Mission: Thailande

Existe t’il des mots assez puissants pour décrire l’incroyable aventure humaine que je viens de vivre? J’en doute sincèrement. Pourtant ces trois semaines resteront à jamais gravées dans mon cœur.

Après 4h de van et 4h de tuk-tuk, j’ai rejoins les Psychomothaï au Safe Heaven Learning Center, à 30 minutes de marche de Ban Tha Song Yang, le village le plus proche. Nous somme ici perdus en pleine jungle, à 6km de la frontière avec le Myanmar (la Birmanie pour les anciens). Dans ce centre sont accueillis des réfugiés du peuple Karen. Pour la petite histoire, c’est une minorité ethnique qui vit dans les montagnes birmanes, que les autorités cherchent à mettre dehors comme d’autres ethnies dans le pays. Il existe un accord avec la Thaïlande plus ou moins clair de ce que l’on en a compris qui stipule que les Karens peuvent vivre à la frontière Myanmar/Thaïlande, sans pour autant avoir le droit d’avoir des papiers. En très raccourci, ils sont tolérés sur le sol. Du fait que les enfants n’aient pas de papiers, ils ne peuvent pas aller à l’école en Thaïlande. La mission initiale des psychomothaï était d’évaluer les problématiques psychomotrices, d’aider à soutenir le développement psychomoteur des enfants, de traiter des problématiques affectives liées au déracinement, d’apporter du matériel scolaire et psychomoteur, et promouvoir notre beau métier.

Quelques semaines avant leur arrivée au centre, il y a eu de grosses pluies qui ont dévasté une partie du camp, et ont obligé la plupart des enfants à partir pour revenir quand le nouveau dortoir sera construit (normalement d’ici avril). Résultat des comptes il n’y a plus beaucoup d’enfants réfugiés et des infrastructures à reconstruire.

Avec l’argent qu’ils avaient récolté, les psychomothaï ont pu financer une grosse partie du nouveau dortoir. C’est ainsi qu’entre un cours d’anglais et une séance de psychomotricité on était réquisitionnés pour transporter des parpaings (en tongues, sous 40 degrés, dans une descente digne d’une piste de ski).

Semaine après semaine, les travaux ont avancé, les filles ont bien progressé en anglais, et les séances de psychomotricité se sont doucement mises en place.

Le confort au camp était simple, pour ne pas dire sommaire: le sol en guise de matelas, scorpions et serpents qui s’invitaient dans notre cabane, deux bassines d’eau froide pour se doucher, éclairage à la frontale pour traverser le camp, trou dans le plancher qui m’aura valu une chute mémorable, les chèvres qui rentrent en salle de classe…  Pourtant, la vie y était plus douce qu’ailleurs et c’était tout ce dont nous avions besoin pour travailler et être heureux. Les sourires des enfants étaient nombreux ont rempli nos journées de motivation.

Ces personnes qui ne possèdent pas grand chose mais ont tout à donner, un partage immense, de la bienveillance, voici ce que je garderais précieusement dans ma mémoire de cette aventure hors du commun. Je me suis sentie chez moi là bas.

Manon, Morgane, Thomas, Manon, Héloïse, mes chers Psychomothaï, survivors en terre Karen, partenaires de travail, de fou rires et de situations galères, je vous adresse encore une fois un immense merci pour m’avoir accueillis à bras ouvert dans votre projet, c’était 3 semaines hors du temps et qui sont passées à la vitesse de la lumière à vos côtés. ❤️
Merci à Gloria et Christopher de m’avoir accueillie chez eux,
Merci à Nawmumu, Namudah, Kylai, Namoumou, Nunupaw, Kokuapo, Nunubee, Leelee, Loulou, Dadapo, Papla & tous les enfants qui me manquent déjà énormément et que j’espère sincèrement retrouver pour Noël.⭐️

Je mesure la chance que j’ai de pouvoir voyager comme cela, et de faire des rencontres aussi enrichissantes, mais cela dépasse toutes mes attentes.

Ce soir je “dors” sur les banquettes de l’aéroport de BKK en attendant mon vol direction le Cambodge demain matin à l’aube. Et avec de merveilleux souvenirs en tête ! 🇰🇭

Le site de psychomothaï : https://psychomothai.jimdo.com

PS: Po en Karen ça veut dire fleur. J’étais ravie de me faire appeler Popo pendant tout ce temps

Ce fut intense, merveilleux, difficile parfois, mais au final inoubliable.

En Thaïlande, à Ban Tha Sang Yang j’ai découvert un havre de solidarité, de bienveillance et
de générosité. Le dépaysement a été total. J’étais loin de m’imaginer ce qui m’attendait.

Je me souviens de mon arrivée à l’orphelinat. Après un voyage long et riche en émotions, ce
petit havre de paix est apparu beau milieu de la jungle thaïlandaise. Gloria et Christopher,
m’ont tout de suite accueilli comme leur propre fille. J’ai fait la rencontre de trois autres
bénévoles : Nicolas, Félix et Margaux. Et les 25 enfants birmans m’ont ouvert grands leurs
bras. Jamais je n’aurais pensé créer des liens aussi forts avec des personnes avec qui tout
nous opposent.
Et pourtant très rapidement, les journées passèrent et les moments du quotidien avec les
enfants créèrent des relations indescriptibles. Malgré la barrière de la langue, nous avons
partagé pleins de souvenirs et de moments hors du commun rythmé par les rires, les jeux, et
la musique.
Chaque jour nous essayions de mettre en place de nouvelles activités ludiques. Certaines
journées étaient plus longues que d’autres à cause de la chaleur. Mais au final, chacune
d’elles était unique. Nous avons transmis notre savoir au travers des cours d’anglais. Les
enfants progressaient jours après jours. Certains plus lentement que d’autres, mais ils
étaient tous curieux d’apprendre. Le reste du temps, nous aidions avec les tâches du
quotidien. Grâce à une cagnotte en ligne collective nous avons pu fiancer l’installation de
l’électricité permanente sur le camp. Ce fut un énorme changement pour l’orphelinat.
Désormais, ils pourront cuisiner à l’intérieur en période des grandes pluies.

Au travers de ma mission en Thaïlande, j’ai redécouvert le sens des mots solidarité,
générosité et courage. Malgré la dureté de leur quotidien, leurs sourires ne disparaissaient
jamais et leurs rires ne cessaient jamais. Je n’oublierai jamais Kokuapo, Nonopo, Papla,
Nopé, Dada, Lalapo, Nonobé, Gloria, Kookie, Gugu, Leelee, Loulou, Dewdew, Kuku,
Tchouatchouapo, Sathé, Nangné, Namouda, Namoumou, Changné, Satoutou, Somowé,
Somémé, Christopher… Ils m’ont tellement offert tout en n’ayant rien, et j’espère avoir
amélioré leur quotidien en apportant mon savoir-faire et mon aide.

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Je m’appelle Quentin, j’ai 21 ans, et j’ai depuis longtemps rêvé de partir en mission humanitaire en Asie. C’est maintenant chose faite, puisque je suis parti en mission en Thaïlande avec AIME. Je suis en fait venu en aide à une grande famille Karen, une ethnie birmane persécutée dans le pays, au Safe Haven Learning Center à Ban Tha Song Yang, surtout en donnant des cours d’anglais à une quinzaine d’enfants, pendant 4 semaines.

Je suis parti pour découvrir un pays et une autre culture et j’ai finalement découvert une autre manière de voir le monde. Les enfants sont adorables et très attachants, et ils m’ont surement appris beaucoup plus que ce que j’ai pu leur apprendre. Des sourires, un accueil et une façon de vivre qui force le respect. Une expérience inoubliable gravée à jamais dans ma mémoire !

La grande famille du Safe Heaven Learning center m’as fait vivre un mois inoubliable, vivre quotidiennement avec eux a été extrêmement enrichissant pour moi, j’ai énormément appris sur moi-même mais également sur eux, leur culture, leur vision des choses, leur philosophie de vie qui m’a permis de prendre du recul sur ma propre vie. Ce n’est que du positif pour moi d’avoir vécue cette mission a leur côté, en vivant leur conditions qui ont parfois été difficiles pour moi mais je me suis rapidement adaptée et me suis sentie totalement intégrée à la vie quotidienne comme un membre a part entière de la famille.

De plus, en vivant quotidiennement avec eux, j’espère leur avoir apporté ma bonne humeur et ma positivité, que nos échanges et le partage leur ont permis d’apprendre des choses et découvrir brièvement notre culture.  À l’inverse, ils m’ont énormément apportés personnellement et j’espère que cet échange était réciproque!

Le plus difficile a mon départ a été de quitter mes proches et de se lancer dans “l’inconnu”. Le retour a été difficile également puisque je me suis attachée à la famille, me suis habituée à l’environnement et au rythme de vie totalement différent du notre. Par contre, les nombreuses piqures de moustiques et la nourriture ; nous n’avons pas manqué de nourriture mais l’adaptation au riz matin midi et soir ont  été difficiles. De plus, c’est en étant aussi loin et dépaysé qu’on se rend compte à quel point nos proches sont importants, je dirais donc que le contact avec ma famille et mes amis m’a le plus manqué.

Cette expérience a été une véritable leçon de vie. J’ai vécu des choses inoubliables au safe haven avec l’ensemble de la famille, des enfants, des locaux. Les échanges ont été riches, j’ai pu découvrir une culture différente, un environnement dépaysant, un mode de vie opposé au mien. J’ai été accueilli à bras ouverts et ils ont su me rappeler que l’amour, le partage et le respect est ce qu’il y’a de plus important.

Dans un premier temps, l’un des aspects positifs de ma mission a été la relation avec les locaux. J’ai été très bien accueillie, et des liens se sont créés progressivement. Ils ont été très attentifs et à l’écoute des volontaires présents sur place.

Ensuite, l’adaptation a également été un aspect positif. Les locaux font tout en sorte afin que l’adaptation des bénévoles se déroule le mieux possible.

Personnellement je pense avoir apporté beaucoup de joie, et de nouveautés aux enfants ainsi qu’aux adultes. De plus, je pense avoir apporté de nouvelles connaissances aux enfants en leur donnant des cours d’anglais tous les matins.

Avec le groupe, nous avons reconstruit un nouvel arrêt de bus pour les enfants, et participer à la rénovation de la cuisine.

Indépendamment, j’ai souhaité leur offrir quand l’occasion se présentait des friandises comme des gâteaux, des boissons sucrées, des petits déjeuners…

Une expérience riche en émotions. Nous apprenons beaucoup de choses aux enfants, mais nous en apprenons aussi beaucoup grâce à eux.

Le plus difficile dans mon départ de la France a été le départ vers l’inconnu, ainsi que de quitter mon confort.

À mon retour de fin de mission, le plus difficile a été de quitter les enfants et les locaux, car un lien important s’est créé entre nous.

Mes études ne me permettent pas de repartir pour le moment avec AIME, mais dès que possible, je souhaite retourner en Thaïlande pour revivre une expérience à leurs côtés.

Cette expérience est faite de hauts comme de bas, mais elle est dans son ensemble une expérience magique et inoubliable.

Je m’appelle Victor Viel, j’ai 23 ans, et depuis juillet 2016, je travaille auprès de Thoo Mweh Khee Learning Center (TMK), une école pour migrants installée en Thaïlande, à 5km de la frontière birmane. La structure assiste des jeunes issus de l’ethnie Karen, persécutée par la junte militaire en Birmanie, et dont de nombreux membres sont venu se réfugier en Thaïlande depuis les années 80.

 

Les Karen sont un peuple indigène de la région frontalière entre la Thaïlande et la Birmanie, et représentent un des nombreux groupes ethniques de la Birmanie. Sur une population globale d’environ 9 millions d’individus,  dont 7 millions vivent en Birmanie et un million en Thaïlande, l’essentiel des membres de cette ethnie vivent au sein de l’Etat Karen, une des subdivisions administratives et ethniques du pays héritées de l’empire colonial britannique. Il y a plus d’une centaine de groupes ethniques en Birmanie dont la plupart, à l’image des Karen, possèdent leur propre langue, leur propre culture, sont profondément attachés à leur territoire, et ont été persécutés par la junte militaire birmane. Les Karen constituent le troisième groupe ethnique du pays en termes de population, après les Birmans et les Shans. L’Etat Karen est un territoire montagneux recouvert de forêts, dont le relief sert aussi de frontière naturelle avec la Thaïlande.

Avant la colonisation britannique, chaque groupe ethnique vivait indépendamment des autres, le peuple Karen conservant même son indépendance et sa culture face à la vaste ethnie Birmane voisine malgré des affrontements fréquents. Ce fut à partir du moment où les britanniques ont colonisé la région actuellement connue comme Myanmar en 1886, que les diverses ethnies furent regroupées au sein d’un même pays que les colonisateurs ont baptisé à partir de l’ethnie dominante : la Birmanie. Tout au long de l’occupation britannique, les tensions entre Karen et Birmans se sont intensifiées, et d’autant plus au cours de la Seconde Guerre Mondiale, où les Birmans se sont alliés aux Japonais dès que ceux-ci ont envahi le pays, tandis que les Karen ont combattu aux côtés des Britanniques. Pendant la guerre, les Japonais ont perpétré de nombreuses atrocités contre les Karen et les autres ethnies qui soutenaient les Alliés. Quand les Britanniques ont négocié l’indépendance du pays à l’issue de la guerre, le peuple Karen a plaidé pour la création d’un Etat Karen indépendant, comme promis par la couronne britannique au moment des affrontements avec l’armée japonaise. Toutefois, leurs requêtes n’ont pas été accordées quand le pays est devenu indépendant en 1948, et le territoire Karen est resté constitutif de la Birmanie.

Pendant une brève période après l’indépendance, les Karen et Birmans ont tenté de vivre en paix. Mais dès l’automne 1948, les jeux de pouvoirs entre leaders Birmans et les autres ethnies ont vu éclater des tensions interethniques. Un grand nombre d’ethnies se sont vues accorder des droits inégaux à ceux des Birmans. Des protestations se sont élevées au sein de l’Etat Karen, et ont alors été réprimées dans le sang, des milices armées effectuant des raids dans les villages. En janvier 1949, les leaders Karen ont appelé leur peuple à prendre les armes et à se défendre eux-mêmes. Ce fut le début de la guerre civile en Birmanie, entre forces Karen et Birmanes. Avec 68 ans d’affrontements et de violences, il s’agit aujourd’hui du conflit armé toujours en cours le plus ancien au monde.

 

La situation des populations Karen, de même que de nombreuses ethnies rurales en Birmanie, s’est considérablement empirée à partir de 1962, quand une junte militaire s’est installée au pouvoir suite à un coup d’état. La taille de l’armée birmane a été étendue à 400 000 soldats. Dans l’Etat Karen, la junte a implémenté la “Four Cuts Campaign”, établissant alors des ‘free-fire zones’ où l’armée birmane était autorisée à s’approprier les ressources vitales des populations civiles Karen. Quand les militaires s’emparaient d’un territoire, les populations locales étaient obligées de fuir, ou alors elles étaient utilisées pour du travail forcé ou comme bouclier pour détecter les mines. Ces campagnes étaient régulières, et ont été étendues et intensifiées en 1984, ce qui a alors provoqué un exode massif de populations civiles vers la Thaïlande. Depuis cet épisode et jusque dans les années 2000, toujours plus de civils, dont un grand nombre d’enfants, ont traversé la frontière thaïlandaise en quête de sécurité.

 

Thoo Mweh Khee (prononcer ‘Thou Mwé Kii’) est installée au sein d’un petit village communautaire dont les habitants vivent du métier de tisserand, fabriquant notamment des habits traditionnels Karen, ou alors ont ouvert des épiceries. La communauté s’est construite à partir de 1989 autour d’une église baptiste par des Karen ayant fui la Birmanie, et avec l’aide d’un consortium de propriétaires terriens thaïlandais. Le leader de cette communauté est le Pasteur Peacefully, qui est arrivé en Thaïlande à l’âge de 11 ans avec sa famille quand son village a été détruit par l’armée birmane le jour de Noël 1989. Il a été nommé Pasteur de la Bethel Karen Baptist Church en 2006 et a œuvré depuis pour le développement d’une école au sein de la communauté, qui est passée en 10 ans d’une classe de 30 élèves à une structure accueillant plus de 600 étudiants.

Thoo Mweh Khee School (TMKS) et Senior College (TMKSC) sont situés à 50 kilomètres de la ville frontalière de Mae Sot et à 5 kilomètres des montagnes de l’Etat Karen, de l’autre côté de la frontière, et constituent ensembles Thoo Mweh Khee Learning Center (TMK). Ce centre d’apprentissage pour migrants a démarré modestement en 2001 à partir d’une classe K-1 (école primaire), dans la maison du Pasteur. TMKS a été officiellement établie en 2002 afin de pourvoir aux besoins d’enfants et réfugiés de Birmanie, avec la création d’un nouveau niveau d’étude chaque année. A la rentrée 2016, un nouveau niveau d’étude a été ajouté, avec la création d’une école maternelle. Thoo Mweh Khee signifie « à la source de la rivière Thoo Mweh », l’emplacement où est bâtie l’école et où s’est construite la communauté. A la rentrée académique 2016-2017, plus de 600 étudiants sont inscrits à TMK, dont 350 vivent sur le campus dans des dortoirs scolaires. Il y a un corps de 40 enseignants de nationalité Karen et Thaï, ainsi que quelques volontaires étrangers. Le but de l’école est d’éduquer une nouvelle génération de leaders communautaires, qui pourront un jour retourner en Birmanie et aider à reconstruire leur Etat.

 

Thoo Mweh Khee Senior College (TMKSC) a démarré en 2009 afin d’offrir un enseignement supérieur aux étudiants ayant été diplômé du lycée (Grade 10). Etant donné que les migrants Karen n’ont pas de papiers thaïlandais, et ne parlent pour la plupart que S’ghaw Karen et/ou Birman, l’objectif de TMKSC est de délivrer une éducation de haut niveau, en langue anglaise, leur garantissant pour la suite l’obtention d’un emploi et/ou l’accès à des universités ou écoles spécialisées ailleurs en Thaïlande ou en Asie. C’est au sein de TMKSC que je travaille depuis cinq mois.

Le principal certificat délivré par TMKSC est le diplôme en Language and Community Development (LCD), obtenu après un cursus de 2 ans. Les cours se concentrent autour de quatre langues : Anglais, Karen, Birman et Thaïlandais. Les jeunes étudient de nombreux sujets, qui incluent Community Development, Leadership, Teaching, Economics, Health, et Critical Thinking. Ce diplôme offre aux étudiants des connaissances et des compétences pratiques pour aider leur communauté sur des projets de développement, d’éducation, de santé, d’entreprise et de traduction, qui manquent considérablement au sein de l’Etat Karen et des communautés Karen de Thaïlande. Tous ces sujets ont pour objectif de donner aux étudiants les outils nécessaires pour qu’ils retournent dans leurs villages ruraux et aident à améliorer la vie de leur peuple.

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Travailler à Thoo Mweh Khee implique de vivre en permanence avec les étudiants Karen et les autres professeurs volontaires. Ainsi, les conditions de travail pour les enseignants étrangers à TMK sont les mêmes que celles des étudiants et professeurs Karen. Le campus de Thoo Mweh Khee ressemble à un petit village aux maisons faites de bois, de bambou et de tôles, disposées aléatoirement au milieu d’un terrain boisé. Seules quelques constructions avec un rez-de-chaussée en béton et un étage en bois solide se dégagent : il s’agit des bâtiments dans lesquels sont dispensés les cours.

Vivre parmi les Karen implique aussi de devoir s’adapter à leur culture. Une des particularités étonnantes de ce peuple est leur habitude de se moquer en permanence de tout le monde, de faire des plaisanteries sur des choses pour lesquelles des occidentaux sont habituellement réservés, tels que le physique ou la famille. Tous les Karen charrient les personnes avec qui ils discutent, peu importe leur statut, et le meilleur moyen de s’intégrer à leur communauté et de se moquer d’eux en retour. Les Karen ont d’ailleurs une culture de l’hospitalité particulièrement ouverte et généreuse ; beaucoup de personnes vivants à TMK sont relativement pauvres, mais invitent néanmoins quiconque passant près de leur maison ou dortoir à partager leur repas. De même, n’importe qui peut s’inviter à un anniversaire où un mariage Karen, même sans connaître les personnes concernées.

Le rapport élève/enseignant est aussi très différent de celui que je connaissais jusqu’à maintenant en Occident. Si les élèves Karen sont extrêmement respectueux des personnes leur offrant une éducation, il n’est néanmoins pas rare que les étudiants se moquent gentiment des enseignants et blaguent avec eux, ce qui est un moyen pour eux de créer une connexion bien différente de celle qui peut exister entre un élève français et son professeur. Par ailleurs, l’éducation est extrêmement valorisée par la culture Karen. Après des décennies d’oppression et l’expérience de la guerre civile où la junte militaire birmane cherchait à tout prix à empêcher les Karen d’accéder à l’éducation en brulant les écoles, les jeunes ont conscience de l’importance de la connaissance et de l’enseignement. Ainsi, la grande majorité des étudiants travaillent très dur, particulièrement pour apprendre l’anglais, une langue très différente du langage S’ghaw Karen qui ne possède quasiment pas de règles de grammaire.

 

Travailler auprès des Karen a été pour moi un bonheur permanent au cours de ces derniers mois. Les jeunes étudiant à TMK ont quasiment tous connu l’expérience de la guerre civile et des exactions de l’armée birmane ; beaucoup d’entre eux ont perdu un ou plusieurs membres de leur famille à cause des violences ou à cause des maladies qui ont accompagné leur exil. Ainsi, Thoo Mweh Khee représente réellement pour eux un refuge où, malgré l’éloignement de leur famille, ils parviennent à trouver un certain réconfort à être constamment entourés de leurs amis et de personnes qui prennent soin d’eux, de même qu’un sentiment de sécurité qu’ils n’ont que très peu connu au cours de leur vie. Ici, à TMK, loin de toute violence, ils cherchent à oublier leurs craintes et à retrouver la vie sociale et les préoccupations d’adolescents et de jeunes de leur âge, qu’ils n’ont pas pu expérimenter à cause de la guerre. Evoluant au sein de cette communauté motivée par l’optimisme et l’espoir, poussée par une culture rejetant le conflit et promouvant la solidarité et l’hospitalité, j’ai ressenti durant ces trois derniers mois une sensation de bien-être continu qui m’était jusqu’alors inconcevable.

 

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A mon arrivée dans ce vaste campus, bordé de maisons en bambou, la première chose qui m’a interpellée, c’est la solidarité des gens qui y vivent. Après avoir traversé l’Afrique, puis l’Europe, j’ai atterrir en Asie. Ce continent qui m’était totalement étranger est devenu ma terre de cœur, et le peuple Karen ma famille de substitution. La notion d’intimité y est très limitée, tout le monde mange ensemble, chante ensemble, rit ensemble, joue ensemble et dorme ensemble. Quand je demande à mes étudiants ce qu’ils souhaiteraient faire de leur vie plus tard, sans exception, j’obtiens la même réponse de tout le monde : « aider mon peuple ! » Malgré un avenir incertain dont ils ont pleinement conscience, l’espoir de devenir médecin, infirmier, professeur pour venir en aide à leur communauté, les anime.

 

Si je devais décrire en un mot ce peuple, je dirais attachant ! Attachant comme je n’en ai jamais vu durant mes précédents voyages. Je suis venue pour leur apprendre l’anglais, mais ils m’apprennent tous les jours la vie, la bonté et le sens de la communauté. Je suis venue égoïste, j’en repars généreuse. J’y suis venue perdue, j’en repars épanouie. Comment vous décrire une communauté qui n’a pas été pervertie par la mondialisation ? Ils sont purs, généreux, drôles, simples et se contentent d’un bon repas tous ensemble pour être heureux. A leur côté, je me sens à l’abri de la perversion humaine, de la malhonnêteté, de l’avarice, de l’égoïsme, et de l’individualisme. Ils sont pauvres mais leur cœur est plus riche que quiconque. Ils ont été persécutés chez eux, tués, emprisonnés, torturés, et pourtant ils n’ont pas une once de colère qui les habite.

 

Chacun contribue à sa manière au fonctionnement du campus. Certains s’occupent des champs après les cours, d’autres du nettoyage du campus, ou de la couture. Certains anciens étudiants sont même devenus professeur sur le campus. Les tâches sont ainsi réparties de manière équilibrée pour que tous soient impliqués dans le fonctionnement de Thoo Mweh Khee.

 

Nous sommes plusieurs professeurs, pas autant qu’il en faudrait mais assez pour que tous les enfants, ado et jeunes adultes puissent être suivis. Dermot est irlandais, il est venu pour un stage de quelques mois et a fini par tout quitter en Irlande et est installé ici depuis 3 ans. Il a même appris le Karen. David, un sexagénaire néo-zélandais est ici depuis 3 ans également. La première fois que je l’ai vu sur son petit scoot, j’ai tout de suite adoré ce papi. 3 indiennes de Nagaland sont là pour 2 ans, Victor mon ancien camarade de fac est français, et moi, une tunisienne. Les autres professeurs sont Karens, pour la plupart, ils sont d’anciens élèves du campus.

 

La relation entre professeur et étudiants est incomparable à celle que j’ai vu en Afrique ou en Europe. La notion d’autorité n’existe pas. C’est une relation entre un donneur et un receveur, un apprenti et un professeur, mais surtout c’est une relation d’amitié très forte entre gens qui sont assoiffés de connaissance et d’autres qui aiment apporter. Je dis amitié car lors de mon premier cours, la première question à laquelle j’ai eu droit était si j’avais un boyfriend ! Puis d’autres ont suivi : as-tu des frères et sœurs? As-tu déjà été amoureuse ? Combien de boyfriend as-tu ? L’innocence et la spontanéité qui les habitent m’avaient surprise, moi qui suis habituée à la relation uniquement professionnelle entre prof et étudiants. Nous ne parlons pas de vie privée en France avec nos profs, encore moins dès le premier cours. Ces questions qui auraient pu paraitre intrusives, venant d’eux, elles paraissent si anodines et drôles.

 

Je suis chargée de donner des cours de Drama et de Reading class, c’est l’équivalent de théâtre et études de texte. En drama, les étudiants se lâchent totalement. Ils apprennent des scripts et les jouent devant le reste de la classe. N’ayant jamais assisté ou vu une pièce de théâtre, ils ne prennent pas au sérieux le jeu de rôle. La plupart d’entre eux explosent de rire en pleine prestation. Et on finit tous par rigoler.

 

Le Reading class est l’équivalent de l’étude de texte. Un texte à lire et à comprendre, puis des questions à répondre. Ces cours sont dispensés dans l’église, faute de salles libres. Il y a un piano dans l’église. Avant et après chaque cours, l’un des étudiants nous joue un morceau. Les musiciens de Thoo Mweh Khee sont autodidactes. Ils ont une capacité d’apprentissage assez impressionnante. James Dean avait dit un jour : « Puisqu’on peut changer la direction du vent, il faut apprendre à orienter la voile ». C’est exactement ce que font les Karens. Ils ne peuvent changer la situation politique de leur pays, mais ils ont appris à vivre avec.

 

Le droit à l’éducation est la raison d’être cette association.

Elle a été créée en 2016 pour développer la troisième et dernière année du KnNC Community College, la seule école universitaire disponible au sein du camp de réfugiés de Nai Soi, pour les jeunes étudiants Karenni. Seules la première et deuxième année sont financées par Child’s Dream, le principal donateur de KnNC.

L’objectif de DFA est donc de pouvoir devenir le donateur principal pour la troisième année en proposant plusieurs domaines d’études, afin d’offrir aux étudiants plus de choix et d’opportunités.

DFA est aussi présent pour effectuer le lien entre les Karenni et le gouvernement Birman afin de faire reconnaître officiellement le diplôme du KnNC.

Enfin, DFA travaille avec des ONG pour établir des parrainages dans le but d’offrir une aide financière aux élèves.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur la page Facebook de l’association.

En temps habituel, Safe Haven Learning Center accueille une quarantaine d’enfants. J’y arrive pendant les vacances d’été (avril et mai) et beaucoup ont rejoint leur famille, en Birmanie. Je suis donc accueillie par Gloria, Christopher, leurs enfants et petits-enfants et quelques enfants qui n’ont pu partir.

C’est Gloria qui s’occupe de tout le monde, avec le peu de moyens à sa disposition. Mais ici, même les plus jeunes participent : bercer un bébé, préparer le repas, ramasser du bois pour la cuisine, cueillir des fruits ou légumes dans la forêt, désherber un terrain pour préparer les plantations… Malgré des conditions de vie parfois difficiles, chacun garde un grand sourire et profite de chaque occasion pour s’amuser et partager du temps en famille. Je donne 2 heures de cours d’anglais le matin, pendant qu’il ne fait pas encore trop chaud (même s’il fait déjà très très chaud !).

Les enfants ont entre 5 et 15 ans et leur niveau d’anglais est très variable. Mais les plus avancés aident les autres et tout se passe toujours dans la bienveillance. Je leur propose des jeux et activités pour leur enseigner les couleurs, les parties du corps, des verbes. Nous mimons, jouons au “mémory”… et ce sont des moments riches en énergie et en rires ! Grâce à des fonds récoltés par l’association AIME, nous pouvons faire de nombreux achats : uniformes scolaires, cahiers, stylos, cerceaux, dominos, puzzles, affiches pour les salles de classe, mappemonde… et également financer la reconstruction de la “cuisine” (qui sert à la fois de cuisine et de cantine).

J’accompagne Gloria et ceux qui participent au chantier dans les achats des différents matériaux et outils, et échange avec eux pour établir les priorités en fonction du budget à disposition. C’est une mission compliquée (il faut faire des choix !) et très intéressante. En parallèle, je peux suivre les travaux, qui avancent à grands pas. C’est une grande satisfaction pour chacun d’entre nous ! Nous jouons, beaucoup, souvent, avec 3 fois rien : des bouteilles en plastique récupérées nous permettent de faire de la musique ou de jouer au bowling, les “concours” de cerceaux ou le jeu de l’élastique ont un grand succès, sans parler des combats de pouces… même essuyer le sol d’une salle de classe devient un jeu !

La barrière de la langue ne me semble plus si importante. Les liens sont tissés et l’heure du départ approche, l’émotion grandit… Je garderai en mémoire chacun des habitants de Safe Haven : de la grand-mère PiPi, avec qui je prends mon café tous les matins, à la petite NuNuPaw, 2 ans à peine, qui m’a rebaptisée Morning.

Je reviendrai peut-être un jour passer quelques jours ou quelques semaines ici, chez eux, qui est aussi devenu un peu chez moi, qui sait ?

 

TMK c’est quoi ? TMK est un « village », tout près de Pho Pra, en Thaïlande, à la frontière birmane. TMK s’est construit autour de l’école et pour l’école : environ 500 élèves de tous les âges (de la maternelle aux premières années d’enseignement supérieur) y vivent, loin de leur famille, afin d’avoir accès à un bon niveau d’éducation.

A l’exception de quelques uns, ils sont tous karens (leur ethnie) et birmans (leur nationalité). Ils vivent dans des dortoirs et chacun est assigné à une corvée chaque semaine (cuisiner, vider les poubelles, nettoyer les salles de classe…). Les plus jeunes (une quarantaine d’enfants) vivent dans une maison, gérée par BeeBee, une dame avec une énergie débordante et un humour ravageur !

La plupart des élèves ne rentre chez eux que pour les vacances d’été même si certains peuvent rentrer plus régulièrement, leur village étant plus accessible.

Quelques familles vivent aussi à TMK, principalement des enseignants.

Et des bénévoles qui sont là pour plus ou moins longtemps : certains sont présents depuis des années !

Donc TMK peut se résumer à quelques dortoirs, quelques maisons, 2 petits magasins d’appoint, une église, 3 noodle shop (petits restaurants), des terrains de sport (foot, volley et badminton) et bien sûr l’école…

…mais ce serait trop facile de résumer TMK à ses bâtiments !

Une semaine type à TMK ?

Les journées sont bien remplies avec les cours et leur préparation. Je ne suis pas prof, n’ai pas vraiment d’expérience dans ce domaine et l’anglais n’est pas ma langue maternelle : j’ai donc besoin de temps pour préparer mes cours ! Je m’appuie sur les livres à disposition (beaucoup plus nombreux que je ne pensais !) et sur les « collègues », bénévoles comme moi. Peu d’entre nous sont profs mais on s’entraide autant que possible et on apprend les uns des autres.

Les premiers cours sont une découverte, autant pour les élèves que pour moi ! Je donne des cours d’anglais à des classes de grade 9 et grade 10, l’équivalent du lycée en France, les élèves ont entre 15 et 20 ans pour la majorité. Les niveaux d’anglais sont très variés dans un même groupe et c’est une vraie difficulté pour moi : ne pas « lâcher » ceux dont le niveau est le plus faible et que ceux qui ont un bon niveau ne s’ennuient pas… Mission quasi impossible les premières semaines où je suis seule devant des groupes de 30 ou 40 élèves. Mais j’ai rapidement du renfort et on peut donc diviser les groupes, ce qui nous permet de travailler avec chacun, c’est plus confortable et efficace pour tout le monde !

Je participe, comme les autres bénévoles, au « Night Study », 3 soirs par semaine. Les étudiants plus âgées ont 2 heures pendant lesquelles ils font leur devoir, travail de groupe, révision… Nous venons pour les soutenir, les aider, répondre à leurs questions… et ce sont aussi de très beaux moments partagés avec eux, des discussions, des échanges, des rires, des jeux. J’apprends à les connaître, à connaître leur histoire, leur culture.

La vie à TMK c’est bien sûr les cours mais pas seulement, loin de là ! C’est aussi le partage du quotidien du « village », rythmé par le marché du mardi à Pho Pra, les messes (ils sont baptistes), les fêtes (Noël, Saint Valentin, fête de fin d’année, les anniversaires…), les « sorties » (cascade, villages en Birmanie…).

Je vis avec 4 personnes dans ce qu’ils appellent, la guesthouse. Nous sommes 4 bénévoles originaires de partout dans le monde (Nouvelle-Zélande, Inde et France) et une étudiante Karen. Les échanges sont donc déjà très riches !

Quand je ne suis pas à l’école, je suis à la guesthouse ou à Special, maison où vivent les enfants les plus jeunes. A la guesthouse, nous sommes souvent installés sous le porche d’entrée où les uns et les autres (enfants, étudiants ou adultes) passent quelques secondes, quelques minutes ou quelques heures. C’est souvent l’occasion de beaucoup discuter et rire !

A Special, je discute avec BeeBee et joue avec les enfants. Ils m’ont de suite adoptée et leurs sourires me font craquer à chaque fois !

Je suis présente pour le dernier trimestre de l’année scolaire et aide donc aux examens (préparation, surveillance et correction). Et le jour J je suis stressée pour chacun de « mes » élèves, soit plus d’une centaine, imaginez le stress !

Et c’est avec fierté, même si je n’y suis vraiment pas pour grand chose, que je suis présente à leur cérémonie de remise de diplôme.

Ces 4 mois m’auront permis de commencer à découvrir la culture Karen, l’histoire de ce peuple et beaucoup de belles personnes ! Malgré ce qu’ils ont pu vivre (la misère, la guerre, l’exil, l’éloignement de leur famille…), ils affichent tous un magnifique sourire et ouvrent leur cœur avec une facilité déconcertante… Ils partagent tout les uns avec les autres, rien n’appartient à quelqu’un mais à la communauté. On peut donc arriver chez quelqu’un et demander à manger ou prendre une douche (ce qui nous arrivera pendant quelques jours alors que notre salle de bain est hors d’usage!) sans que cela ne surprenne, et c’est presque étrange pour eux que nous demandions !

La vie y est donc simple (dans le plus beau sens du terme) et paisible. Le moment le plus difficile aura été de partir ! Mais j’ai quitté TMK quelques jours après la fin de l’année, beaucoup d’élèves étaient déjà partis dans leur village pour les vacances d’été. Les aurevoirs auront donc été plus faciles. Et je suis surtout partie enrichie de cette expérience de vie : je ne pense pas me reconvertir dans l’enseignement, en revanche, c’est une expérience personnelle superbe. Je pense à leur bienveillance, leur curiosité de l’autre, leur envie d’apprendre, leur capacité à rire de tout, tout le temps.

Au moment où j’écris ces mots, je suis encore immergée dans cette manière de vivre et cela me paraît évident de vivre ainsi mais cela le sera certainement moins à mon retour en France… J’espère réussir à garder dans mon quotidien une partie de cela et le partager !