Johanna: « Être utile, échanger, partager et comprendre. »

Johanna: « Être utile, échanger, partager et comprendre. »


Être utile, échanger, partager et comprendre.

C’est une sorte de mantra, quelques mots qui faisaient sens pour moi, qui m’ont guidée vers le service civique, vers AIME et m’ont portée jusqu’à Mandalay.

Je cherchais un moyen d’avoir un impact positif, une activité dont la première richesse ne s’achèterait pas, qui me donnerait l’opportunité de découvrir, de m’ouvrir à l’autre, des grands mots qui raisonnent dans la jungle du domaine de la solidarité internationale, mais qui de façon concrète, sont plus difficiles à traduire.

Lorsque j’ai lu l’offre de service civique de AIME au Myanmar, je me suis dit, « c’est pour moi ! C’est ce que je cherchais », et je ne m’étais pas trompée. Tout s’est rapidement enchainé : entretiens, vaccin, premiers échanges avec des volontaires et enseignants sur place, visa, préparation au départ avec l’association et me voilà dans un avion, à destination de ce pays mythique auquel j’avais dédié mes recherches de fin d’études.

A mon arrivé à l’aéroport deux volontaires du « main office » (le bureau administratif de l’école) sont venus m’accueillir, une petite pancarte avec mon prénom à la main et un grand sourire pour l’accompagner. Je suis surexcitée, je regarde partout autour de moi et je commence à discuter avec les deux étudiantes qui m’accompagnent. J’ai plein de questions et en même temps rien de bien précis. On rigole beaucoup, car on a du mal à se comprendre, je ne suis pas encore habituée à l’accent birman et elles, à mon super accent du sud de la France !

Me voilà avec ma valise surdimensionnée aux portes de l’école. C’est beaucoup plus grand que je l’imaginais et ça grouille de partout, le campus me parait gigantesque, surpeuplé et très vivant. Elles m’accompagnent au bureau, récupérer ma clé et faire deux trois formalités administratives puis nous faisons le tour du campus. Je comprends alors que PDO est une école à l’image du pays, riche d’une grande diversité, avec de nombreux programmes pour des enfants de tous horizons. En fin d’après-midi viennent toquer à ma porte deux volontaires de AIME déjà sur place depuis quelques temps, elles ont l’air génial ! on va manger dans un petit bouiboui à côté de l’école et je réalise enfin, que ça y est j’y suis.

J’ai enseigné au « Pre College Program (PCP) », un programme post bac de 25 élèves. PCP accompagne des jeunes talentueux engagés dans l’avenir de leurs pays sur un an, cherchant à développer leurs compétences et leur esprit critique pour leur permettent de contribuer activement au développement de leurs pays et potentiellement leurs ouvrir les portes d’universités internationales. L’équipe pédagogique est très accueillante et engagée, elle me fait confiance dès le début en me laissant choisir librement le curriculum de mes cours.

Moi, il m’a fallu quelques temps pour être à l’aise dans mes nouvelles baskets de professeur. Je n’avais jamais enseigné avant, certains élèves sont plus âgés que moi et je me questionne sur ma légitimité à cette place ; d’autant qu’au Myanmar les professeurs sont très respectés, c’est une sorte de classe sociale qui bénéficie beaucoup de gratitude. L’éducation et la jeunesse sont vues comme l’avenir, à PDO comme ailleurs dans le Myanmar, beaucoup s’appuient dessus pour développement le pays.

J’ai choisi d’enseigner les bases de géopolitique et de relations internationales, deux matières qui, pour moi, sont sujettes aux débats et discussions, autant propices à l’expression d’opinions qu’au développement d’argumentation crédible, me semblant pertinentes pour forger des adultes à l’esprit ouvert et libre. Avant ça, il m’a fallu gagner la confiance de mes élèves, mon premier cours était bien trop silencieux à mon gout, mais quelques classes plus tard on était lancé ! Si j’expliquais ce qu’est un Etat, ce qu’est une nation, un élève m’interpelle et me dis : « mais Teacher, alors Israël c’est un Etat ou pas ? » nous voilà partis pour une heure d’Histoire et de débats !

Envers tous mes élèves, j’ai (et j’espère qu’ils le savent) beaucoup de respect et d’admiration. Tous cherchent à aider leurs communautés, à partager ce qu’ils ont pu apprendre avec le plus grand nombre, ils ne pensent pas leur avenir par le « je ». Après les cours d’introduction, je leur avais demandé, « que voulez-vous faire plus tard ? », afin de faire des cours liés au sujets qui les intéressent. Une élève m’a répondu « business women », je lui ai dit « c’est un peu vaste, c’est-à-dire ? tu as un domaine d’entreprise qui t’intéresse plus particulièrement ? » ; « non teacher, mais dans mon village il n’y a pas de travail, donc pas d’argent et peu d’école. Je veux créer une entreprise pour qu’ils aient du travail » ; un autre se sera enseignant car chez lui l’école s’arrête à 10 ans et qu’il est le seul à parler anglais de son village, un autre avocat, pour défendre ceux qui ne peuvent pas etc… tous ont des projets qui se pensent en « nous », tous cherchent comment aider leurs communautés, leurs pays.

L’un d’entre eux m’a retourné la question d’une façon à laquelle je n’aurais pas pensée avant ce cours :  « et vous teacher, vous voulez faire quoi pour votre communauté ? » Ou comment apprendre à penser différemment …

Les cours se sont enchainés, à PCP puis à PDO International University, la toute nouvelle université créée par le principal, toujours aussi intéressant, remettant en perspective ce que l’on pense savoir, d’un côté comme de l’autre. Toute cette richesse, tous ces échanges sont rendus possibles par U Nayaka, moine visionnaire et fondateur de l’école, et tous les membres et étudiants qui coconstruisent ce lieu unique : Phaung Daw Oo, monastic school. Une école monastique, où vous rencontrerez des élèves de toutes les religions et de tous les groupes ethniques, qui accueille et éduque, parfois héberge nourrit et soigne, de façon complètement gratuite de la maternelle au post bac, une génération curieuse et ouverte au monde.

J’ai reçu de cette expérience, grâce à AIME et Phaug Daw Oo, de mes élèves, collègues birmans, volontaires et inconnus aux aléas des rencontres dans ce pays chaleureux, beaucoup. Beaucoup plus que je ne leur ai encore donné : de la joie, de la bienveillance, des amitiés, des savoirs, des moments de partage pour se comprendre mieux entre cultures comme soi-même.

Je ressors de ces mois birmans reconnaissante de l’opportunité que j’ai eue et renforcé, dans ma volonté de continuer mon chemin dans la solidarité internationale et de garder une place pour AIME et PDO qui ont su si bien me faire une place. Lecteur de ce petit témoignage, j’ai appris aux côtés de AIME et PDO que nous avons quelque chose à apprendre de chaque personne qui croise notre chemin, tout comme nous avons quelque chose à transmettre, vous aussi.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *