un peu plus d’un mois au Safe Heaven Learning center, devenu Ban Pak Audomsung. Nous sommes arrivées dans un orphelinat, comme l’association Aime l’indiquait : ” Safe Heaven Orphanage”. Il s’est avéré que nous n’étions pas au bon endroit, mais nous avons été conduites au centre familial de Gloria.

Nous y avons trouvé 5 maisons, dont la cabane des volontaires, 2 maisons des filles de Gloria vivant avec leurs enfants, la maison de Gloria ainsi qu’une salle de classe et un dortoir. Nous avons été accueillies par les 5 autres volontaires déjà sur place.

Nous avons rencontré les 15 enfants vivant sur le camp dont 5 enfants qui ne faisaient pas partie de la famille et étaient accueillis par Gloria. N’ayant pas de papiers ces 5 jeunes de 10 à 18 ans n’avaient pas la possibilité de se rendre à l’école Thaï.

Quant à nous, nous donnions des cours d’anglais aux 4 filles qui restaient toujours sur le camp et s’occupaient de la cuisine, des plus petits enfants, de l’entretien etc… Leur envie d’apprendre était forte et se sentait dans les progrès qu’elles faisaient ! Nous essayions de varier les approches pédagogiques, en passant par des jeux, des chansons afin de garder leur intérêt et leur concentration. Quand tous les enfants étaient sur le camp nous essayions de donner des cours d’anglais collectifs ou de jouer tous ensemble sur le terrain que nous avions nettoyé et débroussaillé à notre arrivée.

Nous avons également aidé à la construction du nouveau dortoir.

En ce qui concerne la communication, elle n’était pas toujours facile car Gloria était la seule parlant anglais sur le camp. Cependant, il en résultait des échanges très amusants voir touchants avec les enfants!

J’ai passé 40 jours très marquants dans ce centre familial, où les échanges m’ont enrichi et le mode de vie des Karens m’a poussé à réfléchir. Je suis heureuse et pleine de gratitude d’avoir pu vivre cette expérience inoubliable, et il faut avouer que les enfants et leur spontanéité me manquent !

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Cette mission au sein de Thoo Mweh Khee Learning Centre a été l’expérience la plus enrichissante de ma vie. Avoir eu la chance de côtoyer le peuple Karen et de vivre à leurs côtés pendant plusieurs mois m’a permis de (re) découvrir les notions de simplicité, de solidarité et d’humanité.

J’ai appris que l’essentiel résidait dans le regard et dans les gestes, dans le don de sa personne et l’écoute à l’Autre ; des choses simples que l’on oublie pourtant aisément dans nos cultures occidentales.

Cette véritable expérience de vie a renforcé mes convictions tout en m’ouvrant à une nouvelle culture.

Malgré la difficulté que cette communauté connaît depuis des décennies, persécutée par la junte birmane, cette population, et plus particulièrement les enfants de l’école, font preuve d’un courage et d’un sourire à toute épreuve.

Ces étudiants sont le futur de la communauté Karen.