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Cela fait tout juste deux semaines que je suis là à parfaire mon espagnol, à apprendre un peu de Ngäbere (langue indigène locale), à faire connaissance avec Lucie et Caroline (les deux autres volontaires arrivées plus ou moins en même temps) et avec quelques personnes de la communauté de Silico Creek tel Arnoldo Aguilar (le gérant de la coopérative indigène “Solary” pour laquelle nous travaillons), Luis Ellington (surnommé Chiqui).

A peine le temps de m’adapter, de me sentir bien, d’en apprendre sur le fonctionnement de la coopérative et du programme de micro‐finance « Nirien Waire » qui signifie « Grandir ensemble » en Ngäbere), de ses particularités, de son utilité et de ses spécificités, qu’Arnoldo nous confie à Lucie, Chiqui et moi la mission d’ouvrir la 9ème promotion dans la communauté Nance de Risco (6ème et nouvelle communauté du programme).

L’ouverture de cette promotion n’a pas fait l’unanimité au sein des membres de la coopérative pour deux raisons:

‐La première (et la moins pertinente) est qu’elle est à la limite de la Comarca Ngäbe‐Buglé (région indigène pour laquelle le programme « Nirien Waire » a été créé)

‐La seconde est qu’il y a de ça des années, certaines familles reçurent une quantité d’argent considérable en dédommagement suite à la construction d’un grand barrage et à l’inondation d’une grande vallée. Mais cet argent a rapidement été dépensé et mal investi ce qui a créé    de nombreuses jalousies de la part des autres familles et de nombreux Ngäbes de la région.

Bien, maintenant que vous savez tout du contexte historique, rappelons le pourquoi et le comment de notre venue dans cette communauté.

Marianne (co‐fondatrice du programme Nirien Waire et bien connu de vos rangs) était déjà venue là‐bas il y a de ça quelques mois faire une présentation du programme, échanger plus amplement sur le sujet avec Juan Villagra (personne à forte influence dans  la communauté) ce qui avait débouché à la pré­inscription d’une douzaine de micro‐entrepreneurs.

Mais loin de pouvoir justifier l’ouverture d’une nouvelle promotion car peu nombreux (seulement 12 micro‐entrepreneurs préinscrits), ayant des liens de parenté trop proches et les projets étant peu clairs, nous devions retourner sur les lieux afin d’en savoir plus.

Photo Bruno Panama 2

D’où notre mission de présenter à nouveau le projet à un maximum de personnes afin qu’il profite à une proportion plus variée et équitable dans la communauté et ne surtout pas suivre la logique de l’argent donné facilement suite aux dédommagements dus au barrage. Au contraire, on voulait faire en sorte de donner une « deuxième chance » à cette communauté avec un programme de microfinance encadré, suivi, adapté aux Ngäbes et à leur petites activités économiques respectives afin d’investir de façon responsable, équitable et solidaire ;pour permettre peu à peu le développement de la communauté tout entière.

Et croyez le ou non, cela ne fut pas facile. Nous ne disposions que de peu de jours (une semaine tout au plus) pour faire la découverte du village, de ses mœurs et de son contexte. Chaque village est complètement différent des autres que ce soit pour sa position géographique, son histoire, les différentes religions et églises qui le composent, les règles de vie établies et officieuses et en fonction de la hiérarchie officielle et officieuse qui le composent. Nous devions faire la connaissance de chaque entrepreneur, de son activité, de ses antécédents, de sa situation et de son objectif aux quatre coins du village (qui est composé de 5 quartiers bien distincts) afin de faire la création des groupes solidaires, l’inscription de chacun des entrepreneurs intéressés, de faire l’étude de faisabilité de chaque prêt et de la promotion en générale.

Mais bon, je vous rassure cela ne fût pas un enfer ni mission impossible. Loin de là car nous avons été chouchoutés, nourris, logés, conseillés et appuyés comme jamais par deux locaux acolytes en permanence:

Juan Villagra qui nous motivait jusqu’à pas d’heure à coup de « excellente !!! » et nous tenait éveillés avec ses innombrables « café italiano » bien efficaces. C’est un peu le gourou du village, le mentor à la casbah à la croisé des chemins où tout un chacun vient se ravitailler, échanger quelques banalités, demander des nouvelles, vendre un yanikéké (un petit pain à la noix de coco) ou une empanada (pâte en forme de chausson aux pommes fourrée au fromage, à la viande ou autre) ou tout simplement dire bonjour et prendre le café.

Et notre deuxième compagnon n’est autre qu’Emiterio Villagra ; responsable du MIDES « Ministerio de Desarrollo Social » (ou Ministère du Développement Social)      à Nance de Risco et dans une dizaine d’autres communautés aux alentours. Un homme bien plus calme, fort aimable, très sérieux, de bon conseil et très attentionné car ils nous accompagnait et nous raccompagnait avec Cannelle (la chienne de Juan), sa machette et sa lampe torche pour tout déplacement de nuit (car on ne sait jamais quel serpent on peut croiser de nuit à travers les petits chemins glissants du village). Toujours là au besoin, le sourire aux lèvres et la blague facile.

Vous l’aurez bien compris, l’ouverture de cette promotion fut aussi intense et difficile qu’intéressante et riche en échanges humains.

Le résultat : 4 groupes solidaires pour un total de 24 micro‐entrepreneurs inscrits, une quarantaine de personnalités aussi originales qu’intéressantes rencontrées mais surtout des cris, des rires, des blagues et des bons repas en pagaille !

Tout ça pour déboucher (suite au comité de sélection fait à Silico Creek avec les membres de la coopérative) sur 16 projets de micro‐entrepreneurs financés (4 par groupe solidaire) aux profils divers et variés que je vous invite à consulter sur le site internet d’AIME.

Quant à mon bilan personnel, cette promotion a été pour moi non seulement très enrichissante au point de vue professionnel car rien ne vaut du travail terrain et l’ouverture d’une promotion pour comprendre les causes et effets de la microfinance et du programme Nirien Waire, son fonctionnement, ses atouts et défauts et ses points d’amélioration. Mais ça a surtout été une expérience humaine sans précédent !!

Merci à AIME, à la coopérative Solary, au gouvernement français pour ce service civique, à Lucie et Chiqui (RPZ l’équipe de shock) et surtout à toutes les personnes que j’ai pu rencontrer là‐bas. J’ai déjà hâte d’y retourner pour acheter mes 2 porcelets à la femme d’Emiterio (Delfina : micro-entrepreneuse) comme prévu lors de la remise de chèques le 22 octobre !

A bientôt pour de nouvelles aventures,

Bruno