Martha : « Persévérez dans la vie ! Tout vient à point à celui qui sait attendre »

Martha : « Persévérez dans la vie ! Tout vient à point à celui qui sait attendre »


Bon bon, c’est à mon tour d’écrire un témoignage, wow que le temps passe si vite, je me souviens encore de lire les témoignages d’anciens volontaires… Je voulais attendre pour écrire ce témoignage et puis je me suis dit que je veux écrire ce témoignage avec le coeur et non avec la tête. 

Il y a un an, je décidais de prendre une année de césure dans mes études afin de m’impliquer dans une cause qui me tenait à coeur. J’ai toujours souhaité être une “féministe” mais finalement rien dans mon parcours le prouver. Il était temps de devenir la personne que je prétendais être. Et le Service Civique me permettait de concrétiser mes ambitions grâce à la pluralité de ses missions et son indemnisation qui pour moi était un avantage considérable surtout du milieu d’où je viens. D’ailleurs, il y avait aussi une volonté de me tourner vers l’étranger. J’ai toujours grandi dans l’assimilation et la découverte grâce à mes origines congolaises donc il était primordial pour moi de saisir également cette opportunité

 

Toutefois les services civiques à l’étranger sont les plus prisés et il y n’y a pas beaucoup de places. J’ai commencé à postuler pour des missions en fin novembre et j’ai commencé ma mission uniquement en mars. Environ trois mois de refus. 

 

Comment j’ai trouvé ma mission ? 

C’est la première mission à laquelle j’ai postulé en novembre. L’intitulé et le but de la mission m’avait tellement touché. La thématique parlait des droits des femmes et mettait l’accent sur les mutilations génitales féminines dont l’excision au Sénégal. Je me souviens, j’avais envoyé la fiche de poste de la mission à ma meilleure amie, elle m’a répondu “ C’EST LA MISSION POUR MARTHA”. Le soir même j’avais regardé le film “ La fleur du désert” sur la même thématique. Et après j’avais besoin d’en savoir plus sur le sujet, j’ai passé toute la nuit à regarder des vidéos sur l’excision dont l’une où une jeune femme se faisait interviewer par Thierry Ardisson en 2005. Cette femme s’appelait Khady, elle était à la fois meurtrie mais à la fois dure englobant une douceur et une pudeur qui m’avait beaucoup ému. Je me demandais si elle était encore vivante et si elle continuait de se battre pour cette cause. 

Malheureusement je n’ai pas été prise. J’étais dévastée car c’était la seule mission qui avait du sens pour moi. J’étais tellement dégoûtée, que j’ai envoyé un e-mail pour savoir quelle était la raison de ce refus. Je n’ai pas eu de réponse.

 J’ai continué à postuler à d’autres missions sans grande conviction. Plus tard, en fin janvier, la mission est revenue sur le site internet du service civique, j’ai postulé une nouvelle fois. Mais j’ai encore essuyé un refus. Après ce refus, j’avais décidé d’arrêter de postuler à des services civiques… Ce n’était peut-être pas fait pour moi. 

 

Néanmoins, j’ai envoyé un e-mail à l’association AIME pour savoir si c’était possible de partir en mission courte avec leur association mais sans le service civique. Marie-Katie m’a répondu très gentiment de venir dans les locaux de AIME pour me présenter et exposer mes motivations. Le jour de l’entretien, j’étais en face d’une personne jeune qui comprenait mes difficultés. Je n’ai pas passé un entretien conventionnel. C’était plutôt une discussion. Je n’ai pas eu besoin d’argument ou d’être persuasive pour montrer mes motivations. Lors de cet entretien, elle m’a juste demandé qui j’étais. Et c’est la raison pour laquelle j’ai apprécié l’association AIME, parce qu’on ne m’a pas demandé de prétendre être une autre personne. Juste moi-même. Même si la rencontre n’a pas abouti à ce que je souhaitais, c’était enrichissant de passer cet entretien.

Coup de tonnerre, je reçois un e-mail de Marie-Katie qui m’écrit “ suite à un désistement ton profil nous intéresse…” Finalement on passe un bref appel téléphonique donc je dois lui expliquer de nouveau mes motivations. Elle me dit, je vais appuyer ton dossier auprès du coordinateur de la mission, toi tu n’as plus qu’à gérer ton entretien avec lui. La même soirée, vers 19h30, je reçois un appel vidéo de Bertrand. Vous savez comment j’aime Bertrand, mais au début il m’a fait peur car il correspond bien à l’archétype de l’homme blanc assez strict. Il me pose des questions, moi je bafouille mais je me laisse pas faire. Et à la fin de l’appel, je lui dit pour ne plus avoir d’espoir comme j’ai pu en avoir auparavant. Quand est-ce que je saurais la réponse ? Il me répond, maintenant. Tu es prise ! Et là tout mon corps, mon esprit est surpris. Et le temps que je reprenne mes esprits, je devais déjà prendre un billet le plus rapidement possible direction le Sénégal.

 

Ma mission au Sénégal :

J’ai vécu six mois au Sénégal, soit 187 jours. Mon départ était très précipité. Je n’ai pas eu le temps nécessaire pour me renseigner davantage sur l’association d’accueil La Palabre. Quand je suis arrivée sur place, j’ai demandé qui était la présidente de l’association. On m’a répondu Khady Koïta( la même femme que j’avais vu quelques mois auparavant sur la vidéo). Et là j’ai fait le lien, et je me suis dit que tout vient à point à celui qui sait attendre.  A partir de ce moment, je me suis dévouée pour cette mission. Je ne vous raconterai pas en détails tous les aspects de ce séjour. Mais tout le long, j’ai ressenti de la gratitude. 

Tout d’abord, le pays, le Sénégal, pays de la Teranga ( accueil en wolof), j’aimerais vous dire que c’est faux et que tous les pays se vantent de l’être. Mais c’est vrai ! Au Sénégal, plus précisément à Thiès, les familles du quartier m’ont accueilli comme une des leurs. Ma couleur de peau cette fois-ci fut un atout pour mieux s’immiscer dans la vie des locaux, pour autant c’est avec amour qu’ils m’ont accueilli. J’ai même remarqué qu’au Sénégal, tu ne peux pas sortir sans parler avec quelqu’un. Parfois je n’étais pas d’humeur, je ne voulais parler à personne mais tu n’as pas le choix. La cohésion sociale avant tout. C’est vrai parfois des disputes peuvent éclater mais les gens font toujours en sorte de maintenir de l’entente  afin que la paix règne. D’ailleurs les différentes confessions cohabitent dans le pays avec le plus grand respect même plus qu’en France. Ta foi ne te porte pas préjudice dans la société. A l’inverse le manque de foi peut sembler étrange mais ça n’ira jamais jusqu’au rejet de ta personne. Toutefois il y a toujours des mauvais côtés, la plupart du temps quand on observe un mauvais aspect dans un pays, c’est parce que nous devons sortir de notre de zone de confort. En effet, les prix ne sont pas indiqués, le prix dépend de ta tête et de comment tu es habillé. Donc il faut à chaque fois débattre. Désormais, je suis une fine négociatrice haha.

Deuxièmement, mon travail au sein de La Palabre était enrichissant au point de vue professionnelle et personnelle. Dans c’est deux point de vues, je ne savais pas que j’étais capable d’endurer et d’accomplir toutes ces tâches de travail. Malheureusement je m’étais engagée pour une mission dans la thématique première était l’excision. Ce ne fut pas le cas en arrivant. Tous les volets qui étaient liés à l’excision étaient quasi inexistants, si ce n’est finis. Il n’y avait que le volet “ école du devoir” qui fonctionnait encore. Avec mon collègue, nous avons dû nous battre pour faire revivre ces volets, si ce n’est au moins sur les thématiques des violences basées sur le genre. Encore en 2019, pour un pays en émergence, les traditions, le machisme évident, prédominent sur la société. Malheureusement c’est encore et toujours les femmes qui en souffrent. Ainsi avec les moyens que nous disposions, nous avons pu mettre en oeuvre certaines idées en faveur des femmes. Nous avons sensibiliser les plus jeunes sur les droits des enfants et sur les droits des femmes en mettant en avant toutes les conventions et toutes chartes qui existent pour les protéger. Nous avons organisé une manifestation sociale contre les violences faites aux femmes. Ce fut une première pour la ville de Thiès d’accueillir une manifestation de la sorte. Enfin nous avons eu la chance de créer un bureau de permanence, à défaut d’avoir un centre d’hébergement fonctionnel. Ce bureau permet d’accueillir des victimes et de leur donner une aide juridique, psychologique et médicale. Ce bureau est toujours en création, mais nous avons eu déjà à recevoir des victimes. 

Quand on est plongée dans l’aventure au sein de La Palabre,on ne se rend pas compte, de tout le travail fourni. Mais avec le petit recul, je remarque que nous avons donné tout ce que l’on a pu avec les moyens qu’on a eu. Et je n’ai pas honte d’éprouver de la fierté.

En parallèle nous avons travaillé avec les enfants de l’école du devoir avec l’aide des animateurs. L’école du devoir occupait la moitié de notre temps. Donc on a pu créer des liens forts avec les enfants quI ont soif d’apprendre. Travailler avec les enfants, n’est pas une chose aisée et j’ai appris à me confronter à un public jeune. Mes cours parfois ne devaient pas être supers intéressants. Mais il y a toujours un petit groupe d’élèves qui était motivés et ça me donnait la force de m’améliorer le lendemain 

Enfin pourquoi je ressens encore de la gratitude car j’étais bien entourée. Je pense que AIME fait en sorte de bien choisir les volontaires qui vont former un binôme. Mon collègue, Youri, un profil atypique, venant d’horizons totalement différents, a été un moteur pour moi. Avec nos différences, on a su se compléter et surmonter toutes ces épreuves ensemble. Si on a pu se rencontrer, c’est grâce à l’oeil aguerri de Bertrand, qui a cru en nous et qui nous a jamais laissé tomber. Malgré la distance, il était attentif à nos requêtes et aux projets en cours.   L’association La Palabre également avec ses membres tels que La secrétaire générale Madame Aw ou le coordinateur Ibrahima Mboup qui sont dévoués à faire évoluer la cause des femmes à travers l’association. Et enfin et surtout je suis reconnaissante, pour mon jeune âge d’avoir pu aider des femmes dans leur vie quotidienne. J’ai rencontré des femmes brillantes, des femmes fortes, des femmes intelligentes, elles essayaient d’être elles-même au délà de cette pression qu’on souhaite leur imposer.

 

Mon retour :

 

Quel retour brutal et difficile. Mes premiers jours je ne voulais pas parler de cette expérience. J’avais peur d’utiliser le passé pour parler de cette expérience. Parce que en soit d’être au Sénégal, j’étais comme dans une bulle, bien chaude, bien environnante. Et là je reviens dans une atmosphère lourde. Et faire éclater cette bulle, j’avais peur que cette atmosphère absorbe ce que j’ai vécu. Je suis restée une semaine à broyer du noir. 

Mais j’ai réalisé que cette expérience m’a tellement changé, qu’il faut que je l’accepte. Ce n’était pas une bulle, c’était juste une nouvelle version de moi.  Ce séjour m’a façonné et m’a fait évolué. Et j’ai envie de partager ce que j’ai vécu et de partager cette nouvelle version de moi-même. J’ai tellement les idées qui fusent, que je me sens un peu confuse. Je ne vois plus la vie de la même manière, je ne vois plus ma propre vie de la même manière. Tout ce que je sais, c’est que ce service civique était un tremplin qui me servira énormément dans l’avenir. A l’aube de mes 22 ans, j’ai hâte de savoir ce que la vie me réserve. 

 

Le mot de la fin : Persévérez dans la vie ! Tout vient à point à celui qui sait attendre. 

 

Bisous et Amour.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *